La superposition de quatre échelons différents de pouvoir (municipalités, cantons, entités et fédération) assortie d’une forte décentralisation tend à paralyser le pays. Deux personnalités veulent débloquer cette situation.
Deux personnalités de Bosnie-Herzégovine, Srdjan Dizdarević, ancien président du Comité Helsinki pour les droits de l'Homme et le cinéaste Danis Tanović, auteur de No Man’s Land, ont décidé de se lancer dans la politique pour en finir avec la division ethnique du pays. Pour ce faire, ils ont participé à la fondation d’un nouveau parti, Naša Stranka (Notre parti), qui se veut transnational donc bosnien, ont-ils expliqué lors d'une conférence au Centre d'études et de recherche internationales (Ceri), mercredi 7 avril à Paris.
Le parti ne sera pas le porte-parole d’un peuple en particulier, mais de tous les Bosniens. Selon eux, la séparation du pays entre les différentes ethnies, Bosniaques, Croates et Serbes, a mené à l’impasse politique dans laquelle se trouve la Bosnie-Herzégovine. Ils affirment que cette situation a pour origine la constitution de Dayton (lire encadré).
« La Bosnie reste figée depuis 1995 », a affirmé Srdjan Dizdarević, en faisant référence aux treize gouvernements et constitutions et 180 ministres que compte le pays. L’organisation très décentralisée de la Fédération croato-bosniaque repose sur dix cantons, possédant chacun leur gouvernement. La superposition de quatre échelons différents de pouvoir (municipalités, cantons, entités et fédération) assortie d’une forte décentralisation tend à paralyser le pays. Danis Tanović, a d'ailleurs fait remarquer que le tournage d'un film nécessitait de s’adresser à trois ministres de la culture différents.
Cet amoncellement administratif s’explique en partie par l'obligation d’une égale représentation des trois peuples constitutifs du pays. Sauf que cette représentation n’est plus à jour depuis 1991, date du dernier recensement. « Le problème, c’est que le recensement est plus important que les élections car la répartition du pouvoir repose sur ces résultats », a expliqué le politologue Jacques Rupnik. Or, depuis 1991, les chiffres ont beaucoup évolué et les Croates, notamment, sont bien moins nombreux.
Or, en Bosnie, l’organisation du recensement, reconnue comme nécessaire par l’ensemble de la classe politique, fait l'objet de division entre les différentes ethnies. Les élus serbes veulent par exemple inclure des critères ethniques et religieux ce à quoi les Croates et Bosniaques s'opposent.
Résultat, le discours politique ne repose par sur des projets mais sur la compétition entre les candidats. « C’est à celui qui protégera au mieux les intérêts d’un peuple face aux deux autres », a déploré Srdjan Dizdarević. Le candidat bosniaque cherche à défendre son peuple d’un nouveau génocide, le serbe veut le maintien de l’autonomie de son entité et le croate obtenir davantage de pouvoir, et pourquoi pas la reconnaissance d’une troisième entité politique. Un jeu politique que les fondateurs de Naša Stranka ne veulent pas voir se reproduire pour les élections générales de 2010.
Faire de la Bosnie-Herzégovine un « pays normal »
Pour cela, les fondateurs de Naša Stranka veulent « faire de la politique autrement », en laissant de côté les questions ethniques. S’ils reconnaissent « n’avoir pas inventé l’eau chaude », ils voulent marquer leur différence des autres formations politiques en mettant l’accent sur la justice sociale et l’égalité des chances. La réduction de l’administration et la corruption sont également au programme.
En somme, Srdjan Dizdarević veut faire de la Bosnie-Herzégovine, « un pays normal comme les autres pays européens ». Et il croit aux chances de son parti lors des élections de 2010. Selon lui, les citoyens de Bosnie-Herzégovine sont largement favorable à l’entrée dans l’UE et ont été « profondément affectés » par le refus de l’UE de leur accorder la suppression des visas en décembre 2009. Une situation qui pourrait, espère-t-il, pénaliser les partis responsables de ce refus.
S’ils sont conscients de la faiblesse de leurs moyens, les deux hommes espèrent néanmoins participer à la révision du dialogue politique dans le pays.
La paix par la séparation de 1995
En 1995, Américains et Européens ont choisi la voie de la "paix par la séparation", selon Jacques Rupnik. La Bosnie-Herzégovine est très décentralisée et partagée en deux entités aux pouvoirs étendus : la Fédération de Bosnie-Herzégovine (entité croate et musulmane) et la Republika Srpska (entité serbe).
La contradiction du système repose sur l’affirmation à la fois de l’unité du pays et de la reconnaissance d’une séparation territoriale entre communautés. Ainsi, le système politique repose sur des critères d’appartenance à l’une des trois communautés.
Ceci empêche l’émergence d’un pouvoir central fort capable de mener les réformes nécessaires. A titre d'exemple, le président de Bosnie-Herzégovine est en réalité un président à trois têtes. Il représente trois ethnies : bosniaques, croates et serbes. Le Bureau de la présidence est donc composé de trois présidents, élus pour quatre ans mais et qui président chacun à leur tour pour une durée de huit mois.





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