Hier, les Islandais se sont prononcés à 93% contre l’accord de remboursement Icesave. Quelle est la signification d’un tel rejet, sur le plan politique et économique ?

Le non était assez attendu, le résultat du referendum n’est donc pas un véritable coup de tonnerre. A mon avis, les répercussions seront assez limitées, même si elles peuvent être préoccupantes à court terme. Le FMI a déjà gelé ses crédits en direction de l’Islande et les pays nordiques sont eux aussi devenus plus frileux concernant les prêts accordés au pays.

Pour le moment, nous sommes vraiment dans une phase de négociation. Une nouvelle loi est déjà en train d’être rediscutée, et l’Islande, à terme, n’est pas opposée au remboursement, seules les modalités posent problème. Je pense qu’on parviendra à un accord, mais il devra intervenir assez vite, car des élections sont prévues prochainement au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.

En quoi pourrait constituer un accord satisfaisant pour tous sur l’affaire Icesave ?

L’Islande réclame un accord avec un taux d’intérêt minimal, et des échéances de remboursement très étalées. De telles conditions pourraient satisfaire les Islandais. Pour le moment, le Royaume-Uni et les Pays-Bas n’y sont pas très favorables, mais après un tel referendum, par la force des choses, ils seront peut-être obligés de revenir sur leur décision. Il faut savoir que les Britanniques et les Néerlandais n’ont pas intérêt à ce que les Islandais se braquent complètement, car ils veulent que le remboursement ait lieu. Ils savent par ailleurs que l’Islande a connu des conditions assez dramatiques durant la crise.

A l’issue du referendum, la Commission européenne a affirmé que les négociations d'adhésion et le règlement de l'affaire Icesave étaient deux processus bien distincts.Un tel rejet pourrait-il toutefois compromettre la candidature d’adhésion de l’Islande à l’UE ?

A priori, l’adhésion islandaise n’est pas remise en cause. Les parties prenantes comme les pays de l’UE ont formellement bien dissocié ces deux questions. La Commission européenne a d’ailleurs validé la candidature islandaise le 24 février dernier, ces deux questions sont donc apparues totalement indépendantes. Cela étant, l’adhésion requiert au final l’unanimité de tous les Etats membres. Si un remboursement n’intervient pas, il pourrait aussi y avoir une opposition dans les pays où un referendum populaire serait organisé.

L’Islande reproche aux gouvernements britannique et néerlandais d’instrumentaliser la perspective d’adhésion dans les discussions sur l’affaire Icesave. Ces deux pays sont-ils susceptibles de faire obstacle à l’entrée de l’Islande dans l’UE ?

Les deux pays ont en effet insisté sur le fait qu’une adhésion se profilant, ils pourraient éventuellement opposer leur véto en guise de représailles. C’est la principale menace, au moins politique, qui pèse sur le processus d’adhésion, mais nous n’en arriverons probablement pas là, car les gouvernements sont plutôt décidés à se montrer flexibles. Londres a d’ailleurs fait une proposition pour diminuer le taux d’intérêt associé au remboursement, qui a été refusé par Reykjavik.

A vrai dire, pour l’instant, c’est surtout des Islandais que pourrait venir l’opposition, car ils ne sont pas très enclins à l’adhésion, ils y sont même en majorité opposés.

Etait-il pertinent d’organiser un referendum populaire maintenant sur cette question, alors même que le gouvernement avait obtenu, lors des toutes dernières négociations, une meilleure offre que le texte soumis au vote ?

Le vrai problème concernant l’adhésion se situe du côté des Islandais, et l’affaire Icesave a largement contribué à alimenter cette défiance… L’intransigeance de ces deux pays européens a beaucoup refroidi les Islandais vis-à-vis de la perspective d’adhésion. Mais je pense que les Islandais se sont principalement prononcés sur l’affaire Icesave, c’est-à-dire sur la perspective de devoir assumer une dette insoutenable.

Le gouvernement a lui-même reconnu que ce referendum n’avait pas beaucoup de sens, puisque le texte renégocié plus récemment avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas était plus favorable aux Islandais. Cela a d’ailleurs été communiqué aux citoyens. A priori cela ne les incitait pas à voter favorablement.

Inversement, une résolution favorable aux Islandais pourrait-elle les réconcilier avec la perspective de l’adhésion ?

Pour le moment, l’opinion dans le pays est assez partagée, c’est 50/50. Mais si cette affaire venait à se résoudre, les citoyens ne seraient peut-être pas si hostiles à l’UE. Dans un tel cas il y aurait sûrement un basculement de l’opinion, surtout si une sortie de crise se profilait par ailleurs en Islande.

L’hypothèse d’une intégration à la zone euro sans adhésion à l’UE avait été évoquée un temps en Islande, avant d’être abandonnée. Cette alternative pourrait-elle ressurgir dans le débat ?

Les Islandais sont intéressés en priorité par l’euro, car c’est une monnaie forte, et, aux temps forts de la crise, la BCE pouvait jouer le rôle de prêteur en dernier ressort.

Mais sans adhésion, pas d’euro. Une telle hypothèse reste a priori inenvisageable, et a été fortement rejetée par la Commission comme par toutes les instances européennes.

Cela étant, l’Islande est assez bien placée pour adhérer à l’UE. Elle est par exemple déjà membre de l’Espace Economique Européen, et elle a des liens particulièrement privilégiés avec l’Europe. Certains disaient même qu’elle pourrait adhérer dès 2011, comme la Croatie, alors qu’elle a déposée sa candidature très récemment. Le processus est accéléré mais c’est un petit pays, les circonstances ne sont pas les mêmes que pour d’autres pays. L’adhésion islandaise ne soulève pas les mêmes problèmes que le cas turc, par exemple.