Lors d’une visite officielle en Moldavie, le président roumain Traian Basescu a promis que son pays continuerait envers et contre tout de soutenir l’intégration de la Moldavie dans le groupe des Balkans occidentaux, actuellement sur la voie d’une adhésion à l’UE.
Revue de presse
Courrier des Balkans
Roumanie/Moldavie, le Président Băsescu fait campagne pour la réunification
S'adressant jeudi 28 janvier à des étudiants de la ville de Cahul, en Moldavie méridionale, le président roumain a admis l’échec des nombreuses tentatives menées jusqu'à présent par son pays pour convaincre l’UE d’accorder le même traitement à la Moldavie qu’aux Balkans occidentaux.
« Les problèmes internes auxquels la Moldavie doit actuellement faire face sont autant d’obstacles à la réalisation de cet objectif », a expliqué Traian Basescu. «Notre demande sera prise en compte lorsque la Moldavie aura suffisamment évolué », a-t-il précisé, mettant d’emblée un frein aux velléités d’adhésion rapide du pays.
« C’est le message que j’ai délivré auprès des dirigeants de la Moldavie. Nous serons un bon partenaire, nous ne voulons pas vous étouffer, mais nous pouvons vous aider à préparer le processus d'adhésion à l'UE et vous offrir notre soutien au sein du Conseil de l'UE et des institutions de Bruxelles », a-t-il conclu.
Des secrets divulgués
Le président roumain a également confié que son pays s’était, dans un premier temps, opposé à la libéralisation du régime des visas pour la Serbie, espérant faire pression pour que la Moldavie obtienne le même traitement.
«Je vais vous dire une chose, même si je ne suis pas sûr que j'aurais dû la rendre publique, mais c'est vrai. Nous avons soutenu la Serbie et la Moldavie. Mais nous avons réalisé qu’en raison de l'absence de progrès en Moldavie sous l'ancienne direction, si nous continuions à insister pour obtenir le même traitement, nous causerions un préjudice à la Serbie ", a confié Traian Basescu, cité par la Deutsche Welle.
Le président a néanmoins ajouté qu’une fois les réticences roumaines surmontées et le véto levé, la Serbie avait pu présenter sa demande d'adhésion et obtenir une exemption de visas. Depuis le 19 décembre 2009, les Serbes peuvent en effet circuler sans contraintes dans l’espace Schengen.
Par ailleurs, le président roumain a déploré le rôle de l'UE en Transnistrie, suggérant que cette zone de conflit pourrait constituer un obstacle pour les ambitions européennes du pays. « Les États-Unis devraient être plus actifs dans ce contexte », a-t-il ajouté.
Ancienne République soviétique aujourd’hui enclavée entre la Roumanie et l'Ukraine, la Moldavie a fait partie de la Roumanie avant d'être annexée par l'Union soviétique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les citoyens moldaves parlent le roumain, appelé par la Constitution le « langage moldave », et le russe, assez largement répandu.
La Transnistrie, région moldave à l'est du Dniestr, est considérée comme une zone de «conflits gelés» depuis l’effondrement du bloc soviétique. La majorité de la population est d’origine russe et ukrainienne. Si la Transnistrie fait officiellement partie de la Moldavie pour la communauté internationale, de facto, les autorités moldaves n’y exercent aucun pouvoir.
Echange d'amabilités
A l'occasion de la visite du président roumain, le parti communiste moldave de l'ancien président Vladimir Voronin a lui aussi publié une déclaration, dans laquelle il accuse le président roumain « d’offenser toute la population moldave ».
Cette déclaration se réfère indirectement à l’annonce du président moldave en exercice, Mihail Ghimpu, qui projette de réviser la constitution pour changer le nom de la langue officiel moldave en langue « Roumaine ». Annonce qui avait généré la satisfaction générale en Roumanie.
Lorsqu'il était président, Vladimir Voronin avait quant à lui volontairement insisté pour éviter toute référence à la Roumanie concernant le nom de la langue officielle du pays.
«Cela fait partie de la rhétorique bolchevique», a rétorqué pour sa part Traian Basescu, ajoutant que les «Bolcheviks ne connaissent pas la honte. Ils pensent qu'ils peuvent dire n'importe quoi, n'importe quand et à n'importe qui […] Je suis chrétien et je pardonne à M. Voronin. Mais M.Voronin a un problème avec l'histoire ", a déclaré Traian Basescu.
Contexte
Le président moldave est élu par une majorité au Parlement (les 3/5 des voix). Les dernières élections, qui se sont tenues en avril 2009, ont été entachées par la violence et la fraude. A l’issue du scrutin, les communistes ont obtenu 60 sièges au Parlement, il en aurait fallu 61 (sur 101) pour pouvoir faire élire leur candidat, Zinaida Greceanu.
Les députés n'étant pas parvenu à élire un nouveau président de la République, le président sortant Vladimir Voronin a annoncé la dissolution du Parlement le 15 juin 2009 et la tenue de nouvelles élections législatives le 29 juillet. Le 8 août, les partis pro-européens se sont mis d’accord pour créer une coalition gouvernementale, appelée l'Alliance pour l'intégration européenne.
Le 11 septembre 2009, le président sortant Voronin a finalement annoncé sa démission. Une nouvelle coalition moldave pro-occidentale a fait une tentative infructueuse en décembre pour faire élire par le Parlement son candidat comme président et mettre un terme à l’impasse. Le pays, plongé dans la crise, attend maintenant les prochaines élections législatives anticipées.





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