Le parti socialiste chypriote EDEK a décidé, à la majorité, de quitter le gouvernement composé de la coalition des trois partis, se positionnant dans l’opposition pour les trois prochaines années, jusqu’aux élections présidentielles de 2013. Le parti socialiste met ainsi fin à deux années de partenariat sous haute tension.
« On ne peut élaborer des stratégies dévastatrices (…) Quitter le gouvernement est la seule chose juste et responsable à faire », a déclaré le président de l’EDEK, Yiannakis Omirou, lors d’une conférence de presse.
Pour autant, ce départ ne signifie pas la mise en place d’élections anticipées, tant que Chypre a un système présidentiel avec un exécutif fort.
Une telle décision renforce cependant l’isolement de Christofias, accentué par les incertitudes du processus de paix engagé avec Mehmet Ali Talat, chef de file des Chypriots turcs. Christofias, issu du parti communiste, a été élu en février 2008 grâce aux votes de son propre parti, l’EDEK, et ceux du Parti démocrate.
Le président chypriote n’a pas fait de commentaire immédiat sur le choix des socialistes.
Le politologue Hubert Faustman considère que « cela n’affaiblit pas sa position parce que l’EDEK a de toutes les façons déjà exprimé son opposition de facto, celle-ci est maintenant officielle ». « Tant que les négociations seront en jeu, il n’aura jamais leur soutien » a-t-il déclaré à Reuters.
Les Chypriotes grecs et turcs tentent en vain, depuis 2008, de réunifier l’île en une fédération de deux Etats, mettant ainsi fin à la division qui existe depuis l’invasion turque du nord de Chypre en 1974.
La partition de l’île est un obstacle à l’admission de la Turquie dans UE, et est une source de tension entre la Grèce et la Turquie, toutes deux membres de l’OTAN.
Les nombreuses tentatives menées par Dimitris Christofias pour trouver un équilibre dans les négociations de paix ont provoqué le mécontentement grandissant de ses alliés. Ceux-ci l’accusent de faire des concessions, fermement hostiles à tout partage de pouvoir avec les Chypriotes turcs.
Certains membres du Parti démocrate encore au gouvernement partagent l’opposition des socialistes, refusant l’offre faite par le président Christofias : organiser une présidence tournante avec les Chypriotes turcs. Ils réclament une base commune préalable à toute discussion.
Les négociations de paix vont d’ailleurs se compliquer avec les élections présidentielles d’avril dans la partie nord de Chypre. Mehmet Ali Talat, perçu comme un modéré, est annoncé perdant de ce scrutin.
Tout accord entre les deux partis devra par ailleurs être soumis à référendum.
La décision des socialistes va entraîner un remaniement au sein du gouvernement. Avant son départ, le parti EDEK avait deux représentants sur les onze membres de l'exécutif chypriote, l’un à l’agriculture et l’autre aux transports.
POSITIONS
Daniel Cohn-Bendit, président du Groupe des Verts/Alliance libre européenne, a jugé le 9 février au Parlement européen que les dépenses militaires de la Grèce, qui représentent 4,3% du PIB, devraient être réduites au regard de son déficit public.
« La Grèce est le premier pays européen en terme de part de dépenses consacrée à la défense dans le PIB. Les raisons qui expliquent ces fortes dépenses sont en partie liées à la question chypriote et indirectement à la confrontation militaire avec la Turquie. La Commission devrait penser à résoudre le problème chypriote, à l’heure où elle se penche sur le problème du déficit public grec », a-t-il-dit.
Selon Cohn-Bendit, cela aiderait la Grèce à mener une politique de discipline fiscale.
Le chef de file des Chypriotes turcs, Mehmet Ali Talat, a déclaré qu’il était opposé au fait que la Turquie ouvre de façon unilatérale et d’office ses zones aéroportuaires aux Chypriotes grecs. Ceux-ci pourraient ainsi croire obtenir des concessions avant même un règlement du conflit, a relaté le quotidien turc Zaman.
« Ceci serait très dangereux », a-t-il déclaré aux journalistes. Selon lui, l’ouverture des zones aéroportuaires doit doit faire l’objet d’une négociation et la résolution du conflit doit être conditionnée par cette question.
Le leader turc, qui s’est entretenu avec le premier ministre britannique durant son séjour à Londres, a également déclaré que ce serait une réelle opportunité de parvenir à un accord de paix avec les Chypriotes grecs. Il a ajouté qu'une rupture des négociations représenterait un coup dur pour Chypre.
« Je crois désormais qu’une solution est possible, car Christofias veut une résolution du conflit, et que je veux moi aussi une résolution du conflit », a dit Talat, appelant la communauté internationale à un plus grand soutien du processus.
Le leader chypriote turc a affirmé qu’un échec des négociations serait à son sens « un désastre ». « Tout d’abord, l’île serait divisée de façon permanente, car (…) de telles conditions pratiques pourraient ne pas se représenter. »
L’expert en politique étrangère turque Mensur Akgün a déclaré au quotidien Zaman que le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne pourrait s’interrompre si ce conflit n’était pas résolu.
Ce professeur à l’Université d’Istanbul Kültür a mis en garde la communauté internationale sur le fait que la Turquie perd peu à peu son désir de devenir membre de l’UE, et sur le fait qu’elle n’est plus prête à faire davantage de sacrifices.
Il a estimé qu'un arrêt des négociation d'adhésion en 2010 était « possible, bien que personne ne le souhaite. » « Ni les Grecs, ni les Turcs, ni les Français ne veulent en arriver là. Cependant, lorsque l’on regarde l’avancement actuel des négociations, il semble que l’on aille dans cette direction. Huit chapitres ont été suspendus à cause du non-respect par la Turquie de ses obligations dans le cadre de l’Union douanière, c’est-à-dire l’absence d’ouverture de ses zones aéroportuaires aux navires Chypriotes grecs. », a-t-il ajouté.
Avant d'estimer que « cinq chapitres sont de facto bloqués par la France, afin de décourager la Turquie d’adhérer en tant que membre à part entière dans l’Union européenne. Les Chypriotes grecs ont récemment annoncé qu’ils bloqueraient six chapitres de plus. Il existe d’autres obstacles et conditions aux progrès du processus d’adhésion de la Turquie, sans mentionner ceux bloqués par la Turquie elle-même en raison des critères d’évaluation des performances communautaires. »



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