Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont tenté de déterminer une position commune à la suite de l’élection de Viktor Ianoukovitch. Le nouveau leader ukrainien semble déjà envisager un rapprochement avec la Russie.

©Présidence ukrainienne
Paradoxalement, l’UE pourrait se montrer plus généreuse avec l’Ukraine, maintenant que le pays est dirigé par un leader considéré partout en Europe comme « l’homme de Moscou ».
L’option prise, lundi 22 février, par les ministres des Affaires étrangères de l’UE, lors d'un déjeuner de travail en présence de la Haute représentante pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, semble confirmer cette hypothèse.
« Les Ministres ont convenu ensemble que l’UE devra coopérer avec le président Ianoukovitch et la nouvelle administration à Kiev », peut-on lire dans le communiqué de presse du Conseil, qui souligne par ailleurs « la nécessité des réformes politiques et économiques en Ukraine ».
Pas d’ultimatum
Bien que le nouveau président n’ait pas encore officiellement révélé ses projets ni défini ses priorités stratégiques, l’UE, en assouplissant sa position, souhaite prendre les devants pour éviter que le pays ne se tourne davantage vers Moscou.
Viktor Ianoukovitch examine en effet en ce moment une offre russe visant à faire participer l’Ukraine à l’Union douanière entre la Russie, le Kazakhtan et la Biélarussie. L’accord entre ces trois pays est entré en vigueur le 1er janvier 2010.
Selon certaines sources, le président russe Dmitri Medvedev et son homologue ukrainien auraient également convenu, dimanche 21 février, lors d’une conversation téléphonique, de l’organisation d’une rencontre à Moscou début mars prochain. Une éventuelle union douanière avec la Russie devrait être l'un des points prioritaires de la discussion.
Interrogés sur la possibilité d’un ultimatum imposé à l’Ukraine, qui devrait alors choisir entre une union douanière avec la Russie ou avec l’UE, les diplomates européens refusent pour le moment de se prononcer.
« Voyons d'abord ce que dira le président dans le cadre de ses nouvelles fonctions », a déclaré l'ambassadeur d'un grand Etat membre de l'UE.
« Le pays ne cherchera pas à insister pour rentrer dans l’UE », a confié l'ancien eurodéputé et directeur général du European Center for Public affairs Tom Spencer à EurActiv.com.
La défaite de Ioulia Timochenko, qui avait fait campagne sur le thème de l’adhésion à l'Union européenne, commence déjà à modifier la donne, en réintroduisant la Russie au cœur des relations UE/Ukraine.
Fin de la bataille juridique
Samedi 20 février, Ioulia Timochenko a retiré la plainte qu'elle avait déposée contre son rival devant la Cour administrative suprême, accusant celui-ci de fraudes électorales massives pendant l’élection. Selon l’actuel premier ministre, le jugement ne pourrait être équitable.
Le nouveau président sera donc officiellement investi le 25 février, en présence des dirigeants de plusieurs Etats membres de l’UE, comme la Bulgarie, la Turquie, la Pologne, la Lettonie et la Lituanie. Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, représentera la France.
La présence de Catherine Ashton, qui devrait à cette date être occupée par une rencontre des ministres de la Défense à Palma de Majorque, fait l’objet d’un vif débat parmi les diplomates européens.
Contexte :
La Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan ont convenu, en juin 2009, de former une Union douanière. Ces trois pays cherchent parallèlement à adhérer conjointement à l'OMC. L'UE et les Etats-Unis sont fermement opposés à cette adhésion. Certains fonctionnaires de l'OMC ont prévenu qu’une candidature commune pourrait retarder la candidature individuelle de la Russie.
L'UE encourage la Russie, actuellement le plus grand pays non membre de l’OMC, à rejoindre les 153 pays qui font partie de l’organisation.
Le président russe Dmitri Medvedev est resté vague en affirmant en novembre 2009 que la Russie chercherait à rejoindre rapidement l'OMC, mais a précisé qu'aucune décision relative à l’hypothèse d’une candidature groupée avec le Kazakhstan et la Biélorussie n'avait encore été prise.
Le président ukrainien Victor Ianoukovitch, considéré comme pro-russe, devrait révéler prochainement ses projets concernant les futures relations de son pays avec l'UE et la Russie.
L'Ukraine fait déjà partie de l'OMC. Grâce à ce statut, les perspectives d'une zone de libre-échange Ukraine-UE et d'un partenariat plus poussés sur l'énergie ont été mises sur la table.





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