La Commission déplore le référendum serbe dans la partie nord du Kosovo

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Un référendum organisé dans la partie nord du Kosovo peuplée par des Serbes sur la reconnaissance du gouvernement à majorité albanaise a été accueilli froidement à la Commission européenne aujourd'hui (14 février).

Quelque 35 000 Serbes vivant dans la région de Mitrovica ont participé à un référendum à Kosovska Mitrovica, Zvečani, Zubin Potok et dans les villages aux alentours, selon l'agence de presse BETA, partenaire d'EurActiv en Serbie.

La question posée aux votants était la suivante : « Reconnaissez-vous les institutions de la République du Kosovo ? »

Le non devrait largement dominer dans les résultats.

Le maire de la partie serbe de la ville divisée de Kosovska Mitrovica a été cité par Euronews, affirmant que ce vote enverrait un message aux Albanais du Kosovo et aux responsables politiques de Belgrade qui, selon lui, se montrent de plus en plus conciliants envers les autorités de Priština.

Ce vote a eu lieu en amont du quatrième anniversaire de l'indépendance du Kosovo (voir « Contexte ») et juste avant la prise d'une décision clé d'accorder ou non à la Serbie le statut de candidat à l'UE. Lors du sommet de l'UE de décembre 2011, il a été décidé que cette décision pourrait être prise dès février et confirmée lors du sommet des 1er et 2 mars prochains.

Lorsqu'EurActiv a demandé à Maja Kocijancic de commenter la nouvelle de ce référendum à Mitrovica, la porte-parole de la responsable des affaires étrangères, Catherine Ashton, a déclaré que l'UE tentait de trouver une solution pour ce territoire.

« La violence et les barricades ne résolvent rien. Un référendum non plus. Nous ne parviendrons à une solution que dans le calme, via la consultation et le dialogue », a-t-elle déclaré.

Mme Kocijancic a ajouté que l'exécutif européen avait pris en compte les récentes déclarations des fonctionnaires du gouvernement à Belgrade, y compris le président serbe, Boris Tadić, qui ont qualifié ce référendum d'inconstitutionnel.

Le statut de candidat en jeu

L'agence BETA a cité l'ambassadeur allemand en Serbie, Wolfram Maas, qui a déclaré espérer que la Serbie remplisse les conditions requises pour l'obtention du statut de candidat lors du sommet de mars prochain. Il ne s'est toutefois pas montré très optimiste.

« Je ne suis pas optimiste, mais je ne suis pas pessimiste non plus. Les conditions à remplir pour la candidature sont claires et faciles à remplir. Il s'agit de l'application des accords conclus avec Priština, de la réalisation du mandat d'EULEX et de KFOR sur tout le territoire du Kosovo et le respect des accords sur la représentation régionale du Kosovo », a expliqué M. Maas lundi (13 février).

EULEX est la mission de maintien de l'ordre de l'UE au Kosovo et KFOR est la mission de maintien de la paix de l'OTAN.

M. Maas a souligné que la place de la Serbie était dans l'UE et a vivement critiqué la position du Parti démocratique de Serbie, dirigé par M. Tadić, selon laquelle Belgrade serait perdant d'appliquer l'accord de stabilisation et d'association.

« Ceux qui affirment cela ne savent pas de quoi il s'agit ou mentent tout simplement. Au cours des trois années durant lesquelles l'accord a été appliqué, 500 millions d'euros ont été perdus, mais 1,5 milliard d'euros ont été reçus », a-t-il affirmé.

La Serbie organisera des élections législatives fin avril ou début mai. Le populisme ne fait que croître et les attaques contre le Parti démocratique du président, considéré par beaucoup comme la force pro-démocratie en Serbie, se font de plus en plus fréquentes. La presse a également relayé des rumeurs selon lesquelles M. Tadić serait « sérieusement malade ».

Réactions: 

La porte-parole des Verts pour la politique étrangère et rapporteur du Parlement européen sur le Kosovo, Ulrike Lunacek, a condamné ce référendum :

« Ce référendum est totalement contreproductif et est une provocation non nécessaire qui ne peut qu'entraver le dialogue entre les gouvernements de la Serbie et du Kosovo. Il est important que l'UE le fasse remarquer. Le gouvernement kosovar basé à Pristina devrait faire fi de cette provocation et répondre en renforçant son programme d'assistance. Les mesures prises en faveur des minorités serbes au Kosovo sont la meilleure manière de les convaincre que leurs enjeux sont communs pour l'avenir du pays. »

La porte-parole des Verts pour la politique étrangère, Franziska Brantner, a ajouté :

« Le fait que le président serbe, M. Tadic, et le ministre responsable, M. Bogdanovic, rejettent également ce référendum souligne qu'il ne s'agit que de manœuvres politiques opérées par des partis de l'opposition irresponsable en vue des prochaines élections. Ce genre de provocation inutile ne permettra pas d'améliorer la situation de la population d'ethnie serbe au nord du Kosovo. Ils devraient plutôt mettre en oeuvre le plan Ahtisaari, afin qu'ils puissent enfin réaliser leurs droits à l'autonomie

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