La Commission européenne a condamné les propos de Tomislav Nikolić qui a déclaré que le massacre de Srebrenica de 1995 n'était pas un génocide. Le nouveau président serbe devrait se rendre à Bruxelles pour sa première visite officielle le 14 juin prochain.

 

Hier (4 juin), Pia Ahrenkilde Hansen, une porte-parole de la Commission européenne, a vivement critiqué ce qu'elle a qualifié de « tentative de réécrire l'Histoire ».

 

Le massacre de plus de 8000 Bosniaques à Srebrenica (voir « Contexte »), pour la plupart des hommes et de jeunes garçons, a été défini comme un acte de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et la Cour internationale de justice (CIJ).

 

« Les atrocités commises à Srebrenica en juillet 1995 sont un crime contre l'humanité et nous ne devrions jamais l'oublier. Nous devons nous assurer que cela n'aura plus jamais lieu », a déclaré Mme Hansen lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

 

Lors d'une interview sur une chaîne de télévision monténégrine vendredi dernier, le président serbe a expliqué que le bain de sang de Srebrenica était un crime de guerre commis par certains Serbes qui devraient être retrouvés et amenés devant les tribunaux. Mais il a ajouté qu'aucun génocide n'avait eu lieu.

 

M. Nikolić a également déclaré à un journal allemand que la ville frontalière croate de Vukovar, bombardée par l'armée serbe lors de la guerre pour l'indépendance de 1992, était en réalité une ville serbe.

 

Les propos du nouveau président serbe ne sont pas très surprenants, malgré ses efforts pour adopter une approche plus pro-européenne depuis 2008. M. Nikolić a travaillé pendant des années aux côtés de l'ultranationaliste Vojislav Šešelj, le leader du Parti radical serbe, qui est aujourd'hui poursuivi pour crime de guerre à La Haye.

 

Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le président de la Commission, José Manuel Barroso, accepterait de rencontrer un négationniste de ce génocide, Mme Hansen n'a pas laissé entendre que la visite serait annulée.

 

Un diplomate d'un pays de l'UE a confié à EurActiv que l'Union était dans une position délicate. D'un côté, elle ne veut pas pousser la Serbie dans les bras de la Russie, mais de l'autre, « on a des valeurs ou on en a pas », a-t-il expliqué.

 

La semaine dernière, M. Nikolić a symboliquement choisi la Russie comme destination de son premier voyage officiel et il a tenu des propos favorables à M. Poutine en utilisant des formulations qui rappellent l'époque stalinienne.

 

Les déclarations de M. Nikolić marquent un changement de ton par rapport à son prédécesseur, Boris Tadić, qui avait fait des pas audacieux en faveur de la réconciliation et, en 2010, avait participé à une cérémonie marquant le 15e anniversaire du génocide de Srebrenica. Les parents des victimes lui avaient alors réservé un accueil glacial, le traitant de « singe » et de « meurtrier ».