Un scandale concernant des mises sur écoute ébranle le gouvernement bulgare

  

Le premier ministre bulgare, Boyko Borissov, est au cœur d'un scandale impliquant des mises sur écoute de conversations téléphoniques où il aurait parlé du besoin de « protéger » un homme d'affaires controversé des contrôles douaniers. Un reportage de Dnevnik, partenaire d'EurActiv en Bulgarie.

La Bulgarie doit actuellement faire face à une avalanche de révélations concernant des mises sur écoute. Celles-ci concernaient le ministre de l'intérieur du pays, Tzvetan Tzvetanov (voir Background) et se concentrent à présent sur le premier ministre, Boyko Borissov.

Ces mises sur écoute ont apparemment été réalisées par le DANS, l'agence nationale de sécurité bulgare, mais elles ont été révélées par la Galeria, un tabloïde qui a des relations avec Alexei Petrov, un personnage controversé décrit par beaucoup comme l'ennemi le plus puissant de M. Borrisov.

Lors d'un entretien accordé à EurActiv en février 2010, M. Borissov avait déclaré que son gouvernement était en guerre contre la mafia, ajoutant que les résultats d'une opération anti-mafia de haut vol, nommée « Octopus » restaient incertains.

« C'est la guerre. On verra qui restera debout », avait déclaré M. Borissov.

La personnalité la plus en vue arrêtée à l'époque pour avoir fait partie d'un groupe de criminels organisés était Alexei Petrov, un ancien membre des forces spéciales qui avait infiltré des cercles mafieux, y avait fait fortune et était apparemment devenu un acteur politique influent. M. Petrov est actuellement assigné à résidence.

Selon un des enregistrements, M. Borissov demanderait à un responsable des douanes, Vanio Tanov, d'arrêter d'enquêter sur un homme d'affaire controversé qui possède une brasserie, déclarant qu'il « s'était engagé » à ne pas le harceler.

Selon d'autres enregistrements, d'autres fonctionnaires du parti au pouvoir, le GERB, parlent de protéger des hommes d'affaires qui « payaient » pour ne pas être contrôlés par l'État. Sur deux enregistrements, deux membres du parlement font pression sur M. Tanov pour que celui-ci nomme des candidats controversés à des postes clés aux services des douanes, dans ce qui semble être une tentative de mettre en place un réseau de trafic.

La Bulgarie s'était fait taper sur les doigts par la Commission européenne dans son rapport de surveillance pour le haut niveau de corruption observé dans le pays ainsi que pour l'utilisation de fonds à des fins politiques, y compris pour financer des partis politiques. 

Manipulation ou enregistrements réels ?

M. Borissov a affirmé que ces attaques n'étaient qu'une « manipulation » et il a laissé entendre que l'enregistrement sur lequel il donnait des instructions visant à ne pas enquêter sur le propriétaire de l'usine brassicole était un montage. Une enquête sur l'authenticité de ces enregistrements est actuellement en cours.

M. Borissov a également déclaré que les attaques à son encontre étaient le résultat de sa lutte contre la corruption et contre les anciens services secrets du pays.

Le parti socialiste dans l'opposition a déclaré que M. Borissov devrait démissionner si les enregistrements se révélaient authentiques. Le dirigeant du parti socialiste, Sergei Stanishev, a également affirmé que le premier ministre était tombé dans son propre piège dans la mesure où, sous M. Borrisov, les mises sur écoute des téléphones portables étaient devenues une réelle industrie dans le pays.

Mark Gray, un porte-parole de la Commission européenne, a déclaré que l'exécutif de l'UE avait demandé à la Bulgarie de fournir des informations sur ce scandale. La Bulgarie est sujette à un « mécanisme de coopération et de vérification » (voir Background), qui permet à Bruxelles de mettre le nouvel État membre de l’UE sous pression concernant des questions liées à l'application de la loi.

Dimitar Loudjev, un dirigeant anti-communiste de l’après 1989 et l'ancien vice-premier ministre (1990-1991), a déclaré que ces enregistrements avaient révélé la vraie nature de M. Borrisov qu'il décrit comme « un homme issu des bas fonds du pays ».

M. Borrisov est un pompier de formation et a travaillé comme garde du corps, y compris pour le dirigeant communiste Todor Zhivkov lorsqu'il était assigné à résidence, avant de devenir le propriétaire d'une entreprise de sécurité appelée Ipon.

Une femme avec qui il a vécu par le passé, Tzvetelina Borislavova, la fille d'un fonctionnaire subalterne dans une ambassade, a amassé une fortune personnelle colossale. Récemment, elle a vendu les parts qu'elle détenait dans la branche bulgare de la banque KBC pour la somme de 70 millions d'euros. Sa fortune personnelle est estimée à plus de 100 millions d'euros.

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Réactions: 

A la demande d'EurActiv, Mark Gray, porte-parole de la Commission européenne, a commenté cette nouvelle le 17 janvier et a déclaré que ce scandale était « d'abord et avant tout un problème national » pour la Bulgarie.

Toutefois, la Commission a demandé des éclaircissements dans le cadre de ses « procédures normales » pour savoir si les mises sur écoute avaient été réalisées légalement, à savoir avec l'approbation d'un juge, ou illégalement.

La Commission attendra la réponse du ministre bulgare de la justice avant d'envisager une éventuelle action, a-t-il ajouté.

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