Europe

Les questions européennes ont été en grande partie absentes de la campagne électorale de 2007, les candidats s'étant davantage affrontés dans les domaines de l'emploi, de la mondialisation et de l'immigration.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont néanmoins pris position sur plusieurs d’entre elles:

  • Banque centrale européenne (BCE) et euro

Sur ce point, les positions des deux candidats se rejoignent. Tous deux reprochent à la Banque centrale européenne de tenter de protéger les Etats de l'inflation au mépris de la croissance économique et de l'emploi. Au cours de la campagne, Nicolas Sarkozy s’est ainsi régulièrement élevé contre la "stratégie de l'euro fort", indiquant qu’il fallait mettre la monnaie européenne au service de la croissance et de l'emploi.

L’un et l’autre veulent, d’une part, donner à la BCE un interlocuteur politique à travers l’institution d’un « gouvernement économique de la zone euro ». Et, d’autre part, ajouter dans le statut de la BCE, à côté de la lutte contre l’inflation, l’objectif de la croissance et de l’emploi. Ils ne vont pas jusqu’à remettre en cause l’indépendance de la BCE.

Cependant, c’est sans tenir compte des positions de leurs partenaires européens, comme l'Allemagne, qui a la ferme intention de maintenir une politique monétaire restrictive pour contenir l'inflation.

  • Economie, Europe et mondialisation

Nicolas Sarkozy est considéré par les partisans du libre-échange comme le candidat capable de mettre en oeuvre les réformes nécessaires, notamment celle sur la flexibilité du marché du travail, pour relancer l'économie française. Ségolène Royal, qui se montre en faveur de la revalorisation du salaire minimum et défend le système français des 35 heures, est considérée comme plus protectionniste.

Mais N. Sarkozy s’est également montré protectionniste à plusieurs reprises dans cette campagne. Il compte sur l’Europe pour protéger la France de la mondialisation en renforçant la préférence communautaire en matière économique. Il s’est par ailleurs engagé à défendre les sociétés françaises contre les OPA étrangères, tout en appelant  l'UE à suspendre les aides européennes à destination des Etats membres qui pratiquent le dumping social, fiscal ou environnemental. Enfin, il a critiqué le manque d'action de la Commission en matière de protection des emplois européens.

Dans son Pacte présidentiel, Ségolène Royal propose aussi de construire une "Europe plus protectrice", reposant sur de nouvelles "politiques communes ambitieuses" et l'inscription de la sauvegarde des services publics à la française dans une nouvelle directive-cadre européenne.

  • Constitution européenne

Le projet de "mini-traité" de Nicolas Sarkozy, est destiné à remplacer le Traité constitutionnel rejeté par les Français en 2005 et actuellement dans l'impasse.  Cette proposition obtient la faveur des pays européens. Le candidat de l’UMP propose de le ratifier par voie parlementaire pour éviter une nouvelle débâcle avec un référendum.

L’approche de Ségolène Royal est radicalement différente, puisqu’elle souhaite présenter un nouveau traité, assorti d’un protocole social, devant les électeurs français lors d'un nouveau référendum. Ce projet va à l'encontre des plans de la présidence allemande, qui souhaite adopter une feuille de route lors du Sommet européen de juin 2007 pour régler la crise institutionnelle.

  • Turquie

Sur ce dossier, Ségolène Royal (plus ouverte sur les questions d'immigration et d'élargissement de l'UE à la Turquie) ne se prononce pas ouvertement en faveur de l'adhésion à la Turquie. Elle estime qu’il faut faire une pause et que le moment n'est pas venu, aujourd'hui, de faire entrer la Turquie. Mais elle prévient: claquer la porte à un grand pays musulman comme la Turquie pourrait s’avérer dangereux pour l’équilibre du monde. En effet, cela pourrait ébranler les forces démocratiques turques et entraîner une montée des nationalismes dans le pays.

La position de Nicolas Sarkozy est beaucoup plus tranchée: il est fermement opposé à l’intégration de la Turquie à l’UE, qui signifierait, selon lui, la mort de l’Europe politique. Le candidat se montre plutôt partisan d'une "Union méditerranéenne", qui inclurait la Turquie et d'autres pays musulmans.

  • Travail / Lutte contre le chômage

Nicolas Sarkozy place la "valeur travail" au cœur de son projet. Il propose pour cela un "contrat de travail unique", en affirmant qu'il sera "plus souple pour les entreprises pour qu'elles soient incitées à embaucher, plus sécurisant pour les salariés car il sera à durée indéterminée pour tous."  Ségolène Royal partage l’ambition de "réhabiliter le travail", notamment par la création d’un "contrat première chance", qui a été dénoncé comme étant la version de gauche du Contrat première embauche (CPE). Proposé par le gouvernement de Dominique de Villepin, celui-ci avait du être retiré l'an dernier sous la pression des manifestants. Pour lutter contre le chômage, François Bayrou (UDF, centre-droit) préconise une mesure immédiatement applicable: la possibilité pour chaque entreprise de créer deux emplois sans charges. Enfin, Jean-Marie Le Pen (FN, extrême droite) souhaite instaurer la préférence nationale: à compétence égale, les emplois seraient prioritairement réservés aux citoyens français.

  • Répartition du temps de travail

Les débats sur la répartition du temps de travail ont essentiellement porté sur les 35 heures. Pour sortir de ce système, Nicolas Sarkozy a l’intention d’assouplir fortement le recours aux heures supplémentaires et de les exonérer de charges sociales et d’impôts, pour le patron comme pour le salarié. Ségolène Royal, dont le parti est à l’origine des 35 heures, les a néanmoins remises en question et propose d’être "ouvert à la discussion, voire au compromis, quand il s'agit de leur application." Le candidat UDF s’est également montré critique à ce sujet et souhaite que le paiement des heures supplémentaires (entre 35 et 39 heures) soit majoré de 35 % pour récompenser le travail. Il propose par ailleurs de réduire les cotisations sociales en proportion afin que les entreprises ne supportent aucun coût supplémentaire. Pour sa part, Jean-Marie Le Pen préconise une renégociation de la durée du temps de travail par branche.

  • Création d’entreprise / Soutien aux PME

En termes de création d’entreprise et de soutien aux PME, c’est François Bayrou, avec sa proposition de ‘small business act’ à la française, qui s’est montré le plus innovant. Il s’agit de réserver une part des marchés publics aux PME comme, par exemple, aux Etats-Unis, 20 % du volume total des grands marchés et la totalité des marchés inférieurs à 50 000 €. Nicolas Sarkozy compte créer un système de capital-risque et de prêt à taux zéro pour les créations d’entreprises, tandis que Ségolène Royal souhaite simplifier les démarches de création d’entreprise et améliorer la protection sociale des entrepreneurs.

  • Mondialisation / Délocalisation

La France se considère souvent comme l’une des victimes de la mondialisation, notamment en raison des nombreuses délocalisations de ses entreprises. Les candidats ont donc tous pris position sur la question. Nicolas Sarkozy fait appel à l’Europe pour protéger la France de la mondialisation en renforçant la préférence communautaire en matière économique. Au niveau national, il propose pour empêcher les délocalisations de mettre en œuvre une politique industrielle, en choisissant des secteurs stratégiques. Ségolène Royal estime qu’il faut renforcer l’Etat pour que la France n’ait plus peur de la mondialisation et prévoit d’obliger les entreprises à rembourser les aides publiques qu’elles ont reçues en cas de délocalisation. François Bayrou souhaite pour sa part harmoniser les règles sociales en Europe et imposer des limites à la globalisation financière, tandis que Jean-Marie Le Pen préconise de placer temporairement sous contrôle direct de l’Etat une entreprise-clé menacée de fermeture ou de délocalisation.

  • Dette publique et fiscalité

Les difficultés de la France à remplir les critères du pacte de stabilité et de croissance ont amené les candidats à proposer plusieurs solutions pour réduire la dette publique. Nicolas Sarkozy souhaite la ramener en 5 ans sous les 60% du PIB, limiter la progression des dépenses publiques à 1,8 % par an en volume et baisser les prélèvements obligatoires de 4 % du PIB sur dix ans. Ségolène Royal considère pour sa part qu’il est possible de résorber la dette publique grâce à la croissance. Selon elle, « le retour de la confiance et de la croissance et une politique volontariste pour l’emploi stimuleront les rentrées fiscales et sociales ». S’il est élu, François Bayrou empêchera l’Etat d’emprunter pour ses dépenses de fonctionnement et exigera de l’administration un effort de productivité de 2 % par an pendant six à huit ans. Jean-Marie Le Pen est lui favorable à "un grand audit des comptes de la nation", souhaite réorienter la dépense publique vers l'investissement et réduire de 30 % les subventions de l'Etat aux associations.

  • Environnement et nucléaire

La campagne sur l’environnement s’est en partie focalisée sur le Pacte écologique de l’Alliance pour la Planète, porté par l'animateur de télévision et militant écologiste Nicolas Hulot. L’objectif était d’inciter l’ensemble des candidats à placer les enjeux écologiques et climatiques au cœur de leur programme. Parmi les 4 principaux candidats, seul Jean-Marie Le Pen n’a pas signé ce pacte. Pour autant, leurs positions divergent, notamment sur les énergies renouvelables et le nucléaire.

Si Nicolas Sarkozy souhaite augmenter la part des énergies renouvelables, sans objectif précis, Ségolène Royal indique pour sa part qu’elle devra atteindre 20% de la consommation en 2020. François Bayrou plaide quant à lui pour une réduction par 4 d’ici 2050 des émissions de gaz à effet de serre.

Sur le nucléaire, Ségolène Royal souhaite ramener la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50% d’ici 2017, tandis que Nicolas Sarkozy l’a qualifiée d’"énergie du futur". François Bayrou soutient également un maintien de la filière nucléaire, mais entend mener un grand débat national à ce sujet avant l’été.

  • Immigration & Intégration

Les questions liées à l’immigration et à l’intégration ont occupé le devant de la scène avec la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Le rapprochement entre une politique de contrôle de l’immigration et la notion d’identité nationale a en effet suscité la controverse parmi les candidats. Jean-Marie Le Pen, qui souhaite pêle-mêle supprimer : les aides sociales pour les étrangers, la double nationalité, l’acquisition automatique de la nationalité française et le regroupement familial, s’est montré en faveur de cette proposition. Ségolène Royal et François Bayrou s’y sont vivement opposés.

Au niveau européen, Nicolas Sarkozy souhaite créer un réseau consulaire unique entre les pays de l’Union européenne pour la délivrance des visas et instaurer un pacte de l’immigration entre les grandes nations européennes. Quant à François Bayrou, il propose de créer une politique européenne concertée sur l’immigration.

Les candidats restent par ailleurs divisés sur les questions de la régularisation des sans-papiers, du regroupement familial et de la discrimination positive.