La Belgique sort d'une crise politique historique

-A +A

Elio Di Rupo, le négociateur en chef chargé de former un nouveau gouvernement en Belgique, a annoncé un accord sur le budget 2012 ce dimanche (27 novembre). Cet accord devrait ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement dès cette semaine.

Engluée dans une crise politique depuis les élections de juin 2010, la Belgique semble avoir évité la catastrophe.

Sous la pression des marchés et sous la menace de sanctions financières de la part de l'Union, la Belgique est sur le point de sortir de la plus longue crise politique de son Histoire, après que les négociateurs ont abouti à un accord sur le budget 2012 ce week-end.

Les six partis politiques impliqués dans les négociations ont conclu cet accord sur le budget 2012 suite à la dégradation de la note du pays de AA+ à AA par l'agence de notation Standard & Poor's, les rendements obligataires à 10 ans ayant approché les 6 % samedi.

La Commission européenne a elle aussi fait pression sur la Belgique en menaçant le pays d'une amende de 700 millions d'euros s'il ne prenait pas des mesures pour réduire son déficit public d'ici la mi-décembre.

« Il s'agit de l'un des exercices d'assainissement les plus importants depuis la Seconde Guerre mondiale. [...] Nous présenterons un budget 2012 responsable et rigoureux », a déclaré M. Di Rupo, le négociateur en chef chargé de former un gouvernement, et sans doute le prochain premier ministre belge. Il a affirmé que des économies de plus de 11,3 milliards d'euros avaient été décidées et seraient appliquées à partir de 2012.

Appel à la nation

S'exprimant en français et en néerlandais, le leader des socialistes wallons a demandé à tous les syndicats et aux citoyens de soutenir le consensus atteint par les partis francophones et néerlandophones, à savoir les socialistes, les libéraux et les chrétiens-démocrates.

M. Di Rupo a déclaré que les efforts d'un gouvernement et d'un parlement n'avaient pas été suffisants pour surmonter les différends.

« Nous devons retrousser nos manches pour sortir le pays de la crise », a affirmé M. Di Rupo, ajoutant que les six partis politiques espéraient former un gouvernement au cours de la semaine.

Il a affirmé que le budget négocié pour 2012 ramènerait le déficit à 2,8 % du PIB, en dessous de la barre des 3 % des critères de Maastricht pour la stabilité de la monnaie européenne, et que ceux de 2013 et 2014 permettraient au pays d'atteindre un budget à l'équilibre.

La Belgique réformera également ses réglementations en matière d'emploi et de retraites. L'âge légal de la retraite ne dépassera pas les 65 ans du régime actuel, mais l'âge minimum de la retraite anticipée passera à 62 ans d'ici 2016.

La politique d'indexation des salaires, très controversée dans le pays, restera en place, mais la politique accordant indéfiniment aux chômeurs un pourcentage de leur ancien salaire, très critiquée en Flandre, sera révisée.

La Belgique a battu le record du pays étant resté le plus longtemps sans un gouvernement officiel (voir « Contexte »).

Le 8 octobre, les négociateurs des huit partis autour de la table, avec les Verts des deux côtés de la frontière linguistique, ont conclu un accord sur la révision de l'Etat belge.

Cet accord conférera aux deux principales régions du pays, la Flandre et la Wallonie, davantage de pouvoir s'agissant de prélever leurs propres impôts, ce qui marque une séparation entre les deux entités et affaiblit l’autorité fédérale.

Réactions: 

Le vice-président de la Commission Olli Rehn, en charge des affaires économiques et monétaires, a salué l'accord présenté dimanche par le Belge Elio Di Rupo.

« Je salue l'accord [...] sur les mesures visant à étayer le budget fédéral belge avec pour objectif de ramener le déficit public général à 2,8 % du PIB en 2012, comme l'a recommandé le Conseil de l'UE, et d'ouvrir la voie à plus de consolidation en 2013 et 2014. »

«  L'annonce par M. Di Rupo selon laquelle le budget devra être finalisé au plus vite est tout aussi importante, dans la mesure où cela permettra à la Commission européenne de pouvoir opérer un examen sans peine et complet dans le cadre de la procédure de déficit excessif. Nous prenons note également des réformes structurelles annoncées, surtout celles visant à restaurer la discipline budgétaire et à renforcer la compétitivité tout en maintenant la justice sociale. »

Celles-ci seront analysées en temps utiles par rapport aux recommandations spécifiques de l'UE pour le pays, dans le contexte du semestre européen », a déclaré M. Rehn.

Les dirigeants du Parti des Socialistes européens (PSE), à Bruxelles ce dimanche, ont salué le résultat des négociations sur la formation d'un nouveau gouvernement belge.

Le président sortant du PSE, Poul Nyrup Rasmussen, a félicité les deux partis socialistes belges (PS et Sp. A).

« Les socialistes belges, remarquablement dirigés par Elio Di Rupo dans ces négociations, sont restés fermes tout au long du chemin quant à leurs engagements pour des normes sociales fortes, des finances publiques solides et un plan économique durable pour la Belgique », a déclaré M. Rasmussen.

Le président entrant du PSE et ancien premier ministre bulgare, Sergueï Stanichev, a déclaré :

« Cette avancée en Belgique fait partie d'une nouvelle tendance en faveur des politiques progressistes en Europe. La population réclame un changement par rapport aux politiques conservatrices qui ont échoué. La Belgique a emprunté la voie du progrès aujourd'hui. Ce sera bientôt le tour de l'Europe. »

Liens externes: 
Publicité