Nicolas Sarkozy : un Européen très français

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Dans le cadre d'une série d'articles sur le sujet, EurActiv France fait le portrait des principaux candidats aux élections présidentielles françaises de 2012. Rien n'est gagné pour Nicolas Sarkozy, le président sortant. Il tente à tout prix de garantir la mise en place de l'Europe protectionniste qu'il souhaite pour la France.

Veuillez cliquer ici pour lire la version originale du portrait réalisé par EurActiv France.

Le soir du 6 mai 2007, le président fraîchement élu, Nicolas Sarkozy, avait déclaré : « La France est de retour en Europe ! »

 « Je lance un appel à nos partenaires européens auquel notre destin est lié, je crois profondément, sincèrement à la construction européenne, ce soir la France est de retour en Europe. Je conjure nos partenaires européens d’entendre la voix des peuples qui veulent être protégés. D’écouter les citoyens qui voient en l’Europe le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles toutes les transformations du monde. »

A l’époque, l’Europe n’était qu’un sujet parmi d’autres. Crise oblige, elle a été omniprésente au cours du quinquennat du président sortant. Il a voulu porter cette vision française, partagée par la droite et la gauche, selon laquelle l’Europe doit protéger ses citoyens.

La « lettre aux Français » de M. Sarkozy, envoyée ce mois-ci, évoque les supposés échecs de l’Europe « qui devait nous protéger » et qui a « aggravé notre exposition à la mondialisation ».

De « l’Américain » au « Prussien »

Lorsqu’il a été élu, M. Sarkozy s'est vu attribuer le surnom de « l’Américain » à cause de son discours du « travailler plus pour gagner plus », de la réduction de l’impôt pour les riches et de la réintégration de la France dans l’OTAN.

Toutefois, lors de la crise de l’euro, à force de travailler main dans la main avec la Chancelière allemande, Angela Merkel, il a pendant un temps trouvé un nouveau modèle.

Malgré certaines oppositions de fond sur le fonctionnement de l'Europe, la France et l’Allemagne ont élaboré une stratégie commune et le couple dirigeant a même été baptisé « Merkozy » par la presse internationale.

Pour Nicolas Sarkozy, l’Allemagne devait servir de modèle sur bon nombre de sujets comme la fiscalité, l’industrie et le marché du travail. Mais sa politique n'est pas restée constante.

« Il a mis longtemps à le comprendre, mais le fédéralisme compliqué de l’Allemagne, les performances, les capacités de réforme du pays et de mobilisation civique des Allemands l’ont bluffé », estime Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, un groupe de réflexion pro-européen.

Pragmatique, M. Sarkozy a vite compris qu’il ne pourrait pas trouver de solutions à la crise sans l’accord de l'Allemagne, étant donnée la puissance économique du pays.

Pour Piotr Maciej Kaczyński, analyste au Centre d'études de la politique européenne, la proximité entre les deux pays ces 18 derniers mois s’explique par deux raisons.

Tout d'abord, les Allemands ne voulaient pas être perçus comme ceux qui imposeraient leurs règles à toute l'Europe. Ensuite, la France a cherché par tous les moyens à envoyer un message aux marchés : proche de l'Allemagne, le pays ne devait pas être associé aux Etats en situation très difficile comme l'Espagne, l'Italie, le Portugal ou la Grèce.

Rupture avec Angela Merkel

La Chancelière allemande a officiellement témoigné son soutien au président sortant. Les deux dirigeants ont participé à une interview commune à la télévision en février dernier, mais ils n'ont pas obtenu le résultat escompté. Ils ont rassemblé moins de téléspectateurs que l'entretien au même moment sur une autre chaîne de la candidate centriste écologiste Corinne Lepage (qui s'est depuis retirée pour manque de parrainages).

Depuis, M. Sarkozy a pris ses distances avec Mme Merkel, annulant plusieurs événements conjoints et préférant faire campagne seul.

La fin du consensus franco-allemand fut consommée lors d'un discours le 15 avril dernier, pendant lequel M. Sarkozy a annoncé que la Banque centrale européenne devait être réformée.

« Si l’on ne change pas l’Europe, si l’on ne fait pas l’Europe de la production, l’Europe de l’investissement, nous ne pourrons pas avoir la croissance. Si la Banque centrale ne soutient pas la croissance, nous n’aurons pas assez de croissance », a-t-il déclaré.

Le mandat actuel de la BCE prescrit qu’elle soit formellement « indépendante » de toute influence politique et que la croissance et l’emploi soient des objectifs secondaires par rapport à la lutte contre l’inflation.

Les décideurs allemands considèrent que ces règles, inscrites dans le droit européen depuis Maastricht, sont intouchables. Un journaliste dans La Tribune ira même jusqu’à déclarer que « Merkozy s’est suicidé ».

Nouveau discours nationaliste

Les éléments fondamentaux du discours de M. Sarkozy sur l’Europe ont peu changé en cinq ans : l’Europe doit protéger les citoyens contre les immigrés non-européens, la mondialisation, ainsi que la concurrence déloyale.

Ces thèmes ont été au cœur de son discours de lancement de campagne, le 11 mars dernier à Villepinte. Le ton nationaliste et souvent violent du président envers l’Europe en a cependant surpris plus d'un.

Au cours de sa campagne, le président français a axé son discours sur la nation. La « nation française c’est l’avenir de la France », a-t-il déclaré. Quelque 50  % des Français estiment toutefois que l’action de M. Sarkozy en Europe s'est révélée positive, selon un sondage Opinion Way publié en janvier 2012.

« L’Europe est un sujet sur lequel les Français lui donnent un quitus relatif, mais il l’exploite peu politiquement. Il est dans une dynamique très nationaliste à la poursuite du diamant vert lepeniste », observe Olivier Ferrand, président de Terra Nova, un groupe de réflexion proche du Parti socialiste.

Pour l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors : « M. Sarkozy n’a pas été un président européen, il a été un président énergique. Et son énergie n’a pas toujours été placée là où il faut. »

La stratégie de la corde raide

Nicolas Sarkozy préconise dans ses discours une stratégie agressive pour affirmer les positions de la France en Europe.

Pour économiser de l’argent, il a annoncé que la France réclamerait le gel de sa participation au budget de l’UE et épargnerait ainsi 600 millions d’euros par an. Cette somme devrait correspondre à l'absence de prise en compte de l'inflation dans les sommes déboursées tous les ans par Paris pour le budget de l'UE.

En 2010, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne avaient déjà affirmé qu’ils demanderaient un gel du budget de l’UE pour la période 2014-2020, mais hors inflation.

Le président candidat a donc été encore plus loin. M. Sarkozy n’a toutefois pas précisé comment il pourrait d’une part conserver le budget de la politique agricole commune à « l’euro près » et d’autre part, geler sa participation aux finances de l’UE.

Sur l’immigration, la lettre aux Français fustige « l’Europe passoire ». Sarkozy est prêt à suspendre la participation de la France à l’espace Schengen si les règles sur la libre circulation des personnes en Europe ne sont pas révisées d’ici un an.

Une mesure visant à assouplir les conditions dans lesquelles les Etats peuvent rétablir leurs contrôles aux frontières intérieures fait l'objet de débats à Bruxelles depuis un an.

L’Europe vulnérable

Aux yeux de Nicolas Sarkozy, l’Europe n’a pu protéger ni ses citoyens, ni ses entreprises. C’est pourquoi il plaide depuis 5 ans pour la « réciprocité » dans les échanges sur le plan mondial. Là encore, le dossier est depuis plus d’un an sur la table du commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier.

Cet objectif reste très difficile à atteindre et après de nombreux reports, la Commission a fini par présenter une proposition dans le but d'« encourager » l’ouverture des marchés publics internationaux le 21 mars dernier.

Le programme du candidat indique : « Si les négociations sur la réciprocité n’ont pas abouti d’ici un an, la France réservera ses marchés publics aux seules entreprises européennes, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. »

Cette décision unilatérale pourrait comporter des risques pour les entreprises d'exportation françaises, qui pourraient subir des représailles de la part des pays boycottés.

Dans son programme, M. Sarkozy prévoit en outre de « réserver une partie des commandes publiques aux PME européennes, comme le font les Etats-Unis ».

Cette mesure était déjà une priorité de la présidence française du conseil de l’UE en 2008. Mais cette version européenne du « Small Business Act » américain a fait l’objet de longues discussions à Bruxelles sans jamais aboutir, la majorité des pays de l’UE étant contre.

Or, dans ce domaine, la France ne peut agir seule. Elle est soumise aux règles communautaires et internationales. Dans un rapport, l’ancien secrétaire d’Etat au Plan, Lionel Stoléru, en 2007, avait déjà affirmé que jamais la Commission n’accepterait de présenter des quotas pour les PME à l’Organisation mondiale du commerce.

Un budget équilibré d’ici 2016

La réduction des déficits structure le programme du président sortant pour les cinq années à venir. En ce sens, l’Europe, mais surtout les objectifs d’austérité adoptés par l’UE, irriguent le programme.

Ce texte de 32 mesures prévoit une diminution supplémentaire des dépenses de 36 milliards d’euros et une augmentation des recettes de 8 milliards pour parvenir à un équilibre des comptes publics en 2016, comme le prévoient les engagements européens de la France.

Le moindre relâchement des promesses du pays provoquerait « une crise de confiance », a lancé M. Sarkozy à François Hollande qui propose un équilibre des comptes publics en 2017.

Pour atteindre son objectif, le président candidat table sur une croissance de 0,7 % en 2012, 1,75 % en 2013, et 2 % les quatre années suivantes. Il s'agit de prévisions optimistes par rapport à celles de la Commission (0,4 %), du FMI (0,2 %) ou encore de l’OCDE (0,3 %).

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