Nicolas Sarkozy a suggéré que la mise en place de la taxe carbone en France dépendrait de l’adoption d’une taxe similaire au niveau européen, ce qui pourrait reporter le projet français sine die.
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Nicolas Sarkozy: "Mon rôle est d'apaiser pour pouvoir réformer"
La taxe carbone ne serait plus la priorité du président de la République. Après son intervention au salon de l’Agriculture où il a fustigé les contraintes environnementales, Nicolas Sarkozy a donné l’impression de reculer sur l’adoption du texte dans un entretien accordé au Figaro magazine publié le 13 mars.
« Nous prendrons le temps de la concertation au niveau européen comme au niveau national », a indiqué le chef de l'Etat. Le flou de cette déclaration laisse entendre que l’adoption d’une taxe carbone pourrait prendre plus de temps que prévu. Le président de la République était pourtant, à l’origine, en faveur d’une entrée en vigueur rapide de cette taxe au 1er janvier 2010. La censure du Conseil constitutionnel du texte de loi en décembre 2009 n’avait pas entamé ce volontarisme et un nouveau projet devait être adopté par le gouvernement dès janvier 2010 pour une entrée en vigueur le 1er juillet 2010.
Temporiser est donc désormais de mise. Le respect des délais envisagés supposerait un accord du gouvernement dès le mois d’avril pour que l’Assemblée et le Sénat aient le temps d’examiner le texte. Or, Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué de calendrier et précisé que l’adoption de la taxe devrait même être soumise à un dialogue au niveau européen.
Celui-ci pourrait intervenir prochainement. Le nouveau commissaire à la fiscalité, Algirdas Semeta, veut proposer une révision de la directive sur la taxation de l’énergie afin d’instituer une taxe carbone européenne. Contrairement au texte actuel, la future proposition serait fondée d’une part sur la teneur en CO2 des carburants, et d’autre part sur leur teneur énergétique.
Le commissaire à la Fiscalité voudrait présenter ce projet au mois d’avril ou mai au collège des Commissaires, mais l’adoption du texte sera ensuite soumise à l’unanimité des 27. Le calendrier est donc serré, or, l’Elysée a démenti la possibilité de reporter le principe de la taxe après l’été 2009.
Il sera dès lors très difficile de faire correspondre les délais français et européen. Or, selon l'économiste Jacques Percebois, une taxe carbone française pourrait être instaurée sans taxe européenne. Des pays comme la Suède l’ont déjà fait et à des niveaux beaucoup plus élevés que celui prévu par le projet français d'origine (17 euro la tonne de carbone dans le projet français contre 108 en Suède).
Mais il faudra faire avec l’opposition grandissante des parlementaires UMP au projet. Le président du groupe UMP au Sénat, Gérard Longuet, s’est notamment demandé le 10 mars si la taxe était vraiment « une priorité ». Sans oublier enfin que cette loi est impopulaire dans l’opinion publique.
La taxe d'ajustement aux frontières toujours d'actualité pour Sarkozy
Dans son entretien au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy a précisé que « s'agissant des dispositifs environnementaux, je dis très clairement que la France montrera l'exemple, que nous voulons tenir nos engagements de limitation des émissions de gaz à effet de serre, mais que nous voulons dans le même temps une taxe carbone aux frontières de l'Europe. ».
Le président de la République a à nouveau indiqué que la France poursuivra ses efforts en matière de limitation de gaz à effet de serre, à condition que les engagements internationaux sur le climat soient forts. Sans quoi, il plaidera pour la mise en place d'une taxe sur les importations en provenance de pays qui ne respecteraient pas les mêmes engagements climatiques.
Selon le professeur à la faculté des sciences économiques de Montpellier, Jacques Percebois, cette position se défend car une taxe carbone aux frontières serait certainement plus pertinente à l’échelle mondiale. Mais en réalité, selon lui, « il s’agit d’une façon élégante de botter en touche. »
En effet, l’idée d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe se heurtera à de nombreux obstacles. Son adoption est d’abord conditionnée aux résultats des négociations internationales sur le climat en 2010. Elle nécessite aussi l’accord des 27 Etats membres qui sera difficile à obtenir car de nombreux Etats comme le Royaume-Uni y sont opposés.
Le Commissaire au Commerce Karel de Gucht avait également déclaré son opposition en janvier 2010, craignant « le déclenchement d’une guerre commerciale ». Une taxe aux frontières risquerait également d’enfreindre les règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et supposerait l’élaboration d’une liste des produits soumis à cette taxe.





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