Dans un contexte d’augmentation de la consommation d’électricité, les réseaux électriques dits « intelligents » (smart grids) et les réseaux à très haute tension (super grids) pourraient être un élément clef de la lutte contre le changement climatique. Le Président du Conseil International des Grands Réseaux et Président d’honneur de RTE André Merlin revient sur le rôle stratégique de ces réseaux.

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Des réseaux intelligents pour plus d’énergies renouvelables et une consommation électrique durable
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En quoi les réseaux de distribution intelligents (smart grids) ont-ils un rôle stratégique ?
Lorsqu’on parle des smart grids, cela intègre beaucoup d’éléments tels que le comptage dit intelligent, qui est non pas une obligation mais une évolution liée à l’ouverture des marchés de l’électricité au niveau du consommateur domestique. A partir du moment où on dispose d’un comptage intelligent, on peut utiliser toutes les informations détenues dans le compteur pour mieux gérer la demande d’électricité du côté du client. C’est ce que les Américains appellent le demand side management, c'est-à-dire la gestion efficace de la demande. Il s’agit là du premier volet et on y voit tout l’intérêt que l’on peut retirer de cette évolution pour améliorer l’efficacité énergétique chez le consommateur final.
Que va permettre le développement des smart grids en termes d’optimisation des réseaux ?
Si l’on dispose d’informations au travers de ce comptage intelligent, on peut mieux gérer les réseaux de distribution, qui vont évoluer fortement du fait du raccordement d’unités de production d’énergies renouvelables décentralisées. Ces réseaux ne seront donc plus simplement des réseaux passifs permettant de transiter l’électricité entre le niveau haut du système électrique et le client final. En réalité, les moyens de production décentralisés tels que des clients finaux équipés en conséquence, vont conduire à ce que ces réseaux dans certaines situations fournissent davantage d’électricité que nécessaire. Dès lors, il faudra pouvoir transporter cette électricité ailleurs, ce qui conduit à gérer beaucoup plus finement le fonctionnement de ces réseaux. Le comptage intelligent est en quelque sorte la brique de base pour construire progressivement ce que les Américains appellent les smart grids.
L’interconnexion de la rive sud de la Méditerranée et du Nord de l’Europe avec l’Europe continentale est mise en avant comme une priorité pour la diversification des ressources en énergies renouvelables. Néanmoins, ce transport sur de très longues distances pose la question de la perte de l’énergie. Est-il possible de réduire ces pertes ?
L’intelligence existe déjà dans les réseaux de transport d’électricité. Il faut sans doute la renforcer pour mieux gérer les échanges d’électricité à travers toute l’Europe. La grande panne qui a affecté l’Europe en novembre 2006, nous a permis de prendre en compte la nécessité de développer une meilleure coordination dans la gestion de ces réseaux, mais également leur intelligence. Personnellement je suis très favorable à la mise en place d'un centre européen de coordination du transport de l’électricité.
Néanmoins, l’intelligence ne suffit pas. En effet, augmenter fortement la part des énergies renouvelables et notamment l’éolien, qui a un caractère intermittent (la production dépend des vents), nécessite le développement de nouvelles infrastructures de transport. Elles seront à créer aussi bien au sein de l’Europe qu’avec les régions voisines, d’où l’importance des interconnexions dans l’ensemble de la Méditerranée (Nord-Sud, Est-Ouest). Ceci passe par le développement des super grids, des réseaux à très haute tension. Monter en tension permet d’éviter une déperdition de l’électricité et de transporter sur des distances de plus en plus longues des grandes quantités d’électricité. C’est ce que font les Chinois à travers le développement de ce qu’ils appellent la ultra haute tension des réseaux à plus de 1 million de volts.
*L’Institut Hongrois à Paris organise un séminaire diplomatique et de prospective énergétique entre 2009 et 2011. La deuxième séance, du mardi 16 mars 2010, à laquelle André Merlin participait, était intitulée « L’Europe des énergies : dynamiques nationales, dynamiques communautaires ».
Désertec, un exemple de super grid
Lancé le 13 juillet 2009, Désertec a pour objectif de construire un vaste réseau de supercentrales solaires (paraboles solaires) dans les pays du Maghreb et du Sahara pour alimenter l'Europe en électricité. Son coût est évalué à 400 milliards d’euro. Afin d’éviter la déperdition de l’électricité lors du transport sur de telles distances, le projet prévoit de bâtir un réseau d’approvisionnement à très haute tension dit super grid.
Une vingtaine de multinationales, surtout allemandes, ont manifesté leur intérêt pour développer ce projet et parvenir rapidement à produire 15% des besoins européens d’ici 2025. A terme, les experts du projet Désertec ont calculé qu'une surface de 0,3% de l’ensemble des déserts mondiaux couverte de paraboles solaires suffirait théoriquement à assurer les besoins énergétiques mondiaux.
Au plan politique, le projet est encouragé par le gouvernement allemand et pourrait s’inscrire dans le cadre du « Plan Solaire Méditerranéen », projet phare de l'Union pour la Méditerranée. Ce dernier envisage, entre autres, de développer « des capacités additionnelles d'électricité bas carbone, et notamment solaire ».
Les obstacles les plus importants à la mise en oeuvre de Désertec seraient avant tout d'ordre économique et politique plus que technique. Les technologies nécessaires existent déjà. Mais, le projet ne diminue pas la dépendance énergétique de l’Union européenne et la construction d'un réseau d'approvisionnement traversant la Méditerranée, qui s'étend sur des milliers de kilomètres, est très coûteux.
Désertec continue toutefois d’attirer des partenaires comme l’entreprise américaine, fabricante de module solaire, First Solar, qui a rejoint le projet le 16 mars 2010.





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