A l'occasion d'une rencontre avec plusieurs journalistes lors de l'une de ses visites à Paris, le PDG de GE Energy et vice-président de GE a plaidé pour la mise en place d'un grand marché de l'énergie et d'une implication des Etats, notamment les Etats-Unis, dans le domaine de la politique énergétique.

© GE
GE Energy va investir 340 millions d’euros dans l’éolien offshore dans quatre pays d’Europe mais pas en France. Pour quelles raisons? Et que pensez-vous de la polémique suscitée par l’éolien en France?
Nous avons investi dans les pays où il est clair qu’il y a un marché et où nous avons un fort ancrage opérationnel. Aujourd’hui nous sommes très actifs dans l’éolien offshore en Norvège. Nous sommes également un acteur important en Grande-Bretagne où nous avons 20 000 salariés. Nous avons essayé de renforcer nos investissements au plus près des marchés qui nous semblaient les plus profitables.
Mais nous sommes également un acteur important en France. Nous sommes les seuls à y fabriquer des turbines de gaz. Nous ferons d’autres investissements dans le pays si cela se montre pertinent à l’avenir. On ne peut pas résumer la situation en disant que la France perd d’un côté, et que des pays gagnent de l’autre. Nous avons investi dans les pays où, selon nous, le marché sera le plus important dans les cinq ou dix ans à venir.
Ferdinando Beccalli-Falco, président et directeur exécutif international de GE a récemment déclaré au New York Times: « Après Copenhague, il y faut renforcer la coopération entre les entreprises privées et les gouvernements. » Est-ce l’une des raisons de votre visite en France?
Bien sûr. Je voyage une semaine par mois en dehors des Etats-Unis. A chaque fois, je rencontre trois groupes de personnes. Tout d’abord nos employés, qui sont 25 000 dans le domaine de l’énergie en Europe. Nos principaux sièges sociaux sont en Europe. Je rencontre également nos clients mais aussi des représentants des gouvernements. Notre secteur a une activité à très long terme. C’est pourquoi les gouvernements ont un grand rôle à jouer pour aider à créer de grands marchés sur une longue période. L’éolien offshore dont nous parlions, mais également les smart grids, ou encore l’efficacité énergétique, ne pourront être développés avec succès qu’avec l’aide des gouvernements.
Si aucun accord international n’est conclu à Cancun à la fin de l’année, quel sera l’impact pour GE Energy?
Toute évolution vers des standards plus hauts dans le domaine du développement durable est bonne pour GE et pour le monde. Mais ce dont une entreprise a vraiment besoin est d’un signal indiquant la création d'un grand marché à l’avenir. Dès lors, de grandes entreprises comme GE investiront beaucoup d’argent pour apporter des solutions.
Cette situation est mauvaise pour le climat mais pas nécessairement pour GE. Nous avons des activités importantes dans le domaine du gaz et du pétrole. Si le charbon est paralysé et le nucléaire avance lentement, cela bénéficiera à nos investissements dans le gaz, notamment le gaz naturel liquéfié (GNL), et le pétrole.
Nous sommes leaders dans le développement des énergies. Nous voulons un grand marché diversifié. Notre activité couvre des champs aussi divers que l’éolien, le charbon propre, les smart grids. Et nous donnons une importance égale à tous ces domaines. Quelque soit l'issue des négociations, nous avons une stratégie. Mais toute politique de gouvernance pour le carbone, le marché de quotas, la taxe carbone, les standards dans le domaine des renouvelables est bonne pour l’environnement et donc pour GE.
S’il n’y a pas d’accord à Cancun, pensez-vous que des marchés du carbone sectoriels pourraient être mis en place?
Certainement. Mais c’est déjà un peu ce qui se passe dans le cadre du protocole de Kyoto puisque tous les pays n’en font pas partie. Dans le monde, le marché du carbone le plus dynamique est le marché chinois. Notamment parce que la Chine a un objectif de 20% de renouvelables en 2020. C’est le plus grand marché d’énergie renouvelable dans le monde parce que les Chinois ont une politique très claire et très forte. Et c’est le cas sans accord global. En l’absence d’accord, les choses avanceront simplement dans une direction différente.
Pouvez-vous quantifier le nombre d’emplois verts que vous allez créer en Europe dans les années à venir?
Cela dépendra de la taille du marché. Partout dans le monde, les politiques évoquent les emplois verts. Mais c’est un peu mettre la charrue avant les boeufs. Si les gouvernements mettent en place des politiques pour créer un grand marché, il y aura beaucoup d’emplois verts. Mais les emplois verts ne seront pas là si le marché ne suit pas. Prenons l’exemple des Etats-Unis. D’un minuscule marché pour l’électricité d’origine renouvelable en 2004, nous sommes devenus numéro un dans le monde en 2009 en termes de nouvelles installations. Mais en 2010 nous sommes repassés numéro 3 parce que l’économie a ralenti, il n’y aucune politique et les standards sur les renouvelables continuent à faire grossir le marché dans une économie au ralenti. La Chine est donc numéro un aujourd’hui, juste devant l’Europe.
Trouvez-vous que les objectifs de l’Europe sont très importants dans le domaine du climat ?
L’Europe a des objectifs plus ambitieux que les Etats-Unis. Mais peut-être pas aussi importants que ceux de la Chine. Cependant l’Europe a du mal avec l’électricité, économiquement très sensible et qui contribue à la croissance du PIB. La croissance de l’Europe est relativement lente, de un à dix par rapport à la Chine. Il y aura donc beaucoup plus d’emplois verts en Chine.
Mais ce que l’Europe doit surtout faire est de s’assurer qu’elle a la meilleure technologie. Elle doit investir dans la propriété intellectuelle. C’est ce que nous faisons à Belfort en France, en Allemagne, au Royaume-Uni. Tous les pays du monde veulent les meilleures technologies, parce que le coût de l’équipement est relativement peu cher comparé à la valeur créée pour les entreprises ou le pays.
Je vais vous donner un exemple. Nous construisons à Belfort des turbines de gaz pour le ministère de l’électricité irakien. Ce qui va doubler l’électricité de ce pays. L’Irak a choisi GE parce que nous avons une technologie flexible, adaptée à un pays qui évolue d’un jour à l’autre.
Plus de 90% des produits que nous construisons à Belfort sont exportés hors de France. Nous souhaiterions faire plus d’affaires sur le marché français et c’est l’un des aspects sur lesquels nous voulons travailler. Mais si nous devions dépendre uniquement du marché français, nous devrions certainement fermer notre usine. Il n’y a pas assez de perspectives de développement. Une grande partie des emplois sera dans la logistique, les services, plus encore que dans les usines. Mais je pense que ce que beaucoup de gens ne comprennent pas aujourd’hui est que pour créer des emplois, il faut un grand marché domestique. Vous ne créerez pas beaucoup d’emplois si vous exportez dans d’autres pays.
Un Conseil UE-USA sur l’énergie a vu le jour en novembre 2009. Mais pour le moment, il semble peu visible. Selon vous, cette structure peut-elle avoir un impact sur la coopération énergétique entre l’Europe et les USA?
Je l’espère. Je souhaite que les Etats-Unis se concentrent sur la politique énergétique et pas sur les investissements en capital-risque dans le secteur de l’énergie. L’énergie a des enjeux de long terme. Nous allons devoir être prêts à accepter des défaillances et je ne pense pas que le gouvernement tolérera des défaillances dans les investissements. C’est pourquoi j’aimerais voir les Etats-Unis s’orienter vers la mise en place d’une politique. C'est plus ou moins ce qui a été fait en Europe et en Chine en essayant d'identifier les meilleurs et les moins bons parmi les entreprises mais aussi les technologies.





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