Des documents révèlent la lutte du Royaume-Uni pour diluer les objectifs verts européens

  

Certains accusent la coalition d'hypocrisie en matière d'écologie, alors que ses détracteurs affirment que des documents prouvent que le Royaume-Uni a cédé aux lobbyistes des carburants fossiles.

Après avoir clamé haut et fort qu'il s'engagerait à prendre des mesures pour préserver l'environnement, le gouvernement britannique tente actuellement d'affaiblir certaines des réglementations environnementales clés proposées par Bruxelles. C'est ce que révèlent les documents divulgués et consultés par le Guardian.

Selon ces documents, les fonctionnaires britanniques se seraient acharnés à empêcher l'adoption des règles de l'Union européenne sur l'efficacité énergétique, en posant des limites aux propositions et en supprimant le caractère contraignant de bon nombre d'entre elles. Le Royaume-Uni a en outre tenté à plusieurs reprises de s'assurer que l'UE n'adopterait pas de nouveaux objectifs pour la production d'énergies renouvelables.

Les informations contenues dans ces documents sont capitales : Ed Davey, le ministre de l'énergie et du changement climatique depuis février dernier, aurait par exemple donné sa bénédiction aux lobbies des carburants fossiles, qui tentaient déjà d'influencer son prédécesseur, Chris Huhne. Ces initiatives du gouvernement sont soutenues par les six grandes entreprises énergétiques du pays, selon d'autres documents obtenus en vertu de la liberté de l'information.

Il s'agit là de deux questions clés pour les projets européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement britannique se retrouve en contradiction avec le projet de loi énergétique « vert » fièrement annoncé il y a quelques semaines. Selon les ministres, ce projet de loi annoncé comme la pierre angulaire du « gouvernement le plus vert qui ait jamais existé » devrait générer 110 milliards de livres (136 milliards d'euros) d'investissements dans des infrastructures faibles en carbone et efficaces sur le plan énergétique au Royaume-Uni. Il s'agirait donc de la plus grande restructuration du secteur depuis les privatisations des années 1980.

L'objectif actuel de l'UE pour les énergies renouvelables prévoit de tirer 20 % de l'énergie de sources comme le solaire et l'éolien et arrivera à échéance en 2020. Rien n'est encore prévu pour la période suivante. Il est toutefois essentiel de fixer un autre objectif afin que les investisseurs puissent soutenir en toute confiance les technologies liées à l'énergie solaire, éolienne et marémotrice. L'objectif actuel est censé entraîner une augmentation considérable de la production d'énergies renouvelables.

Les acteurs du secteur et les militants écologistes craignent que sans un objectif du même ordre pour 2030, le nouvel élan d'investissement dans les énergies renouvelables ne s'essouffle au profit de carburants fossiles comme le gaz.

Fatih Birol, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie, a expliqué au Guardian : « La dépendance excessive au gaz menacerait les investissements dans les énergies renouvelables. »

L'un des documents du Conseil de l'UE divulgués indique que lorsque les premières propositions pour l'énergie en 2050 ont été présentées, le Royaume-Uni a tenté d'en exclure l'objectif de 30 % d'énergies renouvelables d'ici 2030 en lui préférant la formulation bien plus vague d'une « part plus importante d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique ». Ce document daté du 23 avril 2012 prouve également que le Royaume-Uni a tenté de supprimer la notion d'urgence des propositions.

Il montre que M. Davey, du parti libéral démocrate, s'oppose depuis son entrée en fonction à la définition d'un nouvel objectif européen sur l'énergie renouvelable. Son prédécesseur, Chris Huhne, avait lui aussi tenté d'affaiblir l'objectif de l'UE sur les énergies renouvelables dans un autre document diffusé par le Guardian en mars dernier.

Le Royaume-Uni veut que l'Europe renforce ses engagements en matière de réduction des émissions de carbone en faisant passer de 20 à 30 % l'objectif fixé pour 2020 en comparaison aux niveaux de 1990. Cette position a toutefois été sapée par de nombreux eurodéputés conservateurs qui s'y opposent vivement.

Au chapitre de l'efficacité énergétique, pour laquelle la Commission européenne tente actuellement d'élaborer une nouvelle directive, les Britanniques proposent des mesures qui affaibliraient l'obligation d'économies d'énergie appliquée aux entreprises et au secteur public.

Selon les documents divulgués, le Royaume-Uni cherche à empêcher que l'objectif européen d'améliorer l’efficacité énergétique de 20 % d'ici 2020 ne soit rendu juridiquement contraignant. Les fonctionnaires britanniques rejettent également l'idée d'imposer les contrôles obligatoires sur l'efficacité jugés nécessaires par la Commission européenne pour garantir le respect des objectifs. Nos voisins d'outre-Manche souhaitent également écarter certaines rénovations des bâtiments publics au motif qu'elles pourraient compromettre la sécurité publique, même si cet argument reste largement contesté. Le document clé du Conseil de l'UE date du 30 mai dernier.

Dave Timms des Amis de la Terre s'est exprimé : «  [Le ministre de l'énergie et du changement climatique] Ed Davey est entré en fonction en clamant haut et fort son engagement envers l'efficacité énergétique et ses nombreux avantages, mais il n'a jusqu'à présent montré aucun signe ou aucune volonté de soutenir des initiatives fortes en faveur de l'économie d'énergie. Nous avons besoin d'une directive solide et d'un objectif  contraignant en matière d'économie d'énergie afin de stimuler la croissance économique, mais [si les modifications sont approuvées], cette directive s'avérera faible, sans grandes ambitions et insuffisante. Le Royaume-Uni a largement contribué à cette situation décevante. »

Les modifications proposées par le gouvernement (et qui, selon les militants écologistes, devraient porter le coup de grâce aux plans sur l'efficacité énergétique), coïncident avec l'opinion des six grands fournisseurs d'énergie britanniques, comme en témoignent leurs réponses lors d'une consultation informelle menée par le ministère de l'énergie et du changement climatique. Greenpeace a mis la main sur le texte de cette consultation, en vertu de la loi sur la liberté de l'information.

Le groupe Eon a par exemple fait part de son opposition à une « approche fondée sur l'obligation » et estime au contraire qu'il faut pousser les consommateurs à être plus efficaces sur le plan énergétique. Eon a également rejeté l'idée de rendre la production d'électricité plus efficace en recyclant la chaleur dégagée par les nouvelles centrales pour chauffer les bâtiments. D'autres entreprises, comme SSE, RWE npower, Centrica et EDF s'opposent elles aussi à cette proposition, même si Scottish Power a tout de même suggéré qu'elle soit adaptée pour exclure les sites où elle s'avérerait inefficace ou peu viable. La plupart de ces entreprises se sont montrées peu enclines à approuver l'obligation contraignante de réduire le gaspillage d'énergie.

Selon une analyse de la Commission européenne, ces modifications importantes videraient la directive de son sens et les objectifs de réduction d'énergie ne seraient pas atteints, même ces mesures permettraient d'économiser au bas mot des dizaines de milliards d'euros. Les coûts de l'importation d'énergie en Europe s'élèvent actuellement à 500 milliards d'euros.

Joss Garman, militant de Greenpeace, a déclaré : « Ces documents prouvent que [M. Davey] a cédé aux lobbies des carburants fossiles qui se battent pour que nous dépendions toujours plus des importations de combustibles et de gaz polluants pour générer de l'électricité. »

« Alors que les prix du gaz montent en flèche et affectent les citoyens et l'économie au sens large, il est grand temps que les ministres soutiennent l'énergie propre et garantissent un approvisionnement d'électricité à des prix stables. Ce gouvernement flirte bien trop souvent avec les intérêts particuliers de ses puissants partenaires. Les contribuables britanniques en payent les frais. »

À propos des objectifs de 2030 pour les énergies renouvelables, un porte-parole du ministère de l'énergie et du changement climatique a déclaré : « Il est clair pour nous que les objectifs de réduction des émissions de carbone à long terme seront plus facilement atteints si chaque État membre définit ses propres moyens d'y parvenir. Il a ajouté : « Le Royaume-Uni a joué un rôle essentiel dans les négociations de la directive sur l'efficacité énergétique. Nous voulons qu'elle soit ambitieuse, mais elle doit pouvoir être appliquée au Royaume-Uni autant que dans le reste de l'UE. »

Prochaines étapes: 
  • 5 juin et 13 juin 2012 : réunions tripartites entre le Conseil, la Commission et le Parlement (à l'exception des réunions techniques régulières).
  • 1er juillet 2012 : fin de la présidence danoise du Conseil de l'UE.
Liens externes: 
Rubriques: 
Thèmes: 
Publicité

Partenaires de contenu