Le "non-sommet" européen sur l'énergie

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Le Conseil européen du mercredi 22 mai devait être un nouveau temps fort de la politique énergétique européenne. Mais le dossier va être évacué au profit d'une discussion sur l'évasion fiscale.

La politique énergétique européenne est en berne. Depuis l'adoption du paquet énergie-climat et en 2008, la crise économique, les difficultés du marché du carbone, les craintes d'une perte de compétitivité de l'industrie européenne ou encore la réticence des Etats à coordonner leurs mix énergétiques empêchent toutes réelles avancées.

Alors que les derniers sommets européens des chefs d'Etats et de gouvernement ont été largement dominés par la crise économique et financière le Conseil européen, qui se tient à Bruxelles mercredi 22 mai, devait fixer un nouveau cap sur l'énergie, avant d'autres rencontres thématiques dédiées à l'industrie, la recherche ou la défense. 

Il n'en sera rien. L'ajout d'une discussion sur l'évasion fiscale à l'ordre du jour de la rencontre a douché ces espérances. Les questions énergétiques seront évoquées au cours du déjeuner, mais tout a déjà été réglé en amont. 

A Paris, l'ambition pour ce sommet a pourtant été affichée. La rencontre du 22 mai doit "ouvrir un nouveau cycle de l'énergie", a osé la ministre de l'Ecologie Delphine Batho le 14 mai. 
 
Avant que François Hollande ne relance l'idée de la communauté européenne de l'énergie, au cours de sa conférence de presse, le 16 mai. Au coeur du projet du chef de l'Etat pour l'avenir de l'UE, celle-ci doit permettre de "coordonner tous les efforts pour les [énergies] renouvelables", afin de "réussir ensemble – alors que l’Europe a des pays qui n’ont pas les mêmes politiques énergétiques – à assurer la transition énergétique", a déclaré le chef de l'Etat.
 
Pour y parvenir, la France évoque d'ailleurs le projet d'une coopération avec un petit nombre d'Etats volontaires (coopération renforcée) spécialement pour les interconnexions et la recherche et développement.

Plan en 6 points

Un plan français en 6 points a même été dévoilé au début du mois de mai par l'AFP. Dans ce document, la France ferait la promotion des centrales à gaz, bien plus vertes que le charbon. Une meilleure solution, selon Paris, pour continuer d'investir dans les énergies renouvelables et les infrastructures de réseaux tout en conservant une production capable d'assurer la compétitivité de l'industrie européenne.

En parallèle, le gouvernement défend toujours un objectif de 40% de réduction des gaz à effets de serre en 2030. Delphine Batho affiche aussi la volonté de Paris de rendre les objectifs d'efficacité énergétique contraignants à cette échéance.

Même si, à Bruxelles, la France cependant porte ces objectifs beaucoup plus timidement, selon une source parlementaire. 

Conclusions peu ambitieuses

Le projet de conclusion du sommet est nettement moins ambitieux que ce qu'affiche le gouvernement français à Paris. C'est avant tout un "sommet d'étapes" avant les échéances de 2014 et 2015 sur le marché intérieur de l'électricité et les infrastructures de connexions de réseaux nationaux, indique le document obtenu par EurActiv Bruxelles.

Les demandes de Paris visant à garantir un prix bas de l'énergie pour protéger les consommateurs et la compétitivité industrielle semblent cependant avoir été entendues. Une réflexion sur les investissements et le renforcement du rôle de la banque européenne d'investissement sera également amorcée. 

Mais aucune décision significative ne devrait être prise sur le marché du carbone, le nucléaire ou les objectifs 2030. Les Etats refusent aujourd'hui de s'engager, contrairement aux demandes d'une grande partie des professionnels, de la Commission ou du Parlement. 

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