"Pour réduire les déchets, il faut des moyens financiers et humains"

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Selon le directeur de l'ONG France nature environnement, des éco-organismes qui sensibilisent les consommateurs individuels à la réduction des déchets devraient être créés.

A l'occasion de la semaine européenne de réduction des déchets, qui se déroule du 17 au 25 novembre, EurActiv.fr publie chaque jour un article sur la gestion des déchets. 

La semaine européenne de réduction des déchets a démarré le 17 novembre. Estimez-vous que les textes européens et français font effectivement la part belle aujourd'hui à la prévention des déchets? 

La directive européenne de 1975 parlait déjà de réduction des déchets. Mais elle n'a pas été suivi d'effets. Le texte a été repris dans la loi française en 1992. La législation nationale prévoit alors que les plans départementaux de gestion des déchets doivent contenir un volet sur la prévention. De jolies phrases sont incluses dans ces plans, mais, là encore, il ne se passe quasiment rien de concret. 

Un épisode non négligeable intervient en 2004. Le gouvernement sort alors son premier plan national de réduction des déchets. Il vise la réduction des sacs plastiques, des imprimés publicitaires et le développement du compostage domestique. A l'époque, tout le monde s'en est moqué. Mais, contre toute attente, il a eu des effets très concrets : les sacs plastiques ont été réduits de moitié en deux ans et aujourd'hui plusieurs millions de personnes pratiquent le compostage. 

Grâce à l'action de certaines collectivités locales et d'association environnementales on est peu à peu parvenus à une prise de conscience sérieuse de la nécessité de réduire la production de déchets. Lors du Grenelle de l'environnement un cap est finalement passé : un objectif chiffré de diminution de 7% des ordures ménagères est clairement affiché. 

Des fonds ont surtout été débloqués...

Oui. Et c'est le coeur du sujet. Pour réduire les déchets, avoir des moyens financiers et humains est un vrai enjeu. De la même manière que le tri sélectif a décollé grâce aux fonds débloqués et à la création des éco organismes, l'argent obtenu par l'ADEME après le Grenelle a permis aux collectivités de développer des programmes locaux de prévention des déchets.

La difficulté est de savoir comment chiffrer la quantité de déchets évités. Le schéma indicateur du grenelle, rendu public avant la conférence environnementale, début septembre, a montré que la courbe des déchets descendait (-7% en 5 ans).

Mais la crise économique est un facteur extérieur aux politiques de prévention, qui, mécaniquement fait baisser la production. Quand la croissance repartira, la quantité de déchets va-t-elle à nouveau augmenter?

La taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) est-elle suffisante?

Cette taxe vise l'incinération des déchets et la mise en décharge. 

Depuis le Grenelle, tous les ans, des allègements sur la TGAP ont été mis en place pour satisfaire les collectivités qui ont du mal à faire face à ce surcoût pour leurs administrés. 

Mais, cette année, le gouvernement a voulu supprimer les allègements sur la TGAP afin de disposer de plus de moyen pour la gestion des déchets. Le problème est que les collectivités se retrouvent avec des charges supplémentaires sans les recettes qui vont avec. 

Comment résoudre ce problème?

Il faudrait tout d'abord que l'objectif de financement par les éco-organismes de 80% du coût de la collecte des déchets soit réellement atteint et que cela ne se traduise pas par une augmentation du coût du service déchet. 

Les éco-organismes ont réellement accéléré le développement du tri et du recyclage. Ils sont financés par les industriels et font un travail de prévention en amont en direction des entreprises. Mais leur mode de gouvernance les empêche un peu d'agir sur la prévention en aval. Les industriels, qui vendent de l'eau en bouteille, ne peuvent pas dire aux consommateurs de boire de l'eau du robinet.

Il faudrait créer un éco-organisme spécifique pour s'occuper de la réduction des déchets auprès des consommateurs. 

Au plan européen, trois directives (gestion des déchets, DEEE et mise en décharge). Selon vous, quel a été l'effet d'entraînement en Europe? 

Les pays du nord sont assez bon, voir très bon, en recyclage, mais ce n'est pas la même chose pour la réduction des déchets. 

Si on regarde les statistiques de l'office européen des statistiques (eurostat) de manière continue et sur une longue période - ce qui permet de s'affranchir des facteurs extérieurs comme la hausse de la dette ou à l'inverse des périodes de forte croissance -, le seul pays en Europe dont la quantité de déchets municipaux solides a diminué de manière constante sur plus de dix ans est la Belgique. 

C'est intéressant parce que Belgique a un niveau de vie très comparable au nôtre. 

Au milieu des années 1990, quasiment toutes les collectivités belges ont démarré ce que nous appelons en France des programmes locaux de développement des déchets. Il y a également eu des programmes régionaux.

En plus, les territoires ont quasiment systématisé la facturation des services de déchets en fonction de la quantité confiée par les entreprises ou les usagers à la collectivité. Les moyens constants débloqués par ce pays ont produit des résultats en valeur absolue. 

D'autres pays ont connu des baisses significatives de la production de déchets. Ce fut le cas des Allemands par exemple, dans les années 1990. A l'époque, ils ont créé l'équivalent de notre "éco-emballage", mais ont retiré les emballages repris par les producteurs de leurs statistiques…

Mais attention, le recyclage a beau être positif, il a quand même un impact sur l'environnement. Il faut de l'énergie pour collecter, conditionner les déchets etc. 

La conférence environnementale lancée par le gouvernement, aborde la question de la transition énergétique. Qu'attendez-vous de ce débat?

Il faut de la volonté politique et des priorités clairement définies. Au plan communautaire, elles sont assez nettes : c'est tout d'abord la réduction des déchets, puis la valorisation matière. 

A l'ouverture de la conférence environnementale, François Hollande a abordé le sujet en disant qu'il fallait s'adapter aux contraintes de la planète. Parler de réduction des déchets implique de s'intéresser à leur réemploi, à la prolongation de la durée de vie, qui peut créer de l'emploi.  

Les installations de traitements, les décharges... sont nécessaires mais elles coûtent de l'argent et ne créént pas de richesse, sauf pour les entreprises concernées.

Il faut entrer dans une logique d'économie de la fonctionnalité, beaucoup moins prédatrice de ressource.

Prenons l'exemple des opérateurs de téléphonie mobile. Les appareils coûtent de plus en plus cher, notamment parce la Chine freine les exportations de terres rares, nécessaires à leur construction. 

Dans les Deux-Sèvres, les Ateliers du bocage, qui dépendent d'Emmaüs, ont créé un système de réparation des smart phone, ordinateurs, téléphones portables. Aujourd'hui ils comptent 250 salariés et sont approchés par les plus grands opérateurs de téléphonie mobile. 

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