Énergie & Environnement
L’UE redoute la hausse de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis
Les entreprises européennes énergivores pourraient connaître des difficultés à rivaliser. La Commission européenne devrait présenter en 2013 un cadre réglementaire pour la gestion des risques liés au gaz de schiste.
En partie grâce à ses réserves de schiste, les États-Unis devraient devenir autosuffisants en pétrole et en gaz d’ici 2035. Ils devraient dépasser la Russie dans la production de gaz d’ici 2015 et l’Arabie saoudite dans celle de pétrole d’ici 2017, selon des prévisions récentes de l’Agence internationale de l’énergie.
Les États-Unis peuvent devenir le plus grand producteur de pétrole d’ici dix ans
Les progrès réalisés dans les techniques de forage et de fracturation permettant un meilleur accès aux réserves de gaz ont provoqué une chute significative des prix du gaz américain depuis le début de l’année 2010. En Europe, les prix demeurent extrêmement élevés.
Les producteurs industriels ont annoncé qu’ils allaient investir plus de 90 milliards de dollars (68 milliards d’euros) aux États-Unis pour profiter de leur gaz naturel bon marché. Ces estimations mettent en évidence les conséquences révolutionnaires du gaz de schiste sur la croissance industrielle américaine.
Des conséquences surprenantes sur l’économie américaine
Des entreprises de la pétrochimie, des carburants, des engrais et de l’acier, attirées par l’énergie bon marché investissent en milliards de dollars, selon Dow Chemical. L’entreprise a annoncé un investissement de 3 milliards d’euros au Texas et en Louisiane. Elle estime la valeur totale des investissements américains dans l’industrie à 90 milliards de dollars minimum (68 milliards d’euros), a indiqué le Financial Times en décembre 2012.
Des producteurs européens craignent que cette évolution ne leur permette plus de rivaliser dans les secteurs énergivores. Après des décennies de déclin, l’industrie comme la sidérurgie, actuellement en déroute en Europe, se tourne vers les États-Unis.
Neil Sampat, analyste chez Nomura, souligne que le géant de l’acier ArcelorMittal ne prévoit pratiquement plus d’investir en Europe dans la production d’acier ou l’extraction du minerai de fer : « L’entreprise transfère graduellement ses activités de l’Europe vers l’Amérique du Nord. »
Directeur général d’Eurofer, l’Association européenne de la sidérurgie, Gordon Moffat explique que « Les conséquences du schiste sont assez surprenantes ». « Nous allons assister à une réindustrialisation des États-Unis. Nous constatons des transferts de production de l’Europe vers les États-Unis : c’est déjà évident dans le secteur pétrochimique. Cela se produit également dans l’industrie de l’acier », ajoute-t-il.
Sonnette d’alarme
« Le gaz de schiste crée une situation dans laquelle les États-Unis disposent d’une sécurité énergétique d’un niveau beaucoup plus élevé et de coûts énergétiques plus bas que dans le passé », indique quant à lui Fabian Zuleeg, économiste en chef du Centre de politique européenne (EPC).
C’est un signe encourageant pour l’industrie américaine et « une sonnette d’alarme nécessaire [pour inciter] l’Europe à agir d’une seule voix dans la politique énergétique », ajoute-t-il.
« Nous devons garantir un approvisionnement énergétique abordable et sûr en Europe, accompagné d’un marché unique de l’électricité. »
Certains analystes acceptent ce diagnostic, mais ne sont pas certains du remède pour l’Europe.
« Les États-Unis sont peut-être mieux placés pour exploiter le gaz de schiste en raison de son emplacement, en dehors des zones habitées, alors qu’en Europe, qui dispose de gaz de schiste, c’est plus difficile puisque [ces réserves] sont plus proches des zones habitées et que nous sommes plus attentifs à notre population », précise M. Moffat.
Prudence en Europe
L’Europe a adopté une démarche bien plus prudente, tout d’abord en raison des difficultés liées à la densité de population. Mais également à cause des risques et des craintes sur l’environnement, qui ont poussé la Bulgarie et la France à interdire l’exploration de schiste.
Selon un rapport publié en septembre 2012 par l’ONG de défense de l’environnement les Amis de la Terre, l’Europe risque de passer à côté d’un avenir énergétique plus durable, à faible émission de carbone, si elle ne rejette pas définitivement les carburants fossiles comme le gaz de schiste.
Le Royaume-Uni donne son feu vert
Le Royaume-Uni a approuvé la fracturation du gaz de schiste en décembre 2012, 18 mois après avoir mis un terme au processus d’exploration de gaz non conventionnel, à la suite de secousses sismique sur un site. Les réserves de schiste sont toutefois considérées comme un moyen de contrer le déclin de la production de gaz naturel au Royaume-Uni.
Le Parlement européen a rejeté une interdiction sur le gaz de schiste le 21 novembre 2012 et demandé un cadre réglementaire solide pour s’attaquer aux préoccupations d’ordre environnemental.
Dans le même temps, la Commission devrait présenter en 2013 un cadre réglementaire pour la gestion des risques liés au gaz de schiste.
Qu’il s’agisse d’exploration efficace de schiste ou d’autres méthodes, M. Zuleeg est convaincu que le maintien des prix de l’énergie est un facteur clé pour la reprise industrielle européenne.
« L’investissement dans la transmission énergétique [réseaux intelligents] paneuropéenne est absolument nécessaire si nous voulons obtenir plus d’énergies renouvelables et créer une meilleure sécurité d’approvisionnement, ainsi qu’une réduction des coûts » conclut-il.

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EnergyPoint @BE_EnergyPoint, 28 jan. 2013
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