Énergie & Environnement
Les phénomènes météorologiques extrêmes : la nouvelle norme
Par Connie Hedegaard , membre de la Commission européenne chargé de l’action pour le climat
Nous venons de connaître un nouvel été ponctué de phénomènes météorologiques extrêmes d’une ampleur et d’une gravité sans précédents. Citons en vrac : une des années les plus chaudes aux États-Unis, des records de chaleur en Europe centrale et orientale, l’été le plus humide jamais enregistré au Royaume-Uni, les précipitations les plus abondantes dans le nord de l’Inde et aux Philippines et les sécheresses les plus graves aux États-Unis et en Afrique orientale.
Nouvelle norme
Autrement dit, le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes ne sont pas des menaces qui planent sur un avenir lointain. Les phénomènes météorologiques extrêmes, autrefois ponctuels, semblent être devenus la nouvelle norme. Ils n’ont plus d’extrêmes que le nom. Les vagues de chaleur, inondations, sécheresses et autres incendies de forêt constituent la nouvelle réalité d’un monde de plus en plus chaud.
Cela ne devrait surprendre personne, car les scientifiques répètent depuis des années qu’en raison du réchauffement de la planète, nous serons confrontés à des conditions météorologiques plus marquées, plus instables et plus imprévisibles.
Il apparaît de plus en plus clairement que le réchauffement climatique induit par l’homme démultiplie les effets du réchauffement normal. La durée et la fréquence des vagues de chaleur augmentent. Certaines régions d’Europe sont aujourd’hui en proie à de graves pénuries d’eau, tandis que d’autres ont connu des précipitations extrêmement abondantes, entraînant des inondations et d’importants dégâts aux cultures.
Bien que tous les phénomènes météorologiques extrêmes ne puissent être reliés directement au changement climatique, les scientifiques sont de plus en plus persuadés que certains épisodes en sont clairement des conséquences. Prenons par exemple les températures record enregistrées en novembre dernier au Royaume-Uni, le deuxième mois de novembre le plus chaud depuis le début des relevés. Les chercheurs indiquent qu’il y a au moins 60 fois plus de chances qu’un tel épisode soit imputable au changement climatique qu’aux variations naturelles des systèmes météorologiques de la Terre.
Le changement climatique se confirme
L’été qui s’achève s’inscrit dans cette tendance. Les scientifiques confirment que des étés chauds comme celui que nous venons de connaître vont être de plus en plus fréquents au cours des années à venir.
« Même pour des gens comme moi, il est difficile d’admettre, que le changement climatique est effectivement en train de confirmer nos pires craintes », a déclaré un climatologue lorsque, la semaine dernière, les satellites de la NASA ont montré la banquise arctique à son niveau historique le plus bas. « Pour être franc, cela commence à m’inquiéter sérieusement. »
Le dégel qu’a connu le Groenland en juillet offre un autre exemple de phénomène extrême. Les données enregistrées par les satellites indiquaient en effet que 97 % de l’épaisse calotte glaciaire qui recouvre l’île étaient en train de fondre. « Était-ce vrai ou les chiffres étaient-ils erronés ? » a demandé un scientifique de la NASA. Malheureusement, les données étaient correctes.
Tous ces records de chaleur révèlent que le bouleversement du climat à l’échelle mondiale se produit plus rapidement que ce que la plupart des climatologues avaient prédit. Le changement climatique est en marche, et il accentue toute une série d’autres problèmes mondiaux, déstabilisant davantage un monde déjà instable.
L’inaction coûte de l’argent
N’est-il pas trop onéreux d’investir dans un monde à faibles émissions de carbone ?, pourraient se demander certains. Certes, cela coûte de l’argent. Mais ne rien faire coûte aussi de l’argent. Et nous aurions tort de penser que c’est là l’option la plus économique.
Bien au contraire, l’inaction revient très cher. Un exemple ? Au début du mois, la Banque mondiale a annoncé un risque de crise alimentaire mondiale à la suite des graves sécheresses qui ont touché les États-Unis, la Russie et l’Ukraine et ont porté le coût des denrées alimentaires à des sommets jamais atteints auparavant. D’après la Banque mondiale, les prix du maïs et du sorgho ont augmenté respectivement de 113 et 200 % sur certains marchés du Mozambique et du Soudan ! Ce sont les coûts de ce type qui sont souvent ignorés.
Il est inutile de rappeler aux entreprises que les phénomènes météorologiques extrêmes engendrent des pertes financières. La sécheresse de cet été aux États-Unis a détruit les récoltes de maïs et de soja, qui rapportent généralement plusieurs milliards de dollars. Les assureurs américains pourraient subir une perte de 20 milliards de dollars cette année, soit la perte la plus élevée jamais enregistrée dans le secteur de l’agriculture. Des pertes d’une telle ampleur ne facilitent pas vraiment la lutte contre la crise économique.
Risques inouïs
On imagine à peine les risques inouïs que certains sont prêts à faire courir aux générations à venir. Les faits et preuves sont sous nos yeux, mais de nombreux groupes d’intérêts n’en continuent pas moins à préconiser l’inaction ou la poursuite de nos habitudes. Ou encore de laisser la crise climatique de côté tant que la crise économique n’est pas surmontée.
Si d’aucuns perçoivent les difficultés financières actuelles comme un douloureux revers pour les partisans de la protection du climat à l’échelle internationale, je considère personnellement qu’une action intelligente en faveur du climat pourrait ouvrir de nouvelles possibilités d’emplois en Europe, encourager les investissements en faveur des technologies améliorant l’efficacité énergétique, stimuler l’innovation et la compétitivité, et contribuer à réduire nos factures énergétiques.
À mes yeux, la lutte contre la crise climatique est profitable, plutôt que préjudiciable, à notre sécurité économique et à notre prospérité. Les deux crises sont étroitement liées et doivent être combattues ensemble.

Réactions
hamidmansouri @manha81, 27 sep. 2012
Les phénomènes météorologiques extrêmes, autrefois ponctuels, semblent être devenus la nouvelle norme! http://t.co/q7h6scbA #environnementClientEarth_FR @ClientEarthFR, 27 sep. 2012
Les phénomènes météorologiques extrêmes : la nouvelle norme par Connie Hedegaard http://t.co/CTyNW1wCRéagissez