Les craintes que suscite parfois la libéralisation des marchés de l’électricité sont-elles justifiées ? Perçue comme une prescription de la Commission européenne, remettant en cause les opérateurs historiques et le service public, cette ouverture à la concurrence de la production et de la commercialisation semble, de plus, ne pas conduire automatiquement à la baisse des prix escomptée. Une vision de long terme s’impose. Le projet européen vise bien l’amélioration des performances techniques et économiques tout en préservant la mission de service qui incombe à tout opérateur, et la hausse des prix reflète, en grande partie, les tensions sur les matières premières et la prise en compte du coût environnemental. Si les complexités de gestion du réseau accentuent les imperfections structurelles des marchés, elles soulignent le besoin d’une plus forte régulation. Il semble, enfin, nécessaire de mutualiser les ressources en élargissant les réseaux à des échelles régionales européennes et de se donner les moyens d’une véritable politique industrielle de l’électricité pour garantir à tous une énergie fiable, propre et sécurisée.  
 
L’ouverture des marchés de l’électricité aux consommateurs résidentiels le 1er juillet 2007 suscite des craintes dans certains Etats membres de l’Union européenne. Ses détracteurs pointent du doigt la hausse des tarifs, l’incertitude sur la continuité du service, ainsi que le manque d’information et d’explication sur les enjeux de la libéralisation. L’ouverture aux consommateurs industriels et commerciaux leur paraît également être un échec : les prix du marché ont, en effet, dépassé les tarifs régulés d’EDF, démonstration de l’illusion du gain concurrentiel. Tout particulièrement en France, cette libéralisation est perçue comme une contrainte subie, remettant en cause la conception de la notion de service public, assurée depuis 1946 par EDF et GDF.
Cette ouverture ne doit pourtant pas être vécue comme l’aboutissement d’un processus, mais plutôt comme une étape dans la construction d’une industrie européenne de l’électricité. Pour que les marchés nouvellement créés fonctionnent pour le mieux, on ne peut faire abstraction d’une importante période transitoire et de la nécessité de mettre en place rapidement des instances de régulation puissantes et efficaces pour corriger les imperfections structurelles du marché de l’électricité.

Pour lire l’article dans son intégralité : L’ouverture à la concurrence des marchés européens de l’électricité : genèse et perspectives d’un projet ambitieux.