L’année 2008 était porteuse de grandes attentes pour la relance des relations entre la Russie et l’Union européenne. Après le remplacement de Vladimir Poutine par Dimitri Medvedev au poste de président de la Fédération de Russie, avec sa réputation, en Occident, d’homme relativement libéral et légaliste, de nombreuses instances bruxelloises et certaines capitales européennes espéraient un rapprochement russo-européen. En juin, le 21e sommet UE-Russie avait marqué le lancement des négociations d’un nouvel accord-cadre bloqué depuis près de 2 ans par les Européens.

Toutefois, la réalité a été très mouvante et n’a pas été conforme aux attentes. Sur le plan intérieur, la Russie n’a montré aucun signe de libéralisation qui aurait pu faire évoluer favorablement le dialogue bilatéral et aurait pu témoigner de la volonté de Moscou de combler le prétendu fossé de valeurs, qui rend l’existence d’un «partenariat stratégique» peu crédible. Au lieu de réformer le système de gouvernance, le nouveau président s’est contenté de faire accepter une loi augmentant la durée des mandats présidentiel et parlementaire.

Sur le plan externe, pour la première fois dans l’histoire post-soviétique, la Russie a utilisé sa puissance militaire en dehors de son territoire afin de modifier, par la force, les frontières d’un autre Etat, la Géorgie, membre à part entière de l’ONU. A la suite du conflit, le président russe, Dimitri Medvedev, a annoncé une nouvelle doctrine de politique étrangère qui revendique notamment des «zones d’intérêts privilégiés». L’Union européenne a qualifié d’inacceptables les actions de la Russie, même si cette déclaration était davantage de nature morale et n’avait pas de conséquences pratiques.

Enfin, en janvier 2009, à la suite de la crise du gaz entre la Russie et l’Ukraine, qui semblait une conséquence logique d’un système de commerce et de transit du gaz totalement opaque sur le territoire de l’ancienne Union soviétique, l’Europe a vu sa sécurité énergétique menacée. La Russie perdant sa réputation de fournisseur énergétique fiable de l’Europe, le concept clé d’une communauté énergétique émergente pouvant servir de pierre angulaire à un partenariat bilatéral a subi un sévère revers.

Toutes ces évolutions tendent à montrer que le processus d’aliénation mutuelle de la Russie et de l’Europe non seulement ne s’est pas arrêté mais qu’il s’est accéléré, en dépit de toute la rhétorique bureaucratique et, plus important encore, de tous les intérêts économiques mutuels. Comme l’indiquait Dimitri Trenin, directeur du Centre Carnegie de Moscou, en janvier 2009, la Russie ne cesse de s’isoler des États-Unis et de l’Europe, qui étaient autrefois ses partenaires occidentaux potentiels.

A court terme, les possibilités d’inverser cette tendance sont plutôt faibles. Il existe au moins trois éléments majeurs qui, dans un avenir immédiat, auront un impact négatif sur les perspectives de création d’un partenariat durable entre la Russie et l’Europe. Il s’agit de la difficulté de la Russie de se remettre en cause dans ses relations avec l’Union européenne, d’une très longue liste de polémiques et d’oppositions bilatérales et de la détérioration de l’image mutuelle.  

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