Appel à l'aide du secteur de l'énergie solaire

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La revue à la baisse des programmes de tarifs de rachat dans le domaine de l'énergie solaire en Europe menace ce secteur frappé par la récession, a expliqué à EurActiv le responsable de l'organisation qui représente les entreprises solaires.

Le ralentissement économique et le développement de la concurrence à l'échelle mondiale, notamment avec la Chine, poussent les banques à se montrer de plus en plus réticentes lorsqu'il s'agit de prêter de l'argent aux entreprises d'énergie solaire. 

L'incertitude des investisseurs quant à la future tarification de l'électricité solaire pourrait entraîner la chute du secteur, a déclaré Reinhold Buttgereit, le secrétaire général d'EPIA (European Photovoltaic Industry Association).

« Nous avons besoin d'un programme de soutien solide et non pas d'un système qui n'est fiable que pendant 4 à 8 semaines », a-t-il expliqué en ajoutant qu'un tarif bas mais stable suffirait à apaiser les investisseurs.

« En Allemagne, au cours des dernières semaines, il a été question de mettre un terme dès maintenant aux programmes de soutien pour le solaire ou de les réduire d'environ 50 % », a-t-il fait remarquer. « Ce serait une réelle catastrophe pour le secteur ».

L'année dernière, le secteur de l'énergie solaire a connu un essor sans précédent en Allemagne et en Italie. Toutefois, dans la mesure où les prix de l'équipement ont chuté, des réductions sévères des tarifs de rachat (des subventions d'État de facto) ont été annoncées partout en Europe.

À Berlin, une baisse des tarifs de l'ordre de 30 % a été avancée au 1er avril. Quelques jours plus tard, l'entreprise allemande Q-Cells fut la quatrième entreprise d'énergie solaire à déposer le bilan.

Selon M. Buttgereit, la récession actuelle devrait durer encore au moins un an.

L'énergie solaire thermique

Les entreprises d'énergie solaire thermique, qui utilisent l'énergie du soleil pour produire de la chaleur, sont confrontées à un « aspect spécifique de la crise » qui affecte le secteur photovoltaïque, a affirmé Xavier Noyon, le secrétaire général de la fédération européenne des industriels du solaire thermique (ESTIF). 

« Nous dépendons beaucoup du secteur de la construction et de la rénovation des bâtiments. Or, ce secteur s'est écroulé dans des pays comme l'Espagne, où l'utilisation de l'énergie solaire est une condition pour la construction de nouveaux bâtiments », a-t-il déclaré à EurActiv.

« Cela a eu des conséquences dramatiques sur nos activités. »

Si l'exigence de rénovation de 3 % des bâtiments publics en Europe était supprimée du texte de la directive européenne sur l'efficacité énergétique, il s'agirait d'un « grand pas en arrière », a ajouté M. Noyon.

La Chine pourrait offrir des perspectives d'avenir à ce secteur, selon M. Noyon qui explique que dans ce pays, « la capacité installée du solaire thermique est supérieure à celle du photovoltaïque dans le monde entier ».

Beijing à la conquête du solaire

Comment faire face à la conquête rapide du marché mondial de l'énergie solaire par les Chinois ? Cette question divise les dirigeants de l'industrie des énergies renouvelables en Europe, dont certains réclament des mesures antidumping strictes contre les panneaux photovoltaïques qui bénéficieraient de subventions excessives.

La capacité excédentaire de l'Europe en matière de panneaux solaires serait due à l'explosion du secteur des énergies renouvelables, que la Chine considère comme nécessaire pour atteindre ses objectifs climatiques.

Depuis la décision américaine, le mois dernier, d'imposer de nouvelles taxes à l'importation pour les panneaux solaires fabriqués en Chine, nombreux sont ceux qui parlent de contentieux commercial, ce qui pourrait pousser l'UE à porter plainte. M. Buttgereit a pesé le pour et le contre.

« Pour être honnête, sans la concurrence mondiale et les panneaux solaires chinois bon marché, nous ne serions pas aussi proches de la parité réseau que nous le sommes aujourd'hui », a-t-il déclaré en référence au moment critique où les énergies renouvelables deviendront concurrentielles face aux carburants fossiles. 

Selon lui, le réel problème est « l'absence de politique industrielle européenne » dans la mesure où la Chine est en passe de devenir, en deux ans, le premier marché mondial des énergies renouvelables. 

Cependant, si le débat au niveau européen se concentre sur le fait que les contribuables allemands financent des emplois en Chine, « cette discussion sera également dangereuse pour la Chine, dans la mesure où le succès du photovoltaïque auprès des citoyens européens sera en jeu », a-t-il ajouté.

Prochaines étapes: 

2020 : date butoir à laquelle 20 % du bouquet énergétique des États membres devra être issu des énergies renouvelables.

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