« La science et les politiques communautaires en Europe et dans le monde se sont concentrées essentiellement sur l’amélioration de l’efficacité énergétique et l’énumération des énergies renouvelables », indique Sara Cherr, co-auteur du rapport de WorldWatch qui examine l’impact potentiel du secteur agro-alimentaire sur le changement climatique.

Alors que l’utilisation des terres joue un rôle capital dans la transition vers une économie bas-carbone, « toute stratégie cherchant à réduire le changement climatique sans diminuer les émissions produites par l’agriculture, la sylviculture et les autres activités, est vouée à l’échec », ajoute-t-elle.

Le rapport avance que plus de 30% des émissions carbone non-humaines sont liées à l’agriculture et à l’utilisation des terres. Un total qui équivaut aux émissions causées par les transports et l’industrie combinés. Pourtant, continuent les auteurs du rapport, les innovations « prêtes à être lancées » dans la production alimentaire et l’utilisation des terres pourraient réduire de 25% les émissions de CO2 causées par les énergies fossiles.

La capture de carbone et les technologies de stockage actuellement développées ne retiendront que le CO2 qui n’a pas encore été émis, alors que des pratiques différentes pourraient, par l’effet de la photosynthèse, supprimer les gaz à effet de serre déjà présents dans l’atmosphère.

En conséquence, les auteurs proposent une stratégie en cinq points.

Puisque le sol est “le troisième plus important bassin de carbone sur la surface terrestre”, il est nécessaire d’enrichir le sol en carbone en réduisant le labourage et l’utilisation d’engrais à bas d’azote. Eviter l’érosion des sols et développer la matière organique pourraient également contribuer à stocker plus de carbone.

Dans un second temps, les auteurs proposent le passage de la production annuelle de céréales à la culture de plantes vivaces, qui « maintiennent et développent leurs racines et leurs branches sur de nombreuses années, stockant ainsi le carbone dans la végétation et dans le sol ».

Tout comme pour réduire l’élevage, le rapport propose plusieurs options comme la gestion du fumier, la capture du méthane pour la production de biogaz et l’amélioration de la nourriture et des additifs alimentaire.

Les auteurs préconisent également la protection de l’habitat naturel grâce à des mesures incitatives pour les agriculteurs, les éleveurs et les sylviculteurs pour éviter la déforestation, le défrichement et les feux de forêts et de prairies. De telles mesures pourraient consister en des certifications de produits, des rétributions pour les services climatiques, des droits de tenure sécurisés et le contrôle communautaire du feu.

Ils soulignent également les possibles réductions d’émissions par le rétablissement de la végétation dans les pâturages et les bassins de drainage dégradés. De telles mesures pourraient non seulement rendre ces zones à nouveau productives, mais aussi réduire la pauvreté rurale.

En complément des mesures concrètes déjà applicables, le rapport recommande d’incorporer la problématique des émissions terrestres dans les investissements et les politiques climatiques, et la promotion des marchés volontaires pour les émissions de gaz à effet de serre issues de l’agriculture et de l’exploitation des terres « tout en concevant une législation pour les marchés régulés ».

POSITIONS :

En mai dernier, l’Institut de recherche internationale sur la politique alimentaire (IFPRI) a appelé à placer l’agriculture au centre des négociations de Nations Unies sur le climat, qui devront déboucher en décembre prochain sur un traité post-Kyoto.

L’agriculture est “le mot manquant” dans les négociations climatiques, a déclaré Gerald Nelson, chercheur à l’IFPRI, ajoutant qu’alors que le secteur agricole émet 14% des émissions carbone totales, il joue un « rôle unique » dans l’absorption de carbone émis par les autres secteurs. Selon l’IFPRI, l’agriculture peut réduire les émissions grâce à des changements dans les technologies agricoles et dans la gestion. L’institut évoque également de nouveaux mélanges céréaliers incluant des plantes vivaces, la réduction du labour, l’irrigation, l’usage de fertilisants…

L’association représentant les intérêts de l’industrie laitière européenne, l’Association laitière européenne (EDA), a annoncé son intention de développer un agenda international pour agir sur le changement climatique, et a promis de réduire ses émissions. Elle a également déclaré qu’elle développerait une approche standardisée pour l’évaluation des cycles de vie, empreinte carbone pour le secteur laitier.

Le secteur veillera particulièrement à réduire les oxyde nitreux émis par la manipulation du fumier et à utiliser des fertilisants pour les céréales, tout en réduisant le méthane produit par la fermentation entérique causées par les vaches laitières, principale source d’émissions de CO2.