La timidité des engagements américains, l’absence de dispositif financier clair en Europe et l'objectif "honteux" affiché par le Japon montrent qu' un accord à Copenhague est loin d’être acquis.
Des centaines de pages de texte mais toujours pas d’efforts clairs pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique. Ce sont les principales conclusions de la conférence sur le climat qui s’est déroulé à Bonn entre le 2 et le 11 juin. Ce dernier point a pourtant déjà été reconnu comme un préalable à tout accord en décembre 2009 à Copenhague.
L’Union européenne a essuyé le feu des critiques pour avoir envoyé de mauvais signaux. Lors du Conseil Affaires économiques et financières (Ecofin) du 9 juin, les ministres des Finances n’ont pas présenté d’enveloppe chiffrée, mais ont simplement convenu de critères de partage du financement entre les pays développés (EurActiv.fr 10/06/2009). Les Etats-Unis ont également été critiqués pour leur manque de volontarisme.
« Les USA n’ont pas été très actifs cette fois-ci », a estimé Tim Gore, le conseiller d’Oxfam International sur le changement climatique, qui esquissait une comparaison avec le premier cycle de négociations, il y a deux mois. A cette époque, la communauté mondiale avait largement salué l’engagement de l’administration du Président Barack Obama, après des années d’inaction sous le mandat du Président Bush.
Il est pourtant peu probable que le président américain parvienne à faire adopter par le Congrès, avant la fin de l’année, le projet de loi sur le climat. Le texte scellerait pourtant le mandat du gouvernement pour s’atteler aux objectifs de réduction des émissions. Des inquiétudes se font jour : l’action américaine tant attendue sur des engagements ambitieux de réduction des émissions se matérialisera-t-elle malgré les obstacles nationaux?
En effet, les pays riches n’ont pas progressé vers un accord sur un objectif collectif de réduction des émissions. Ils ont fait l’objet de lourdes critiques, le dernier jour de la conférence de Bonn, quand quarante pays en développement du G-7 ont demandé un objectif de réduction des émissions à 40 % pour les pays industrialisés, sous les niveaux de 1990.
Ni la proposition européenne d’atteindre les 30 % dans le cas où d’autres pays développées s’engageraient à des efforts comparables, ni l’objectif américain de revenir aux niveaux de 1990 ne s’en approchent. La Russie, la Nouvelle Zélande, la Suisse, la Biélorussie et l’Ukraine ont quant à elles même refusé de définir un objectif initial.
Un objectif japonais « pathétique »
La présentation, tant attendue, des objectifs japonais à moyen terme pour les réductions d’émissions a finalement été l’une des plus grandes déceptions des négociations. Le premier ministre japonais, Taro Aso, a annoncé que son pays réduirait ses émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 15 % sous les niveaux de 2005, d’ici 2020. Ce qui ne signifie en réalité qu’une réduction de 8% par rapport aux niveaux de 1990.
« Il s’agit là d’une claque infligée aux pays en développement qui ont appelé à une réduction de 40 % », a affirmé M. Gore.
M. Aso a cependant affirmé que l’objectif était ambitieux et a fait remarquer que le Japon était déjà l’économie la plus efficace sur le plan énergétique dans le monde.
Mais les observateurs ont rapidement remarqué que cet objectif dépassait à peine l’engagement de 6% pris par le Japon dans le cadre de la première phase du Protocole de Kyoto.
« C’est une honte, et cela laisse mal présager des négociations d’ici à Copenhague. La décision de M. Aso, influencée par les pollueurs plutôt que par le public, rend la tâche encore plus difficile », a déclaré Kim Carstensen, qui dirige l’Initiative climatique du WWF.
L’UE s’est gardée de critiquer les médiocres engagements japonais, et a simplement «encouragé» Tokyo à prendre des mesures supplémentaires.
Les contributions de l’aviation et du transport maritime
Mais les observateurs ont remarqué que les discussions sur les mécanismes de financement avaient progressé, puisqu’un consensus semble se bâtir autour d’une proposition mexicaine pour un fonds climatique. L’idée du fonds – auquel toutes les parties, y compris les pays développés et en développement, contribuent en fonction de leur PIB, leur population et leur niveau d’émissions – est populaire parce qu’elle est universelle.
La question des contributions des industries de l’aviation et du transport au financement de la lutte contre le changement climatique a été soulevée, alors qu’un groupe de pays en développement a proposé de prélever une taxe sur les tickets d’avion internationaux et sur le carburant utilisé dans le transport. « Cela pourrait les aider à assumer les conséquences du changement climatique », ont-ils affirmé.
L’Australie a aussi proposé un mécanisme de plafonnemment des émissions dans les deux secteurs. Mais sans préciser comment dépenser l’argent récolté par ce mécanisme.
L’UE a inclus l’aviation dans son système d’échange d’émissions, mais elle attend que l’Organisation maritime internationale (OMI) présente un cadre pour les émissions liées au trafic maritime. Néanmoins, elle a promis de s’occuper des émissions maritimes au cas où l’OMI continuerait à traîner des pieds sur cette question.
Appel à une intervention de haut niveau
Alors que des résultats tangibles peinent à voir le jour dans les négociations internationales, les ONG ont lancé un appel à une intervention au plus haut niveau politique.
« Il est clair que beaucoup d’officiels gouvernementaux qui négocient à Bonn sont dans leur propre petite bulle, étanche à la fois aux inquiétudes du public et à la science climatique », a déclaré le directeur des politiques climatiques chez Greenpeace International Martin Kaiser.
Les dirigeants mondiaux devraient prendre leurs responsabilités au G8 de juillet en Italie et commencer à se battre pour obtenir un résultat ambitieux à Copenhague, ont déclaré les groupes écologistes.
POSITIONS:
Oxfam a reproché « le manque de volonté politique des pays industrialisés, bloquant ainsi les avancées et sapant la confiance des pays pauvres dans les négociations. » Oxfam a appelé à « une action de haut niveau pour sauver les discussions. Les délégués des pays riches ont passé deux semaines à parler mais ils n’ont rien fait sur les questions qui comptent vraiment », a déclaré Antonio Hill, conseiller politique chez Oxfam. « Les pays riches peuvent se mentir à eux-mêmes en se disant qu’ils travaillent en vue d’un accord, mais ils ne trompent personne d’autre », a-t-il ajouté.
Friends of the Earth Europe (FoEE) a accusé les pays riches d’avoir « pris en otage les négociations climatiques. L’élection du Président Obama a créé un espoir immense à travers le monde : les Etats-Unis allaient finalement jouer un rôle de premier plan dans la résolution de la crise climatique dont ils sont responsables – plus que toute autre nation sur Terre », a déclaré Sonja Meister de FoEE. «Malheureusement, la position de l’administration Obama paraît terriblement similaire à celle de George Bush, et l’UE semble ne pas vouloir ou être incapable de montrer le leadership nécessaire ou de mettre les Etats-Unis devant leur responsabilité », a-t-elle conclu.
La Fédération européenne pour le Transport et l’Environnement (T&E) a soutenu la proposition australienne d’inclure les émissions maritimes et de l’aviation à l’intérieur du cadre de la CCNUCC. « En lisant entre les lignes de la déclaration modérée de l’Australie, son sens ne fait aucun doute : l’OACI et l’OMI ont manifestement échoué à faire des progrès lors des douze années qui se sont écoulées, et maintenant il est temps pour les ministres de l’Environnement de s’emparer de cette question avant le sommet climatique de Copenhague. Ils devraient fixer des objectifs de réduction sérieux et prendre de vraies actions pour ces deux secteurs à la croissance galopante, a déclaré Bill Hemmings de Transport et Environnement (T&E)."
Les Verts européens ont expliqué que, « comme le mazout lourd utilisé pour la navigation et l’aviation n’est pas taxé – au contraire des carburants utilisés pour les autres modes de transport –, cela leur donne un avantage concurrentiel injuste. Cela leur donne également carte blanche en terme d’impact climatique, ce qui est un des facteurs de leur accroissement continu", ont-ils poursuivi. "Il est crucial de mettre fin à ce financement injuste, et de faire en sorte que l’intégralité du coût environnemental soit prise en compte », ont-ils déclaré.
CALENDRIER:
- 18 et 19 juin : le Conseil européen doit discuter du financement sur le climat.
- Du 8 au 10 juillet : Sommet du G8 à L’Aquila en Italie.
- Du 10 au 14 août : Rencontre informelle à Bonn.
- Du 28 sept. au 9 oct. : Sommet à Bangkok.
- Du 2 au 6 nov. : Rencontre formelle à Barcelone.
- Du 7 au 18 déc. : Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague avec en point d’orgue la conclusion d’un nouvel accord climatique.
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CONTEXTE:
La communauté internationale est en pleine négociation pour un nouveau traité sur le climat, qui devrait être signé à Copenhague en décembre. Le texte constitue la deuxième phase du Protocole de Kyoto qui fixe des limites de gaz à effet de serre pour ses signataires jusqu’à 2012.
Au niveau européen, la Commission a présenté en janvier ses propositions qui doivent être approuvées par les 27 Etats membres de l’UE. Les Etats émergents comme la Chine et l’Inde sont sommés de prendre leur juste part de responsabilité en convenant de limiter la croissance de leurs émissions de 15 à 30 % sous les niveaux habituels, d’ici 2020 (EurActiv.com 29/01/09).
Les premières discussions sur la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Bonn (29 mars – 8 avril) ont lancé le coup d’envoi des négociations pour un projet d’accord en vue de la conférence finale (EurActiv.com 09/04/09). Le projet de texte de négociation, en amont des négociations de Bonn de ce mois, a révélé une profonde division entre pays riches et pays pauvres.
Les nations en développement demandent à leurs homologues industrialisés de s’engager à des réductions de CO2 assez importantes et d’offrir une aide financière aux nations pauvres dans leurs efforts. Mais les pays développés ne se sont pas engagés fermement sur les financements, et seule l’UE s’est imposée un objectif ferme de réduction de CO2, qui ne satisfait pourtant pas les exigences des pays en développement (EurActiv 29/04/09).




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