« Je ne suis pas sûre qu’il y ait un plan B si nous échouons à Copenhague. » Invitée aux Journées parlementaires des Verts, lundi 21 septembre, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno est revenue sur les négociations internationales sur le climat qui auront lieu en décembre à Copenhague.

« L’urgence est telle que si on continue à botter en touche, on peut repartir assez loin », a-t-elle affirmé. Avant de poursuivre : « Copenhague se tient après Bali, qui devait déjà être une conférence décisive et qui ne l’a pas été… Je ne crois pas que l’on puisse continuer à repousser l’échéance. »

« Cette conférence est une occasion historique », a-t-elle ajouté. Une conférence dont les engagements seront soumis, espère Chantal Jouanno, à une Organisation mondiale de l’environnement (OME), qui reste à créer. Mais avant même la naissance de cette nouvelle institution, la ministre prévient: « Il est peu probable que l’OME puisse prendre des sanctions », tant la question est sensible chez les interlocuteurs de la France dans ce domaine. Il lui restera donc à émettre de simples « notifications » – non contraignantes.

« L’Europe est leader de la conférence de Copenhague et de la lutte contre le changement climatique. La France est leader de l’Europe. Donc la France est leader mondial dans les négociations de Copenhague », a pour sa part ironisé le député européen (Verts/ALE) Yannick Jadot. Plus sérieusement, il a tenté de mettre la France, qui tient des discours on ne peut plus volontaristes sur le climat, devant ses propres contradictions. Il a notamment évoqué l’accord franco-allemand sur l’automobile. En juin 2008, Nicolas Sarkozy et son homologue allemande avaient en effet repoussé à 2015 la mise en œuvre de l’objectif de 120 grammes de CO2 émis par kilomètre (EurActiv.fr, 22/10/2009).

Ne pas mettre toutes les billes sur la table

Il a aussi souligné qu’avec un objectif de réduction des émissions de CO2 fixé à 20%, l’Europe était bien en-deçà des recommandations des chercheurs. « Une diminution de 40% est préconisée par les scientifiques pour éviter l’emballement climatique », a-t-il précisé. 

Mais l’annonce par l’Europe d’un objectif de réduction d’émissions de 40% « ne serait pas stratégique », s’est défendue la secrétaire d’Etat. « On ne peut pas mettre toutes nos billes sur la table en même temps : ce n’est pas ce que préconisent les diplomates », a-t-elle précisé.

Au cours de son intervention, Chantal Jouanno est également revenue sur la situation des pays émergents et en voie de développement (PED). « Ils doivent eux aussi s’engager », a-t-elle souligné. Avant d’ajouter : « Il n’y a pas de modèle de croissance, aujourd’hui, qui soit sans carbone. » Le 10 septembre, la Commission européenne a rendu publique sa première estimation de l’aide potentielle accordée par l’UE aux PED dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Bruxelles a ainsi estimé que la participation annuelle de l’UE entre 2013 et 2020 s’élèverait en 2 et 15 milliards d’euros (EurActiv.fr, 10/09/2009).

En réalité, la communication de la Commission européenne aurait dû sortir beaucoup plus tôt que le 10 septembre. « La France était le seul pays à retarder la sortie de ce document car elle était opposée à la publication de chiffres précis », a dénoncé Yannick Jadot. 

« La France, et en particulier Jean-Louis Borloo, pensaient que ce n’était pas le bon moment pour dévoiler ce chiffre », s’est défendue Chantal Jouanno. 

Et parmi les pays émergents, l’un d’entre eux tient une place centrale dans les négociations : la Chine. Pékin a absolument besoin, selon la secrétaire d’Etat, des technologies de capture et stockage du CO2 (CSC). « La Chine ne se passera pas du charbon », a-t-elle estimé.

Une technologie « hasardeuse et très chère » qui laisse très sceptique les écologistes. « On discute aujourd’hui d’une technologie qui est loin d’être prête alors que la nature nous offre un moyen gratuit pour réduire les émissions de CO2 : les forêts primaires », a dit le directeur de Greenpeace-France Pascal Husting.