« On attend de Poznan un bilan de tous les travaux techniques faits en 2008 et un compromis sur des pistes porteuses pour aller vers un accord à Copenhague ».  Ces objectifs, précisés par la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko Morizet, vendredi 28 novembre, semblent clairs. Le risque de ne pas avancer sur le front du climat lors de la conférence internationale qui se déroule à Poznan, en Pologne, du 1er au 12 décembre, est pourtant grand.

Première raison : le contexte européen. Alors que le paquet énergie-climat fait l’objet de discussions tendues, le calendrier n’aide pas. Une réunion doit avoir lieu à Gdansk, en Pologne, le 6 décembre, en présence de la Présidence française de l’UE et des Etats d’Europe de l’Est qui freinent aujourd’hui des quatre fers dans la négociation. Motifs : ces pays, largement dépendants du charbon (plus de 90% pour la Pologne) ne veulent pas se voir imposer des réductions d’émissions de CO2 trop strictes, qui risqueraient de peser sur leur économie (EurActiv.fr 28/11/08).

Si un accord en première lecture sur le paquet énergie-climat n’est pas trouvé entre les Etats membres lors du Conseil des 11 et 12 décembre et au Parlement européen le 17 décembre, il sera impossible pour les Européens d’arriver en position de force à Copenhague en décembre 2009 et de peser dans les négociations internationales. Le changement de législature du Parlement européen en juin 2009 et le renouvellement de la Commission reportent en effet à 2010 une seconde lecture du paquet.

La concomitance entre la réunion de Poznan et les discussions sur le paquet énergie-climat rendent donc l’investissement des Européens dans les négociations internationales difficile.

Ironie du sort, la réunion internationale se déroule en Pologne, alors que ce sont précisément les Polonais qui mènent la fronde de la lutte contre des normes climatiques trop contraignantes au sein de l’UE.

La situation est d’autant plus ubuesque que lors d’une réunion de préparation de la conférence internationale en octobre, les Polonais ont indiqué aux Etats présents à Poznan que la crise financière ne devait pas être un frein aux négociations climatiques.

Une crise qui pourrait malgré tout peser sur les négociations au sein des ateliers de travail à Poznan. Sept grandes questions doivent être abordées pendant ces douze jours :

  • La poursuite des discussions sur la « vision partagée ». En un mot, quels objectifs pour la communauté internationale sur le climat à l’horizon 2030 et 2050? L’Europe est actuellement engagée sur 20% de réduction de CO2 en 2020 (30% en cas d’accord international) et 80% en 2050. Le président américain élu, Barack Obama, a pour la première fois évoqué des chiffres pour son pays, sous la forme de 15% en 2020 et 80% en 2050. Du côté des pays émergents, il serait question de diminuer les émissions de 15% à 30% d’ici 2020, mais en fonction du scénario de référence de leurs augmentations d’émissions. Et non pas en fonction d’une année de référence comme pour l’UE et les Etats-Unis.
  • Quelle architecture financière pour le système? Ce point a très peu évolué depuis la conférence de Bali et les possibilités de friction entre les Etats sont nombreuses. La définition de la solidarité entre pays du sud et pays du nord sur le climat n’est pas acquise. 
  • La déforestation et la déforestation évitée
  • L’adaptation et les fonds d’adaptation à la lutte contre le changement climatique
  • La question de la différenciation entre les pays de l’annexe 1 (qui ont signé le protocole de Kyoto) et les pays non annexé, c’est-à-dire qui ne sons pas soumis à des engagements chiffrés (dont les Etats-Unis font partie).
  • Les actions mesurables, notifiables et vérifiables (MRV)
  • La réflexion sur une approche sectorielle

Outre la crise financière, le fait que les Etats-Unis soient toujours représentés à Poznan par la délégation de l’Administration Bush risque de freiner l’avancée des négociations. Car si cette dernière assure que les contacts entre la délégation et les équipes du président élu seront étroits, les marges de manœuvre des représentants de Washington seront faibles. Barack Obama   a indiqué vouloir s’engager vigoureusement sur le climat, mais ses équipes ne seront pas en ordre de marche avant le premier trimestre 2009.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la Présidence française de l’UE tente de convaincre le nouveau président d’organiser une réunion à mi-parcours en juin 2009 sur le climat. Si l’idée semble bien accueillie, aucune annonce formelle ne devrait être faite avant le 20 janvier, date de la prise de fonction du nouveau président américain.

POSITIONS : 

Dans un communiqué de presse publié le 28 novembre, la Commission européenne à indiqué que la conférence des Nations unies sur les changements climatiques devait être l’occasion pour la Commission et les Etats membres de l’UE de « faire passer à la vitesse supérieure les négociations internationales concernant un nouveau traité mondial sur le climat ».

« En 2008 sur les 7 items évoqués il y a beaucoup de points de vue différents évoqués, beaucoup de propositions sont sur la table, maintenant il faut que ça commence à converger », a indiqué la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Koscisuko Morizet, vendredi 28 novembre.

« La réunion que nous avons proposée pour le mois de juin 2009 est liée au problème du calendrier américain. Car lors de la PréCOP de Poznan (réunion de préparation de la conférence : NDLR) à Varsovie au mois d’octobre, beaucoup de délégués ont exprimé de grandes attentes par rapport aux Etats-Unis. Mais un représentant de l’administration américaine a bien précisé que l’administration ne changeait pas si vite que cela, et que les équipes de Goerges Bush seraient toujours là au mois de décembre. C’est pourquoi l’idée a émergé entre les délégués de prévoir une rencontre entre Poznan et Copenhague, qui soit une sorte de réunion d’étape dans laquelle la nouvelle administration américaine serait déjà en place ».

 « De Poznan nous n’attendons pas des avancées techniques, mais un message politique et des principes sur le partage des efforts, la solidarité, le partage des objectifs de financement…Il faut un message fort sur l’allocation des fonds récoltés grâce aux enchères », a déclaré Sandrine Mathy, la présidente du Réseau Action Climat-France, lors d’une conférence de presse, mardi 25 novembre. « Nous avons des échéances très importantes. Si la France est offensive, elle donnera un signal très important à Poznan et à Copenhague. Nous croisons les doigts pour que la crise économique ne nous détourne pas des vraies priorités », a pour sa part indiqué Nicolas Hulot.