L’objectif européen de 10% de biocarburants dans les transports d’ici 2020 pourrait être révisé, selon les déclarations de la Présidence slovène de l'UE, à l’issue du Sommet de printemps. Les chefs d’Etat et de gouvernement craignent la hausse des prix alimentaires, la déforestation massive et le manque d’eau.

Documents officiels
Commission européenne
page sur les biocarburantsCommission européenne
proposition de directive sur les énergies renouvelables (23 janvier)Autre
Conseil européen 13 et 14 mars, conclusions de la présidence
Revue de presse
Agence France Presse
L'UE n'exclut pas de réduire ses ambitions sur les biocarburantsEurActiv.com
EU signals possible retreat on biofuelsEurActiv.com
EU signalisiert mögliche Abkehr von BiokraftstoffenEurActiv.com
Les dirigeants européens envisagent de reculer concernant les biocarburants
Contexte:
Face à l’inquiétude des Européens à propos de l’augmentation des prix du pétrole, de la sécurité énergétique et du changement climatique, les dirigeants européens se sont engagés, en mars 2007, à faire passer la part de biocarburants dans les transports à 10% d’ici 2020, par rapport aux niveaux actuels (2%).
L’objectif a par la suite été traduit en propositions juridiques, présentées le 23 janvier 2008 par la Commission dans une directive plus vaste relative aux énergies renouvelables.
Enjeux:
Même si aucune décision n’a été prise lors du Sommet de printemps, le premier ministre slovène Janez Jansa, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a déclaré, à l’issue du Conseil européen des 13 et 14 mars derniers, qu’il n’excluait pas la possibilité de modifier ou de revoir les objectifs dans le domaine des biocarburants.
L’objectif visant à augmenter la part des biocarburants dans les transports par rapport aux niveaux actuels de 2% à 10% d’ici 2020 avait été fixé, l’année dernière, par les dirigeants européens eux-mêmes. A l’origine, cette initiative était considérée comme un bon moyen d’inciter les gouvernements et l’industrie à investir dans les biocarburants afin de réduire la dépendance de l’Europe aux importations de pétrole et de contribuer à la lutte contre le changement climatique.
Pourtant, une myriade d’études et d’analyses d’impact produites par diverses sources l’année dernière ont donné l’alerte : augmenter la production de biocarburants à ces niveaux en se basant sur les technologies actuelles – qui impliquent principalement la transformation de cultures agricoles en carburant – pourrait avoir des conséquences globalement négatives sur l’environnement.
En outre, le développement des biocarburants pourrait priver le secteur agricole des terres arables dont il a besoin pour répondre à la demande croissante d’alimentation, alors que le réchauffement climatique a déjà engendré la désertification de nombreuses zones.
De nombreux observateurs remettent enfin en question la capacité des biocarburants à réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière significative par rapport aux carburants conventionnels (lire EurActiv.com 18/01/08, 11/12/07, 11/09/07, 27/07/07).
L’annonce selon laquelle l’objectif de 10% pourrait être reconsidéré montre que les Etats membres commencent à prendre ces avertissements au sérieux.
Positions:
Le premier ministre slovène, Janez Jansa, a indiqué « qu’aucune réponse claire » n’existait pour le moment sur ce sujet mais que « des études supplémentaires allaient certainement être menées », avant de prendre une décision sur l’objectif des 10% d’ici 2020.
Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes français, Jean-Pierre Jouyet, a lui souligné qu’« il appartiendrait à la Présidence française de décider de la direction à prendre, mais qu’il n’y avait aucune position arrêtée pour le moment ». « Une révision de l’objectif des 10% n’a pas été exclue », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre italien, Romano Prodi, sceptique sur les bénéfices des biocarburants a affirmé qu’un passage aux biocarburants aurait un impact négatif sur la production alimentaire.
De son côté, le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, a au contraire déclaré que l’UE devait s’en tenir à l’objectif prévu. Il a toutefois ajouté que l’UE devait s’intéresser aux biocarburants de seconde génération, produits à partir de matériaux ligneux, qui ne sont pas incompatibles avec la production alimentaire, comme les feuilles, l’écorce d’arbre ou la paille.
La Commission européenne pourrait s’opposer à toute tentative visant à modifier l’objectif des 10%. Selon elle, le développement des biocarburants est essentiel pour réduire à la fois la dépendance du secteur des transports au pétrole et les répercussions sur l’environnement.
L’exécutif européen estime qu’introduire des « critères de durabilité » dans la législation suffira à s’assurer que seuls les « bons » biocarburants – qui permettent de réaliser des économies de CO2 considérables comparé aux carburants fossiles et qui ne sont pas nocifs pour l’environnement – sont utilisés.
Le 13 mars, la commissaire à l’Agriculture, Mariann Fischer-Boël, a déclaré être consciente des différentes objections soulevées et les prendre au sérieux, tout en estimant qu’elle pouvait y répondre. Selon la commissaire, les hausses de prix ne sont pas toujours mauvais signe. « Les agriculteurs européens ont attendu que les prix cessent de baisser en termes réels pendant plus de deux décennies », a-t-elle précisé. Elle a ajouté que l’existence de prix élevés était une bonne chose pour 70 à 80% des personnes les plus pauvres du monde, qui vivent en milieu rural et dont la subsistance est basée sur l’agriculture.



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