Les déclarations de Georges Bush sur le climat ont été vivement critiquées par des représentants des seize pays réunis à Paris pour discuter changement climatique. Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes français, Jean-Pierre Jouyet, a été l'un des premiers à lui répondre.
Contexte:
Initiée par les Etats-Unis, cette réunion des économies majeures (Major economies meeting - MEM), qui se déroule à Paris entre le 16 et le 18 avril, est la troisième du genre après Washington en septembre 2007 et Honolulu en janvier 2008. Enceinte privilégiée de discussions et de négociations, elle se déroule totalement à huit clos.
Ces rencontres sont parallèles aux négociations internationales sur le climat dans le cadre de l’ONU.
Enjeux:
« Nous sommes à la fois le cœur du problème et une grande partie de la solution ». S’adressant en ces termes aux représentants des seize pays réunis pour la troisième réunion des MEM, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a affirmé haut et fort que la question n’était plus aujourd’hui de choisir entre moins de carbone ou plus de croissance.
« Si un accord est possible, a-t-il affirmé, c’est surtout parce qu’une économie à bas carbone est possible ». Et même nécessaire. « L’inaction nous coûterait 5 à 10 fois plus cher que l’investissement requis », explique Jean-Pierre Jouyet, faisant ici écho au rapport de Nicolas Stern d’octobre 2006, qui chiffrait le coût du réchauffement climatique à hauteur de 5 500 milliards d’euros.
Jean-Pierre Jouyet s’est attaché à replacer les discussions au sein du MEM dans « le fil rouge universel », c’est-à-dire le « processus engagé dans le cadre de l’ONU, enceinte naturelle et légitime de la future gouvernance climatique. » De l’acquis de Bali à la perspective de Copenhague, le secrétaire d’Etat a insisté sur la nécessité de trouver une « vision partagée de long terme ».
Pour ce faire, le ministre propose d’avancer sur les sujets de fonds que sont les approches sectorielles, la coopération technologique, le financement et les actions d’adaptation aux effets du changement climatique.
Le discours du secrétaire d’Etat était une réponse aux propos tenus le 16 avril par le président américain, Georges Bush.
Infléchissement des émissions de CO2 américaines à l’horizon 2025
En annonçant que les Etats-Unis infléchiraient leurs émissions de CO2 seulement à l’horizon 2025, Georges Bush a démontré que les Etats-Unis ne changeraient pas d’un iota leur position sur le réchauffement climatique.
Non signataire du protocole de Kyoto et principal émetteur de gaz à effet de serre (GES) par habitant, les Etats-Unis ne souhaitent pas se faire imposer des objectifs chiffrés contraignants qui menaceraient leur économie.
“Pourquoi les Etats-Unis aurait-il besoin d’une quinzaine d’années avant de commencer à inverser la tendance?”, a lancé une journaliste lors de la conférence de presse de la mi-journée, jeudi 17 avril. L’un des chefs de la délégation américaine, président du Conseil sur la qualité environnementale, défend la nécessité d’une période de transition, notamment pour adapter la production d’électricité américaine, reposant à près de 50% sur le charbon et émettrice de 2,8 milliards de tonnes de CO2 chaque année.
« Cela n’arrivera pas magiquement demain », a ironisé le diplomate américain, citant l’exemple de la construction d’une centrale nucléaire qui, commençant aujourd’hui, ne sera prête qu’en 2015. « Réaliste et réalisable », voici la nature de l’objectif que les Américains veulent se fixer.
En attendant, cet objectif à 2025 est surtout perçu comme une volonté de « M. Bush de ne rien faire jusqu’à son départ », a dénoncé le président de la commission sur le réchauffement climatique à la Chambre des représentants, le démocrate Edward Markey. D’autant plus que ce discours intervient alors qu’un projet de loi, visant à plafonner les émissions de GES dans les mêmes proportions que l’UE, devrait bientôt être à l’étude au Congrès américain.



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