Contexte :
Le Forum européen biannuel sur l’énergie nucléaire s’est réuni pour la première fois à Bratislava les 26 et 27 novembre. Réunissant politiques, industriels, experts et consommateurs, ce forum vise à étudier les possibilités et les risques associés à la relance du nucléaire comme source alternative d’énergie pour améliorer la sécurité des approvisionnements et lutter contre le réchauffement climatique.
L’initiative de ce forum revient à la Commission européenne, qui semble en effet considérer de plus en plus le nucléaire comme une source potentielle de production d’énergie sans carbone. Elle avait pour la première fois émis l’hypothèse, en janvier 2007, dans son paquet « énergie et changement climatique ». Depuis, Bruxelles a confirmé à plusieurs reprises sa prise de position en faveur de l’atome, rompant avec une position traditionnellement neutre (Lire EurActiv 17/10).
Enjeux :
L'Union européenne est une zone majeure pour le nucléaire, puisqu'elle représente 40 % des capacités électronucléaires mondiales et que pas moins de neuf Etats membres construisent, prévoient ou examinent la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires. En moyenne, le nucléaire fournit 35,5 % de l'électricité en Europe, mais les situations nationales sont très variables.
Si la question du nucléaire a été relancée en Europe ces derniers mois, notamment dans la perspective de la définition du mix énergétique de chaque Etat, les dissensions à son sujet restent fortes. Les problèmes de sécurité des centrales et de gestion des déchets radioactifs suscitent, entre autres, l’hostilité d’un certain nombre d'Etats membres vis-à-vis du nucléaire.
Les PECO très favorables au nucléaire
L’Allemagne s’est engagée à sortir progressivement du nucléaire depuis le gouvernement Schröder, la Belgique a gelé son parc électronucléaire en 1985 et l’Italie a elle aussi adopté un moratoire sur le nucléaire après un référendum en 1987. L'Autriche ne possède aucun réacteur nucléaire et interdit même l'utilisation de cette énergie dans sa constitution depuis 1999. Enfin, le Danemark, la Grèce, l'Irlande, le Portugal et le Luxembourg n’en produisent pas.
Le soutien à l’énergie nucléaire semble pourtant progresser parmi les Etats membres. Le rapport de force a notamment changé depuis l’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale et orientale, qui possèdent, dans leur grande majorité, des centrales nucléaires et sont favorables au développement de l’énergie nucléaire.
Des pays traditionnellement opposés au nucléaire ont récemment montré des signes susceptibles d’augurer un changement de position. Ainsi, les Pays-Bas ont choisi de prolonger les durées d'exploitation de leurs centrales nucléaires. En Suède, un référendum datant de 1980 a prévu l’abandon à long terme du nucléaire, mais dix réacteurs tournent toujours et leurs exploitants ont même récemment annoncé l’augmentation de leurs performances, ainsi que des programmes de modernisation.
Alors que l’Espagne s’était aussi engagée dans une politique de sortie du nucléaire, le quotidien La Vanguardia a annoncé le 17 novembre que le gouvernement devrait adoucir sa position en annonçant notamment le maintien des huit centrales nucléaires existantes.
Au Royaume-Uni, la rente gazière de la mer du Nord a longtemps permis d’éviter tout nouveau projet nucléaire, mais le sujet fait aussi désormais débat.
La France, premier avocat du nucléaire
Avec 58 réacteurs en activité et une production d’électricité à 80% d’origine nucléaire, la France a toujours été partisane de l’énergie nucléaire. Aux côtés de la Finlande, Paris est aujourd’hui, au sein de l’UE, le premier défenseur de l’idée que l’énergie d’origine nucléaire serait la solution pour lutter contre le changement climatique et sécuriser l’approvisionnement énergétique.
Lors du Sommet européen de mars 2007, l’ancien président français, Jacques Chirac, avait notamment tenté, sans succès, de faire considérer le nucléaire comme une énergie propre dans le mix énergétique.
La France mène en outre une politique active de coopération internationale dans le domaine. Lors d’un discours à la tribune de l’ONU, le 24 septembre dernier, le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré que « la France [était] prête à aider les pays qui veulent se doter du nucléaire civil ». Paris a déjà mis en place de telles coopérations avec certains de ses partenaires européens comme la Slovaquie (Lire EurActiv 4/10/07) et la Bulgarie (Lire EurActiv 8/10/07).
La Commission prudente
Le paquet Climat et énergie de la Commission, attendu pour le mois de janvier, devrait comprendre des mesures controversées de répartition des efforts de chaque Etat pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre et d’utilisation des énergies renouvelables (Lire EurActiv 25/10/07). Ces mesures préciseront dans quelle mesure les 27 Etats membres doivent contribuer aux nouveaux objectifs contraignants de l’UE.
La France pourrait notamment s'opposer à ses partenaires européens au sujet du nucléaire. L’Hexagone défend en effet l’idée que l’énergie d’origine nucléaire serait la solution pour lutter contre le changement climatique et sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’UE.
La Commission européenne se montre prudent sur ces oppositions. « Il n’appartient pas à l’UE de décider si les États membres doivent utiliser l’énergie nucléaire », a indiqué son président, Jose Manuel Barroso, tout en précisant qu’il avait l’intention de favoriser « l’émergence d'un débat transparent ».
Le commissaire à l’Energie, Andris Piebalgs, a, quant à lui, pris le soin d’ajouter qu'un « niveau élevé de sécurité, de sûreté et de non-prolifération est la condition sine qua non pour l'utilisation de l'énergie nucléaire ».
Le Parlement européen s’est prononcé plus clairement en faveur de cette énergie en adoptant, fin octobre, une résolution qui déclare que le nucléaire est « indispensable pour couvrir à moyen terme les besoins énergétiques ». 56 députés européens, représentant tous les groupes politiques au Parlement à l’exception des Verts, ont également publié une déclaration affirmant le rôle important que devrait jouer l’énergie nucléaire pour atteindre les objectifs européens de réduction des émissions de CO2.




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