Les gouvernements du monde entier ne doivent pas négliger l’énergie et le climat lors de l’élaboration de plans de relance. C’est le message essentiel délivré par le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) Nabuo Tanaka, lors d’un entretien avec EurActiv.com, le 26 mars. Dans le contexte actuel, les gouvernements préfèrent puiser dans les budgets consacrés aux projets énergétiques pour les injecter des fonds dans les plans de relance, estime-t-il.

En vue de la rencontre du G20, qui aura lieu à Londres le 2 avril, il demande aux gouvernements de s’accorder sur «un nouvel accord sur l’énergie propre». Ces propos font écho aux plaintes des socialistes et de la Commission européenne, qui ont appelé à des plans de relance économique promouvant l’évolution vers une économie à faibles émissions de CO2.

Eviter la tentation des énergies fossiles

Selon M. Tanaka, le monde fait face à une menace sérieuse de sous-investissement dans les énergies propres et risque de se tourner vers des sources plus polluantes. «La réduction des crédits rend les projets les plus gourmands en investissements, tels que le nucléaire ou les énergies renouvelable, plus difficiles à financer», souligne-t-il.

L’actuelle crise du crédit combinée à un faible coût de l’énergie pourrait, selon lui, conduire les investisseurs à favoriser les énergies fossiles (charbon et gaz ). Investir dans les énergies fossiles augmenterait la production de gaz à effet de serre, «effet inverse de celui recherché». Un choix dont il redoute que les conséquences ne se prolongent sur le long terme.

Selon les prévisions de l’AIE, il faudra investir 26 000 milliards de dollars dans l’approvisionnement énergétique d’ici à 2030. Nabuo Tanaka estime que les ressources financières mondiales seront suffisantes, à condition que les investisseurs se voient garantir un retour sur investissement dans un secteur qui présente des risques «énormes et en évolution». 

Pour les convaincre, il faut «une amélioration des mécanismes financiers, des retours sur investissements assez forts et des conditions d’investissements attrayantes». Bien que la tendance actuelle soit à la privatisation des industries de l’énergie, M. Tanaka estime que les pouvoirs publics conserveront leur rôle d’instigateur des projets qui visent à répondre aux objectifs de sécurité énergétique et environnementale.

M. Tanaka a exprimé sa confiance dans le fait que le secteur énergétique mobiliserait les ressources nécessaires à l’investissement. Il a déclaré que ce secteur «avait déjà été capable de mobiliser le financement requis par le passé». 

Les pays en développement doivent accentuer leurs efforts

M. Tanaka se montre plus incertain sur les capacités d’évolution des pays en développement, où devraient être investis plus de la moitié des investissements énergétiques mondiaux afin de satisfaire les besoins croissants.

«Reste à savoir si ces pays pourront mobiliser un tel niveau d’investissement, en particulier l’Afrique et l’Inde. Les incertitudes demeurent.»

Soulignant le fait que les équipements énergétiques dans les pays en développement appartiennent souvent à l’Etat, il a indiqué que «le capital investi doit venir du gouvernement, sous la forme de prêts accordés par des organismes de crédit».

Au cours des prochaines décennies, les pays qui ne sont pas membres de l’AIE, tels que la Chine, verront leur demande énergétique croître très fortement, fait remarquer M. Tanaka. D’où une nécessaire coopération entre les nations développées et les pays en développement sur la question de la sécurité énergétique.

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