Le marché de l’électricité est encore trop fragmenté en Europe. Entre construction de nouvelles installations, ou amélioration de l’interconnexion des infrastructures existantes, les experts ne s’accordent pas tous sur la démarche à suivre pour y remédier.

Positions
Suivi législatif
Selon François Meslier, vice-président d’EDF, les investissements dans les nouvelles interconnexions électriques sont cruciaux pour garantir une stabilité des prix de l’électricité sur les marchés européens.
Lors d’une table ronde organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri) lundi 6 juillet, il a déclaré que seule l’interconnexion des infrastructures permettrait de décloisonner les marchés nationaux, dans un contexte de développement de programmes nucléaires et d’énergie éolienne dans de nombreux pays européens.
M. Meslier a appelé l’UE à subventionner les entreprises d’électricité qui font face à des infrastructures insuffisantes. La révision prévue en 2010 de la liste des projets d’interconnexion éligibles au fonds communautaire du réseau transeuropéen d’énergie (RTE-E) serait selon lui une opportunité pour mettre en œuvre cette idée.
« Il est maintenant temps de considérer un traitement plus équilibré pour le développement des infrastructures de gaz et d’électricité », a avancé M. Meslier, déclarant que « le lobby du gaz avait mieux réussi à obtenir de l’argent européen.»
Mais Sophie Dourlens, analyste à la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a estimé que « des améliorations dans les capacités de transport de l’électricité devraient être réalisées avant la mise en place de nouvelles infrastructures afin de faire progresser le projet de marché commun.»
« Des mesures efficaces de gestion des congestions », ainsi que « l’amélioration de la gestion et l’utilisation des interconnexions » devraient constituer les priorités à court terme, a-t-elle affirmé.
Mme Dourlens a plaidé pour le couplage de marché car ce système a conduit à une convergence de prix efficace entre la Belgique, les Pays-Bas et la France (traditionnel exportateur naturel d’électricité vers ces deux pays).
Plus de clarté pour la législation européenne
L’UE cherche à avancer sur la libéralisation du marché de l’énergie avec son troisième paquet législatif, adopté en juin 2009. La Commission européenne espère qu’un marché compétitif améliorera les conditions d’investissement dans les réseaux de transmission, évitant les interruptions dans les fournitures de courant.
Mais M. Meslier s’est dit déçu par le troisième paquet. L’obligation pour les gestionnaires de réseaux de transport (TSO) de réinvestir dans les infrastructures n’est pas adaptée. Selon lui, les opérateurs ont fait des profits de l’ordre de 1,7 milliard d’euros en 2007 dans des enchères pour des infrastructures de transmissions transfrontalières, lesquels auraient dû être réinjectés dans des investissements d’interconnexion.
Malgré la querelle sur la possibilité d’une augmentation des revenus des enchères dans les prochaines années quand les prix de l’électricité convergeront mieux, les intervenants se sont accordés à dire que le rôle des TSO devait être clarifié dans le cadre législatif européen.
La Commission cherche à rendre les opérateurs de transmission plus indépendants dans le troisième paquet. Une plus grande transparence semble également nécessaire. Les participants se montrés inquiets quant à la complexité du cadre européen, qui, entre autres choses, créé de nouvelles structures de coopération pour les TSO dans les secteurs du gaz et de l’électricité (ENTSO) et une Agence européenne de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER).
Ils appellent de leurs vœux une simplification de la gouvernance des infrastructures d’interconnexion, ainsi qu’une clarification du rôle des deux organisations, afin d’éliminer les barrières politiques à l’intégration du marché.




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