L’accouchement s’est fait dans la douleur. Même si EDF ne semble jamais vraiment avoir abandonné le projet de rachat de British Energy. Tombé à l’eau au mois de juin à cause de l’opposition des certains actionnaires, le projet a donc été accepté le 23 septembre par le Conseil d’administration de l’entreprise. Coût de l’opération: entre 15,2 et 15,7 milliards d’euros pour EDF, soit une augmentation de 9 pence par actions par rapport à l’offre du mois de juillet.

Par ce rachat, le groupe français, premier producteur mondial d’énergie nucléaire, va être à même de développer « de façon significative au Royaume-Uni, l’un de ses marchés clés », précise le communiqué de l’entreprise. Mais c’est surtout à un renforcement de la politique nucléaire en Europe que le groupe français continue de participer.

Petit retour en arrière. Développé dans les années 50, le nucléaire a connu un essor en Europe après les chocs pétroliers des années 70. Mais si la France a tout misé sur cette énergie, certains pays d’Europe l’ont refusé. « L’Italie et l’Autriche, par exemple y furent farouchement opposées dès les années 1980, rejointes au cours des années 1990 par l’Allemagne et la Belgique », souligne une étude publiée en septembre 2008 par l’Institut Thomas More sur le nucléaire en Europe.

Quant au Royaume-Uni, s’il a été le premier à utiliser l’énergie nucléaire en 1953, de nombreuses centrales ont été fermées en raison de leur obsolescence, poursuit l’étude. Avant qu’un rapport d’octobre 2007 ne préconise l’augmentation de la production d’énergie nucléaire. Résultat: les 19 réacteurs actuellement en service seront progressivement remplacés par des réacteurs de nouvelle génération. Réagissant au mariage entre l’opérateur français et British Energy, le premier ministre britannique, Gordon Brown s’est réjoui : « Cet accord est bon pour le contribuable et c’est une étape importante dans la construction d’une nouvelle génération de centrales nucléaires pour alimenter le pays en électricité ».

« Le nucléaire est propre, sûr et abordable. Son expansion est cruciale pour la sécurité énergétique de la Grande-Bretagne à long terme, tandis que nous réduisons notre dépendance vis-à-vis du pétrole et que nous nous acheminons vers un avenir où les émissions de CO2 seront limitées », a ajouté Gordon Brown.

Seuls l’Espagne et la Suède restent farouchement opposées au nucléaire et continuent d’affirmer leur volonté de « sortir du nucléaire », estime l’Institut Thomas More. Même l’Allemagne pourtant officiellement toujours résolument contre cette énergie semble faire évoluer sa position. Lors d’une rencontre avec la chancelière allemande le 9 juin dernier, Nicolas Sarkozy avait lancé l’idée d’une coopération entre les deux pays pour construire des centrales nouvelles générations.

Ce à quoi la chancelière allemande a précisé la position de son parti sur le sujet, à savoir retirer le pays de la puissance nucléaire d’ici 2021, tout en précisant qu’elle désapprouvait personnellement le choix de son parti. (EurActiv.fr 10/06/08)

Derrière ces revirements de la part des Etats membres de l’UE se cachent donc les problèmes de sécurité d’approvisionnement de l’Europe (lire le dossier d’EurActiv.fr) et les projets de l’Europe dans le domaine de la lutte contre le changement climatique (lire le dossier d’EurActiv.fr).

Au point que la France - dont 78% de l’électricité est d’origine nucléaire- tente de faire accepter par l’UE de le faire considérer comme une énergie non carbonée afin de limiter les efforts d’investissement du pays dans les renouvelables. (EurActiv.fr 02/05/07)

Un calcul que semblent également vouloir faire les pays de l’Est de l’Europe qui ont décidé d’investir dans les centrales de nouvelle génération (EurActiv.fr 08/10/2007). Seul 7 pays d’Europe refusent encore catégoriquement le choix du nucléaire, toujours selon l’Institut Thomas More.

Si elle n’a jamais pris position ouvertement en faveur du nucléaire, la Commission européenne, par la voie d’Andris Piebalgs, son commissaire à l’énergie, a cependant reconnue le 15 avril dernier que « l’énergie nucléaire représente un élément important de notre lutte contre le changement climatique et de notre sécurité d’approvisionnement ». Avant d’ajouter que des investissements de grande ampleur devaient être réalisés dans l’UE, afin de remplacer les centrales nucléaires vieillissantes et de diminuer les émissions de CO2. (EurActiv.fr 16/04/08)