Dans un entretien accordé à EurActiv.fr, le président de l'Union française de l'électricité (UFE), Robert Durdilly, revient sur l'étude publiée par l'UFE sur le bilan carbone du secteur électrique français. Il évoque également le travail de la commission Champsaur chargée de clarifier les prix de l'électricité et de définir les principes d'une nouvelle grille tarifaire.

L’un des enjeux pour la performance CO2 de la France est, selon votre étude, de réduire les consommations électriques aux heures de pointe. Pourquoi ?
Pour réduire les émissions de CO2 du parc électrique français, l’action doit, selon nous, reposer sur trois piliers.
Il s’agit tout d’abord de développer une production d’électricité peu carbonée, avec les énergies renouvelables, le nucléaire etc. Le deuxième pilier prévoit le transfert d’énergie carbonée vers de l’électricité peu carbonée. Et le troisième pilier de notre stratégie concerne la maîtrise de l’énergie et de la puissance.
Ceci constitue un point très important dans le système électrique puisque nous devons effectivement assurer à tout moment l’équilibre entre la production et la consommation même en période de pointe. Pour faire face à ces situations spécifiques, nous devons mettre en route le maximum de centrales et notamment celles qui fonctionnent peu longtemps mais qui émettent le plus de CO2. Il est donc très important d’inciter les citoyens à réduire leur consommation aux heures de pointe, notamment en éteignant les appareils électroniques dont les systèmes de veille ont aux heures de pointe une consommation d’électricité non négligeable. Ne pas laisser la lumière allumée dans les pièces où l’on ne se trouve pas doit également être une habitude à prendre.
Mais l’éducation des consommateurs suffit-elle ?
L’incitation va plus loin que l’éducation. Il s’agit de renforcer l’intérêt économique pour un citoyen de moins consommer pendant les heures de pointe. Cette incitation existe déjà en partie, notamment dans les tarifs règlementés de vente.
D’autres parts, l’ouverture du marché a engendré la séparation d’environ la moitié de la part énergie des tarifs régulés de la part du tarif d’utilisation des réseaux publics (TURP). Or le TURP est très peu saisonnalisé. C’est d’ailleurs une raison supplémentaire qui nous a encouragés au moment des discussions sur le TURP 3, d’introduire une plus grande euro-saisonnalité. Nous avons été entendus car le gouvernement a demandé à la commission de régulation de l’énergie (CRE) de renforcer cette euro-saisonnalité. Ce qui est bien pour la protection de la planète.
Dans quelle mesure la coopération avec les Européens peut-elle être un appui ?
Elle est très importante. Nous nous sommes prononcés depuis longtemps pour une meilleure intégration des marchés et des réseaux. Ce sont deux éléments cruciaux pour permettre une optimisation de la distribution d’électricité.
En Europe, les différences entre les habitudes de vie et le climat sont telles que les heures de pointe ne sont pas les mêmes entre les pays. Ce qui crée des opportunités puisque quand un pays est en pointe, si son voisin ne l’est pas, il peut plus facilement importer et réciproquement.
Quelles seront les conséquences d’une absence d’évolution dans la gestion des heures de pointe ?
Si nous ne parvenons pas à progresser sur tous ces points, les objectifs ambitieux adoptés par l’Europe, notamment en ce qui concerne la maîtrise de l’énergie et les énergies renouvelables, seront difficile à atteindre.
Selon des informations communiquées par Les Echos, la commission Champsaur pourrait préconiser la fin des tarifs réglementés pour les professionnels. Pensez-vous que cette décision irait dans le bon sens ?
C’est clairement demandé par la Commission européenne qui perçoit les tarifs jaunes et verts de l’électricité plus ou moins comme une aide d’Etat constituant un blocage du marché au profit de l’entreprise qui en bénéficie.
A l’UFE, nous sommes clairement favorable à la fin du tarif réglementé transitoire d’ajustement de marché (Tartam), car ce droit au retour ne peut être soutenable sur la durée, pour des raisons européennes mais également parce qu’il faut trouver des solutions pour aider le marché à fonctionner sans des tarifs de ce type là.
Selon vous le TARTAM a empêché le marché de fonctionner correctement ?
Oui. Plus personne aujourd’hui n’a véritablement intérêt à avoir des offres libres. Toutes les entreprises sont soit au TARTAM, qui est une forme de tarif réglementé, soit aux tarifs verts et jaunes. Il y donc un problème vis-à-vis de l’Europe et du fonctionnement du marché intérieur.
Ce n’est pas l’existence de ces tarifs qui est problématique mais leur niveau. De plus, la structure des tarifs verts et jaunes ne permet pas d’assurer le fonctionnement de la concurrence. Enfin la part énergie de ces tarifs ne permet pas aujourd’hui de financer les investissements nécessaires pour maintenir en état le parc de production, voir pour prolonger les durées de vie des centrales nucléaires.
Les prix étant trop bas, les nouveaux entrants qui doivent investir eux aussi dans les outils de production pour se positionner correctement par rapport aux tarifs n’ont pas l’espace nécessaire.
Que préconisez-vous ?
Pour remédier à cette situation il y a deux priorités : tout d’abord faire évoluer la structure des tarifs pour rejoindre un coût économique « normal ».
Notre deuxième proposition est que l’ensemble des concurrents susceptibles d’intervenir en France disposent pour la base (fourniture en ruban de l’électricité) d’un sourcing (sources d’approvisionnement ndlr) compétitif. Nous préconisons plutôt de développer des formules de type contrat industriel voir d’échanges d’actifs, ce qui s’est déjà fait et pourrait s’étendre encore. Ainsi EDF pourrait échanger des parts de centrales nucléaires contre d’autres actifs.
Dans l’attente que tous ces contrats soient mis en route nous pensons que le régulateur pourrait proposer la vente de blocs d’électricité (quantité d’énergie électrique qui transite par le réseau à un niveau de puissance constant ndlr) à un prix cohérent avec le niveau des tarifs.
La vente de bloc se faisant en fonction des besoins des différents compétiteurs qui s’engagent sur des volumes et prennent ainsi un certain risque afin d’éviter les effets d’aubaine. L’objectif étant de que le consommateur bénéficie de la compétitivité du parc français.
On parle peu des tarifs réglementés concernant les particuliers. Comment cela peut il évoluer ?
Pour l’instant il n’y a pas de demande formelle de la Commission européenne sur ce sujet. L’exécutif européen associe aux tarifs bleus des missions de service public de protection des consommateurs les plus vulnérables. Or celles-ci entrent bien dans le cadre des exceptions vis-à-vis de Bruxelles sur l’ouverture complète des marchés. En outre, depuis que la réversibilité s’est mise en place la concurrence sur le marché des particuliers s’est quand même un peu plus développée.




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