Silvio Berlusconi veut utiliser à nouveau l’énergie nucléaire. Il a conclu en ce sens un partenariat avec Nicolas Sarkozy, lors du sommet franco-italien. Jean-Pierre Schaeken Willemaers, expert en électricité et en chimie nucléaire, membre de l’advisory board de l'Institut Thomas More, revient pour Euractiv.fr sur ces décisions.
Revue de presse
La France et l’Italie ont signé, mercredi 25 février, un accord visant notamment à la construction de quatres nouvelles centrales nucléaires en Italie. Comment réagissez vous à cette annonce ?
En Italie le prix actuel de l’électricité est le double du prix français. C’est dû au fait que 60% de l’énergie électrique de ce pays est fournie à partir de centrales au gaz, tandis qu’en France 78% de l’énergie est d’origine nucléaire. Ce qui fait toute la différence et justifie la politique de Silvio Berlusconi. Mais l’Italie connaît également un problème d’émission de CO2. La moyenne d’émission est de 450 gr/kwh en Italie contre 75 gr/kwh en France, grâce au nucléaire.
Berlusconi a décidé trois choses : réduire les dépenses, les coûts et les émissions de CO2. Quelle était la meilleure manière de faire cela sinon avec le nucléaire? Il a donc décidé qu’à l’avenir, 25% de la production électrique serait d’origine nucléaire, 25% d’origine renouvelable et 50% resterait produite au fioul. Actuellement le pays compte 60% de centrales au gaz et il existe encore 10% de centrales au fioul, ce qui est énorme.
Pourquoi choisir la France comme partenaire ?
L’Italie n’a plus de compétence dans le domaine du nucléaire. Dans les années 80, le pays a décidé de ne pas construire de centrale nucléaire. Tout ce qui avait été commencé a été arrêté. Les Italiens devaient donc se rapprocher d’un pays qui a cette compétence. En Europe il n’y en a pas beaucoup.
Le rapprochement entre EDF et Enel est assez logique. EDF s’avère être le meilleur partenaire européen pour ENEL. L’opérateur français connaît très bien le nucléaire. Il est numéro un mondial en production d’électricité, et Enel est également assez bien placé parmi les producteurs d’électricité (numéro deux mondiale en terme de puissance). D’autre part, il y a entre les deux une certaine complémentarité. Enel est devenue actionnaire de Endesa, société espagnole. Grâce à Endesa, Enel a un accès direct en Amérique du sud. Un partenariat EDF Enel permettrait non seulement à Enel d’acquérir de l’expérience dans le domaine du nucléaire, mais aussi à EDF d’avoir une meilleure connaissance du marché en Amérique du sud.
Pour atteindre 25% d’électricité via le nucléaire, Berlusconi a décidé de construire huit centrales de troisième génération. Quatre pourront être directement développées par Enel et EDF.
Je ne vois donc pas avec qui d’autres Enel aurait pu s’associer. Mais cela a été possible uniquement parce que Berlusconi a décidé de mettre fin au moratoire nucléaire.
Mais le premier ministre italien doit attendre le vote du parlement ?
Berlusconi contrôle le parlement. Tout ce qu’il a voulu, il l’a obtenu. Il a en effet la majorité absolue avec ses alliés. S’il le veut vraiment, cette décision passera. Le seul obstacle pourrait être une contestation populaire. Actuellement et de manière irrationnelle d’ailleurs, certains craignent en effet le nucléaire.
Quels sont les enjeux économiques pour la France?
Areva va en profiter puisque les quatre centrales vont évidemment être commandées en France. Et ce sera également positif pour EDF puisqu’il y a un deal de 12,5% de participation de part et d’autre. Donc dans la seconde centrale qui sera construite en France en Normandie (la première est celle de Flamanville, ndlr) Enel aura 12,5%. Sa construction a déjà été décidée mais n’a pas commencé. En échange EDF aura également 12,5% dans les centrales italiennes.




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