Près de 800 000 emplois à travers l’Europe devraient disparaître à la suite de l’adoption en 2008 de la législation européenne sur le changement climatique, prévient le syndicat polonais Solidarnosc.
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Confrontations Europe
"Le paquet climat, un moteur pour sortir de la crise?" 23/06/2009
La Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la République tchèque vont souffrir de leur dépendance au charbon pour la production d’électricité, a déclaré Jarosław Grzesik, chargé de l’énergie pour Solidarność, lors d’une conférence organisée par Confrontations Europe, le 23 juin à Bruxelles.
"Nous allons perdre des emplois dans les pays où l’on utilise du charbon, notamment en Europe de l’Est”, a indiqué M. Grzesik. "Mais l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Scandinavie en souffriront également", a-t-il prévenu.
La dépendance énergétique de la Pologne à l’égard du charbon représente 28% de ses besoins en énergie, les chiffres grimpant jusqu’à 95% pour l’électricité. La dépendance du Danemark s’élève à 26,2%, alors que celle de l’Allemagne est de 23,6 %, selon des statistiques européennes de 2006. L’Estonie (56%) et la République tchèque (45%) sont également lourdement dépendants du charbon.
Selon M. Grzesik, les directives européennes concernant le changement climatique contraindront les fournisseurs d’énergie à délocaliser leur industrie dans des pays où la pollution n’est pas régulée.
“En Pologne, la production se déplacera en Ukraine, à quelques kilomètres de nos frontières", prévient-t-il, déplorant le fait que ni le gouvernement polonais ni la communauté européenne n’aient fourni d’analyse portant sur l’impact de la législation climatique européenne sur les délocalisations industrielles.
Il a également averti que ces délocalisations pourraient augmenter les prix de l’électricité et plonger les foyers modestes dans la pauvreté énergétique. "Après l’entrée en vigueur du paquet énergie-climat, l’énergie représentera 15% du budget des ménages au lieu de 11% actuellement", a-t-il indiqué.
Emplois verts : mythe ou réalité?
Le syndicaliste a minimisé la création des nouveaux “200 000 emplois verts” dans les secteurs émergents tels que l’énergie solaire ou éolienne en remplacement des 800 000 pertes d’emplois dans toute l’Union européenne. "Oui, il y aura de nouveaux emplois, mais ils seront principalement destinés aux jeunes", a-t-il déclaré.
"Il y aura très certainement un problème en Europe", a renchéri le président fondateur du think tank Confrontations Europe, Philippe Herzog. "Nous n’avons pas encore trouvé l’équilibre entre la définition des objectifs européens [sur le changement climatique, ndlr] et l’implication des nouveaux emplois."
"Il est évident que les pays situés sur les frontières orientales de l’Europe ont un problème lié à leur mix énergétique", a-t-il analysé, ajoutant que l’Union européenne avait un rôle à jouer "en terme de cohésion."
Bien que les questions liées aux difficultés créées par la législation européenne soient "légitimes", M. Herzog estime que cela ne devrait pas "dissimuler le fait" que la législation verte "crée une croissance durable potentielle".
"N’oublions pas que des milliers de milliards d’euros doivent être investis dans l’énergie et les transports" dans les prochaines décennies, une "vaste opportunité pour les entreprises européennes", a souligné M. Herzog. Il a cependant mis en garde contre "les réductions généralisées de compétences" qui bloqueraient les perspectives de croissance dans le secteur des technologies propres.
CONTEXTE :
En décembre 2008, les dirigeants européens se sont accordés sur le paquet énergie-climat pour donner aux 27 les moyens de combattre efficacement les émissions de gaz à effet de serre et augmenter les énergies renouvelables de 20% d’ici 2020.
L’accord de décembre incluait la révision du système de plafonnement des émissions carbone (ETS) pour la période 2013-2020. Sous le système révisé, les producteurs d’électricité devront acheter aux enchères 100% de leurs « permis de polluer » d’ici 2020. Selon la Commission européenne, l'augmentation des prix sera de 10 à 15%.
Mais l’industrie lourde (ciment, acier, aluminium et secteur chimique) soutient que les ETS renforcés augmenteront les prix à tel point qu’ils seront contraints de délocaliser hors de l’Union européenne. Autre conséquence, cette « fuite de carbone» n’aura aucun impact bénéfique sur l’environnement.
Les secteurs industriels menacés par la concurrence des pays dont les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas régulées, se sont vu promettre des autorisations gratuites selon le système révisé. Les producteurs d’aluminium, d’acier, de métal et de ciment devraient eux aussi bénéficier de ce régime préférentiel.




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