« Je suis convaincu que l’on va bientôt pouvoir rédiger l’ébauche d’un accord quasi-idéal », a avancé Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, lors d’une conférence de presse organisée à l’issue du Forum des économies majeures (FEM), le 25 mai. Si des visions communes semblent se dessiner entre les pays participants, de nombreux points clés devront toutefois être clarifiés pour parvenir à un accord ambitieux lors du sommet de Copenhague en décembre 2009.

Les discussions ouvertes à Paris les 24 et 25 mai entre les 17 Etats totalisant 80% des émissions de gaz à effet de serre et 80% de la consommation mondiale d’énergie, font suite à un processus initié à Washington en avril 2009. Le dispositif n’est pas destiné à concurrencer la convention onusienne sur le changement climatique, mais «à la compléter», a estimé Jean-Louis Borloo. Les discussions ont été guidées par un double objectif: circonscrire le réchauffement climatique à 2°C par rapport au niveau préindustriel et stabiliser la concentration atmosphérique de CO2 à 450 ppm (parties par million).

Des perspectives budgétaires plus concrètes

Le défi à relever nécessiter un engagement financier conséquent. Les ONG françaises, qui ont lancé, le 25 mai, un ultimatum climatique à l’adresse de Nicolas Sarkozy, estiment à 100 milliards d’euros le budget annuel nécessaire d’ici à 2020 (EurActiv.fr 25/05/09). Jean-Louis Borloo s’est refusé à communiquer tout montant, mais a toutefois glissé que le dossier «avançait de façon significative, en termes d’ampleur, de mode de gouvernance et d’architecture du financement».

C’est la proposition mexicaine qui a permis de mettre un potentiel accord sur les rails. Se fondant sur l’idée d’un «fonds mondial vert», l’initiative permettrait d’alimenter les volets «soutien» et «atténuation» du futur accord de Copenhague, en finançant des programmes entiers, et pas seulement des «projets individuels», a précisé Jean-Louis Borloo.

Le fonds serait géré de manière paritaire entre tous les Etats (développés, émergeants et pays moins avancés). La contribution de chacun serait évaluée en fonction d’une clé de répartition qui prend en compte le taux d’émission historique et actuel de gaz à effet de serre du pays, ainsi que son niveau de PIB. Les pays pauvres seraient par ailleurs exemptés de toute contribution au fonds. Le prochain rendez-vous du FEM les 22 et 23 juin est, coïncidence heureuse, prévu au Mexique. «Ca tombe bien», s’est réjoui le ministre, qui estime que l’«on devrait arriver à un accord».

Des questions en suspens

Les précisions encourageantes en matière de financement contrastent avec les zones d’ombre qui planent sur d’autres points, non moins stratégiques. La question du transfert de technologies par exemple, n’a toujours pas été tranchée. Permettant de répondre aux objectifs d’atténuation des émissions et d’adaptation des populations au changement climatique, l’innovation verte suscite des interrogations en matière de droits de propriété. Le coût lié aux brevets pourrait en effet entraver la diffusion de nouveaux procédés écologiques. S’oriente-t-on vers «un partage des investissements», voire «une coalition des industriels» ? Autant d’hypothèses soulevées par Jean-Louis Borloo qui continueront d’être débattues dans les mois à venir.

La stratégie américaine, qui consiste à réduire de 17% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au taux enregistré en 2005 a de nouveau été abordée par les parties lors de la négociation. Et le ministre français de regretter toutefois que les Etats-Unis ne s’alignent pas sur le taux d’émission de 1990: «On ne peut pas transiger avec l’année de référence fixée par Bali.»

A l’occasion d’une conférence de presse donnée par Todd Stern, émissaire américain en charge du réchauffement climatique, et Michael Froman, conseiller adjoint de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, le point de vue américain a pu être exposé. Loin de craindre que cet ajustement nivellerait par le bas l’engagement américain, Todd Stern a estimé que «les Etats-Unis travaillaient sur des objectifs aussi ambitieux que l’UE». Son raisonnement le conduit à assurer qu’ «il existe plusieurs voies pour faire coïncider des objectifs chiffrés communs».

D’autres réunions préparatoires à l’agenda

En juillet 2009, les Etats du FEM se réuniront en Italie. « Les problèmes soulevés sont complexes et ne pourront être résolus en une ou deux rencontres », a souligné Michael Froman, conseiller adjoint de la Maison Blanche pour la sécurité nationale.

Jean-Louis Borloo semble être conscient de la nécessité de multiplier les rencontres pour désamorcer les questions qui font débat. Il a donc annoncé la tenue probable d’une réunion entre les Etats-Unis et l’Europe, n’excluant pas non plus de rencontrer les dirigeants canadiens et australiens. Le ministre français a par ailleurs pris acte de la révision par l’Australie de ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre, lesquels sont désormais portés à 25% à l’horizon 2020, contre 5% auparavant.

POSITIONS :

Pour Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, le plan mexicain jouit d’un consensus certain. «Personne ne l’a contesté», a-t-il affirmé. Il n’existerait selon lui aucune «contre-proposition aussi articulée».

Du côté américain, le ton est moins enjoué. Todd Stern, émissaire américain en charge du réchauffement climatique, a nuancé le tableau. Sans exclure l’idée de consensus, Todd Stern a invoqué la nécessité «d’apprécier plus en détail» le projet. Dans la mesure où la proposition mexicaine cible exclusivement l’organisation du financement public, d’autres pistes sont à explorer pour relever le défi du changement climatique. Todd Stern a ainsi estimé que le financement pouvait provenir de «multiples sources», qu’elles soient «bilatérales, multilatérales, publiques, privées ou issues du marché du carbone».

Dans un communiqué, Les Amis de la Terre et attac ont regretté que «la timidité tant sur les questions financières que sur les objectifs de réduction des gaz à effet de serre, ainsi que la non remise en cause du marché des émissions, annulent toute lutte réelle contre les changements climatiques».