Contexte :

Après le conseil d’administration de Powernext, le 7 décembre, le conseil de surveillance de European Energy Exchange (EEX) a donné à son tour son accord au rapprochement entre les bourses française et allemande de l’énergie. Powernext soutient sans ambiguïté ce projet qui concerne deux opérations distinctes, le marché au comptant ou « spot » et le marché des produits dérivés.

L’accord des actionnaires de EEX a été plus difficile à arracher puisque les deux principaux actionnaires, Eurex (22,3% des parts), l’un des leaders de l’échange des instruments financiers dérivés, et Nord Pool ASA (17,4%), la bourse scandinave des dérivés de l’énergie, y étaient d’abord hostiles.

De son côté, Eurex devrait annoncer mardi 18 décembre son alliance avec la bourse slovène au comptant, Borzen. L’association devrait s’appeler SouthPool. Selon des révélations du quotidien Les Echos, vendredi 14 décembre, « il serait question de fonder un marché spot de l’électricité dans les Balkans ».

Enjeux :

La constitution d’un marché « spot » européen

Les marchés « spot » (pour livraison le lendemain et infrajournaliers) allemand et français seront fusionnés au sein d’une société commune basée à Paris, détenue à parité par les deux partenaires. Le capital de cette bourse franco-allemande sera, de plus, ouvert à d’autres bourses européennes intéressées. L’élargissement du projet aux marchés de l’électricité au comptant scandinave, Nord Pool Spot, et belge, BelPex, est déjà évoqué et devrait se faire de manière progressive.

L’intégration d’un marché spot européen est donc en bonne voie. Elle a un intérêt direct pour les gestionnaires de réseau de transport qui doivent exécuter les volumes physiques échangés sur ces bourses et s’assurer de l’équilibre instantané de l’offre et de la demande. La fusion des bourses permet en effet aux gestionnaires de ne pas multiplier les interlocuteurs. Une holding dirigée par le français RTE, associée aux réseaux belge, Elia, et néerlandais, TenneT, est d’ailleurs en passe d’acquérir, avec 51% du capital, le contrôle de Powernext. Les trois opérateurs qui possèdent déjà 17% des parts projettent en effet d’acquérir les 34% détenus par NYSE Euronext, qui a annoncé son intention de vendre.

Une telle concentration des bourses d’échange d’électricité est une nouvelle étape dans l’intégration du marché européen de l’énergie. Elle suit et vient accompagner le « couplage des marchés » organisé depuis novembre 2006, par les bourses avec les gestionnaires de réseaux, entre la France, la Belgique et les Pays-Bas. Ce couplage doit être étendu en 2009 à l’Allemagne et au Luxembourg. Les bourses spot concentrent sur leurs plateformes l’essentiel des besoins d’équilibrage du réseau. 10% à 15% de l’électricité étant échangé sur ces bourses et le reste vendu au travers de contrats de gré à gré, l’impact de cette opération est donc néanmoins à relativiser.

Une fusion plus incertaine des marchés de dérivés

La constitution d’un grand marché européen de dérivés, qui concerne en grande majorité les contrats à terme de l’énergie, s’annonce plus aléatoire. Un accord de principe prévoyait pourtant la création d’une structure, basée à Leipzig, détenue à 85% par EEX et à 15% par Powernext, qui devait y apporter les contrats à terme d’électricité français.

En échange de leur accord au projet général, Eurex et Nord Pool ASA ont cependant exigé d’être intéressés plus directement à la constitution de cette place de négociation des dérivés énergétiques. Sans que cela ne remette en cause l’intégration des marchés spot, la fusion des bourses française et allemande de contrats à terme est donc plus délicate. Les différentes parties prenantes devraient préciser leurs intentions dans les jours qui suivent.

Ces divergences sont révélatrices de projets économiques différents, voire opposés. Le capital de Powernext est concentré et contrôlé par des gestionnaires de réseau et des opérateurs du secteur de l’énergie intéressés par un projet industriel stratégique. L’actionnariat de EEX est plus éclaté et dominé par Eurex, et Nord Pool ASA, c’est-à-dire des entreprises de marché davantage intéressées par la rentabilité liée à la cotation des produits dérivés, voire en concurrence directe avec EEX.