EurActiv.fr : Quelles sont, selon vous, les priorités pour les mois qui viennent en matière d’énergie et d’environnement, sur les plans européen et national?

Damien Demailly : L’objectif numéro 1 pour 2009, c’est la conférence de Copenhague, qui se tiendra au mois de décembre. Et que ce soit à Copenhague ou six mois après, on aura un accord. Toute la question est de savoir s’il sera à la hauteur de l’enjeu climatique ou non. Même si tout ne sera pas décidé à Copenhague, on sera en revanche fixé sur les grands objectifs. Les pays riches vont-ils réduire leurs émissions d’à peu près 30%? Les pays en développement vont-ils dévier de leur tendance à la croissance et réduire leurs émissions? Nous aurons les réponses dans quelques mois.

Que reste-t-il à faire pour préparer cette échéance?

Il y a encore beaucoup de travail technique à accomplir. Une des domaines majeurs, c’est la question des financements. C’est le nerf de la guerre: on a besoin de transferts techniques et financiers. On sait déjà qu’il va devoir y avoir des transferts du Nord vers le Sud pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions, et également pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique.

Différents mécanismes sont possibles: certains parlent beaucoup du marché carbone, c’est le cas des Européens, tandis que d’autres parlent de créer des fonds, qui seraient abondés par des taxes. Il faut également travailler sur la manière de dépenser l’argent aussi sûrement et qu’efficacement pour vraiment diminuer les émissions.

A côté de toutes ces questions très techniques, il est absolument nécessaire de voir émerger une volonté politique pour faire aboutir les choses. Il faut que les hommes politiques se mêlent de ces discussions, malgré leur technicité. Pour prendre des décisions aussi importantes que celles qui relèvent d’une révolution énergétique, d’une révolution climatique et d’une révolution en termes de rapport Nord-Sud, nous devons dépasser le stade des techniciens. Ces décisions doivent non seulement être prises au niveau des ministres de l’Environnement, ou de l’Economie, mais aussi et surtout au plus haut niveau des différents Etats. En ce sens, Nicolas Sarkozy, et évidemment Barack Obama doivent jouer un rôle crucial dans ce processus.

Ces discussions vont-elles avoir un impact sur les élections européennes de juin prochain?

Les prochains députés européens vont avoir un rôle très important à jouer sur l’après-Copenhague. En effet, en 2010, de nombreux sujets du paquet énergie-climat vont être remis sur la table. On reparlera par exemple du passage de 20% de réduction d’émissions à un objectif plus ambitieux. On va également revoir la question sur la quantité de crédit carbone et leur qualité. On reviendra également sur la question des enchères pour l’industrie, en fonction de l’engagement des pays comme les grands émergents.

Avant Copenhague, je pense que les parlementaires européens auront un rôle plutôt limité. Néanmoins, le Parlement européen aura sans doute un rôle consultatif vis à vis de la communication de la Commission européenne sur la conférence de Copenhague, qui sera rendu publique le 28 janvier.

Quelles autres initiatives européennes sont susceptibles d’avoir un impact sur le débat national français, notamment celui qui se tient autour du Grenelle 2?

Au niveau européen, 2009 sera l’année de l’examen d’une directive très importante, qui concerne les bâtiments. En termes d’économie d’énergie, le potentiel de ce texte est énorme. Si l’Europe essaie de prendre ce problème précis à bras le corps, un peu dans l’optique de ce à quoi le Grenelle pourrait conduire si cette question était prise très au sérieux, on estime qu’elle représente quasiment deux fois plus que les réductions d’émissions qui sont demandés au secteur non-industriel en Europe. Avec cette directive, on est dans la vraie application concrète des objectifs européens. Dans ce domaine, on économise non seulement beaucoup d’énergie sans déployer d’énormes moyens financiers, mais en plus, le potentiel de création d’emplois est important.

Par ailleurs, on se souvient que l’un des grands problèmes du paquet énergie-climat tournait autour du crédit carbone. Avec ce système, on est en train de fabriquer une Europe de la confrontation plutôt qu’une Europe de l’innovation, qui réduit vraiment ses émissions. Aujourd’hui, les pays européens peuvent faire plus de deux tiers des réductions de leurs d’émission de CO2 en recourant à ce système de crédits carbone, dont la qualité est douteuse pour certains. Mais s’ils le veulent, les pays peuvent refuser cette logique. S’ils réduisent vraiment leurs émissions, ils n’auront pas besoin de ces crédits-là, et ils pourront vraiment montrer l’exemple.

Avec le Grenelle 2, si la France décide de valider cette rupture en prenant des mesures qui vont vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle n’aura pas besoin d’utiliser des crédits carbones: ce sera alors une décision politique.

Est-ce un objectif réaliste?

Aujourd’hui, la France doit réduire ses émissions de CO2 de 14% d’ici à 2020. Elle a donc douze ans pour cela. Or, il existe des scenarii qui établissent que la France peut réduire ses émissions deux fois plus. Ce n’est donc pas du tout illusoire d’atteindre cet objectif. Elle peut même faire beaucoup plus, et on espère qu’elle le fera le jour où l’Europe se sera enfin décidée à faire passer l’objectif de 20% de réduction de CO2 à 30%.