Avec la mise en œuvre du paquet énergie-climat, l’examen des projets de loi Grenelle en France et la conférence internationale sur le climat à Copenhague, l’année 2009 sera l’année du climat. Dans cette perspective, EurActiv.fr a recueilli l'analyse du directeur général adjoint Stratégie et coordination d’EDF, Philippe Huet.

EurActiv.fr: Que pensez-vous du paquet énergie-climat adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement le 12 décembre dernier ?
Philippe Huet: Cet accord a été trouvé dans les délais fixés par la PFUE et il correspond aux souhaits de l’ensemble des participants. Dans un contexte, qui, il faut l’avouer n’était pas des plus faciles. La crise économique a en effet mis en travers du chemin des négociateurs des considérations financières supplémentaires, qui, si elles étaient légitimes, ont compliqué énormément la tâche des négociateurs. Trouver un accord malgré tout cela, dans l’esprit de ce que l’on attendait, est donc une bonne chose. Cela dit, même en des temps ordinaires, un accord d’une telle complexité aurait été difficile.
Vous n’avez aucun regret spécifique?
Qui dit accord dit forcément compromis, mais on a suffisamment vécu et on est suffisamment réaliste sur le chemin à parcourir et la complexité du sujet pour dire que non. Je crois que même pour les plus pessimistes d’entre nous cet accord est une bonne surprise.
Quelles sont selon vous les priorités des 12 prochains mois sur le plan national et européen dans le domaine de la lutte contre le changement climatique?
Sur le plan national il faut convertir en loi le Grenelle 1 qui est en train d’être examiné en respectant l’esprit des négociations. Les choses sont en bonne voie. Nous avons tous remarqué la quasi- unanimité trouvée à l’Assemblée nationale sur ce texte. Nous espérons que les débats au sénat ne modifieront pas totalement la donne.
Le texte a pris énormément de retard, ce qui montre la difficulté de traduire en texte de loi ce type de compromis?
C’est effectivement une tâche qui n’est pas facile. Au même titre en France qu’en Europe. Quand vous commencez à rentrer dans l’épaisseur d’une question, et étant donnée la multiplicité des parties prenantes, trouver un compromis est une lourde tâche. Mais les meilleurs accords sont souvent ceux dont l’élaboration a pris du temps parce que le temps qu’on prend avant c’est le temps qu’on ne perdra pas après à revenir sur des choses qui seraient mal digérées, mal appréciées.
D’autant qu’après il faudra passer à la question du financement. A ce stade on en est à définir des principes.
Etes-vous sollicités sur le Grenelle 2?
Le travail est largement à faire. Oui nous serons sollicités, notamment à travers l’UFE (Union française de l’électricité), et par nos contacts directs avec un certain nombre d’experts sur le sujet.
Dès lors que le paquet énergie-climat a été adopté, quelles sont les prochaines étapes au niveau européen et comment allons-nous pouvoir arriver unis à Copenhague en décembre 2009?
Il faut que l’Europe puisse garder la tête haute et dire en parlant du paquet énergie-climat «oui nous avons pu le faire». L’Europe doit montrer le chemin.
Première chose, il y a un certain nombre de points techniques, des sortes de décrets d’application techniques, à préciser, et qu’il va falloir travailler. Notamment toutes les règles sur l’attribution des quotas de CO2, les exemptions, les périmètres, les benchmarks pour les industries. Autant de points sur lesquels sur nous voulons être vigilants et contributifs, pour rester en ligne avec l’esprit de ce qui est ressorti du paquet adopté.
Et puis il faut mettre en place tous les comités qui vont devoir définir très précisément la façon dont sont déclinés pays par pays, secteur par secteur, différentes règles notamment dans l’attribution des quotas, de mise en place des enchères, de distribution des revenus…
Concrètement, comment vont travailler ces comités? Qui en fera partie?
Tout cela reste à définir. Nous essaierons de faire en sorte que notre voix soit entendue, notamment à travers des organisations professionnelles comme UFE en France ou Eurelectric au niveau européen. Comme d’autres acteurs nous ferons entendre notre voix.
Des réunions sont – elles déjà prévues?
Je n’ai pas connaissance d’agenda précis et de nomination de comités pour attaquer le sujet. L’encre est à peine sèche sur l’accord. C’est vraiment le deuxième point majeur de la marche vers ce qui pourra être non seulement la satisfaction d’avoir fait émerger un accord porteur mais aussi d’avoir des mécanismes de mise en œuvre qui ne dénaturent et ne complexifient pas à l’extrême les accords trouvés.
Selon vous, c’est primordial pour que l’UE soit légitime à Copenhague?
C’est une évidence. Mais je veux avoir confiance. C’est peut-être l’occasion de montrer que la mise en œuvre est sur de bons rails et que certains sujets déboucheront sur des choses concrètes et claires.
Les opérateurs américains vous semblent-ils prêts à franchir le pas que les Européens sont en train de faire?
Nous venons de consolider la position d’EDF aux Etats-Unis avec la conclusion d’un partenariat avec le groupe Constellation. On a maintenant un pied aux Etats-Unis et qui plus est dans une région qui montre sa volonté d’aller de l’avant dans ce domaine notamment en ce qui concerne les quotas de CO2.
Les Etats-Unis sont un pays complexe. Au niveau régional et local il y a pas mal d’initiatives, notamment sur la côte est. C’est un pays très pragmatique, qui s’embarrasse beaucoup moins de principes et de grandes ambitions générales mais va de l’avant. Et qui plus est, c’est encore un pays travaillé par l’idée que la technologie est une solution à part entière en ce qui concerne ces questions. Nous suivons donc tout cela de très près. On voit émerger les têtes pensantes au niveau de l’administration américaine. Il faudra également suivre les principales nominations dans les agences fédérales et au niveau local et puis on participera au débat.
Quel seront les principaux points difficiles de l’année à venir dans le secteur de l’énergie?
La crise est dans son origine une crise financière qui se démultiplie en crise de confiance. Cette crise de confiance et son impact global sur l’économie se traduisent, en grippage de l’ensemble des mécanismes économiques. Avec ses cascades telles que le ralentissement de l’activité, l’accroissement du chômage, la baisse de la consommation etc…
Aucun secteur n’y échappe. Les coûts de financement ont augmenté. On entend tout cela partout mais ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’il n’y a pas un secteur qui soit épargné.
Néanmoins, l’énergie était et reste dans une phase où le besoin d’investissement est majeur. Que ce soit dans les réseaux ou dans les moyens de production centralisés et décentralisés. Avec toujours le même souci de compétitivité, de sécurité, et de minimum d’impact sur l’environnement.
Notre crainte est que tout ce qu’il y a à faire prenne du retard. Or tout ce que l’on reporte aura des conséquences, et les besoins seront toujours là dans un ou deux ans, avec une sévérité et une urgence encore plus forte.
Cette crise permet donc de se demander si les objectifs que l’UE se fixe pourront être tenus?
Je ne sais pas, mais je crois qu’il faut maintenir l’ambition. Il y a toujours plusieurs aspects à une crise.
Tout d’abord, l’effondrement des prix des matières premières. Pour les pays consommateurs, tel que l’Europe, les USA, la Chine ou l’Inde, c’est une bonne nouvelle. C’est un allégement considérable de la facture sur les matières premières, dans des proportions que l’on imagine mal.
Deuxièmement, les prix des matières telles que l’acier et le béton, et tout ce qui rentre dans les éléments constitutifs des gros investissements ont aussi diminué. Ce pourrait représenter à terme environ une baisse de 30 à 40% environ des coûts des principaux équipements.
Mais EDF maintient et voir même accélère ses investissements pour répondre notamment à la demande du gouvernement dans le cadre de son plan de relance. Nous avons les moyens financiers correspondants. Nous avions des plans et nous étions prêts. La tâche est trop importante et nous ne pouvons pas lâcher aujourd’hui si nous voulons atteindre nos objectifs de demain.
Que vous inspire comme réaction ce qui se passe entre l’UE et la Russie et l’Ukraine?
Les meilleurs mots sur l’Europe et son marché de l’énergie ont été écrits par Claude Mandil dans son rapport au premier ministre. Il dit notamment que la Russie et l’Europe sont deux partenaires qui sont condamnés à s’entendre et doivent trouver les moyens intelligents de se parler. S’il y a une difficulté c’est peut être parce qu’en Europe nous n’avons pas encore suffisamment articulé une politique énergétique assez forte - notamment en matière de sécurité d’approvisionnement en gaz - pour que l’Europe soit reconnue comme un interlocuteur de nos amis russes. Les discussions sont encore pour l’essentiel conduites pays par pays.
Aujourd’hui le marché intérieur du gaz n’existe pas réellement en Europe?
Il émerge. Si vous voulez un marché intérieur du gaz, il faut investir dans des capacités de transport qui interconnectent les pays et dans des capacités de stockage. A l’ouest les systèmes d’échange permettent de répartir et optimiser la ressource avec une bonne solidarité. Mais les capacités d’échange font défaut entre les pays du nord ouest et ceux du sud est de l’Europe.
Il faut également avoir un discours un peu clair au sujet de ce que l’on appelle les réciprocités. Sans peut-être donner en permanence l’impression à nos partenaires russes qu’on revient sur des principes acquis de longue date.
Et l’amélioration de cet approvisionnement passe aussi par une diversification?
Bien sûr. Accès par d’autres pipes à d’autres pays, terminaux GNL, tout cela participe du renforcement du marché intérieur de l’énergie.
Que pensez-vous des discussions sur le troisième paquet énergie?
Les grands principes sont établis. Il faut maintenant sceller le pacte, en évitant peut-être trop de dogmatisme et en revenant à ce qui fera la force de ce marché intérieur de l’énergie. C’est-à-dire la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité, et le développement durable.
Il y a un autre débat qui mérite probablement d’émerger : la protection des consommateurs les plus vulnérables.
Il faut faire émerger une volonté commune d’aider les plus démunis, les plus sensibles face aux effets du marché. Il faut montrer que l’on est à coté de nos clients dans les moments difficiles. En France existent les tarifs de première nécessité, au Royaume Uni on a le concept du «fuel poor». Il s’agirait de créer une charte du consommateur qui permettrait de réconcilier avec l’ambition d’une Europe de l’énergie l’ensemble de ceux qui ne voient la Commission que comme celle qui édicte et fait respecter les règles de concurrence.
Il faut trouver des formes de solidarité de long terme entre consommateurs, entre producteurs, respectueuse de la diversité des contextes et des marchés.




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