La course entre les gazoducs Nabucco et TAP s’intensifie

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Des représentants de Nabucco et de TAP, les gazoducs concurrents qui devraient acheminer du gaz depuis le gisement en mer de Shah Deniz II en Azerbaïdjan, ont déclaré à EurActiv qu’ils étaient mieux placés pour obtenir le contrat. L’Azerbaïdjan devrait prendre une décision en juin.

 

Les deux projets de gazoduc semblent être à un stade de préparation avancé. À première vue, ils ne semblent pas être concurrents, car Nabucco Ouest, un gazoduc de 1 326 km et de 122 cm de diamètre, devrait acheminer le gaz de la frontière turque à travers la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie vers la plateforme gazière de Baumbarten, près de Vienne. [voir la carte]

 

TAP, le gazoduc transadriatique, d'une longueur de 800 km et également d'un diamètre de 122 cm, transportera le gaz de la frontière turque à travers la Grèce et l'Albanie en passant par une section en mer jusqu'à Santa Foca, dans le talon de la botte italienne. [voir la carte]

 

Cependant, il n'y aurait apparemment pas assez de gaz, qui sera extrait du gisement de Shah Deniz II en 2017 lorsque les deux gazoducs seront prêts à l'acheminer, pour un gazoduc. Dans un avenir lointain, quand le gaz sera disponible à partir d'autres sources en Iraq ou en Iran, par exemple, les deux gazoducs seront utiles.

 

Pour le moment, il semble toutefois que l'entreprise gazière nationale de l'Azerbaïdjan, SOCAR, éliminerait l'un des candidats en choisissant un consortium.

 

« Nabucco est le porte-drapeau »

 

« Nabucco reste le projet phare du corridor sud-européen », a déclaré Nayana Jayarajan, une porte-parole de l'entreprise, à EurActiv.

 

Le corridor sud-européen correspond à différents projets de gazoduc destinés à acheminer du gaz dans l'UE à partir de sources situées en dehors de la Russie.

 

>> Lire : Corridor gazier sud-européen : la course des pipelines

 

Mme Jayarajan a indiqué que le projet était dans une phase de développement avancée, comprenant des travaux préparatoires d'ingénierie. Des évaluations des incidences sur l'environnement ont déjà été terminées en Hongrie et sont à un stade « très avancé » dans tous les autres pays, a-t-elle ajouté.

 

Nabucco est également bien avancé en termes de cadres réglementaire et législatif parmi les pays participants, a-t-elle poursuivi.

 

Elle a souligné que la signature des accords de coopération, d'option sur actions et de financement avec le consortium Shah Deniz la semaine dernière à Vienne représentait un « signe évident de la confiance des producteurs de gaz dans le projet ».

 

Conformément à un accord annoncé le 10 janvier, le consortium Nabucco a offert au groupe Shah Deniz 50 % des parts si ce dernier choisit le gazoduc comme route d'exportation vers l'Europe.

 

>> Lire : Nabucco deviendra bientôt réalité

 

Nabucco doit encore finaliser les travaux d'ingénierie et l'évaluation des incidences sur l'environnement ainsi qu'aligner les efforts du consortium sur le groupe Shah Deniz et TANAP, la proposition de gazoduc transanatolien de l'Azerbaïdjan et de la Turquie d'une valeur de 5,6 milliards d'euros et qui s'étendra sur 2 000 km à travers la Turquie vers l'Europe.

 

>> Lire : Conclusion d'un accord sur la construction du gazoduc transanatolien

 

Le consortium Nabucco espère conclure un appel à candidatures (« open season »), la procédure grâce à laquelle les clients réservent des capacités de transport, avant la décision finale en matière d'investissement, selon Mme Jayarajan.

 

« TAP est plus avancé »

 

L'histoire est cependant différente lorsqu'elle est racontée par Michael Hoffmann, qui représente le projet de gazoduc TAP.

 

Il a déclaré à EurActiv que ce projet était plus avancé que Nabucco et a souligné le caractère mensonger des rapports des médias selon lesquels TAP avait proposé des parts à l'Azerbaïdjan après Nabucco.

 

>> Lire : Après Nabucco, le TAP propose aussi ses parts à l’Azerbaïdjan

 

« TAP a signé un accord de coopération avec les membres du consortium Shah Deniz en juin 2012. Il a ensuite signé un accord de financement et de prise de participation avec eux le 1er août 2012. Nabucco Ouest a signé les mêmes accords le 18 janvier 2013. TAP a en outre accepté et paraphé un accord d'actionnaires avec Shah Deniz en novembre 2012, qui explique le fonctionnement de l'entreprise avec les nouveaux actionnaires [...], dont SOCAR », a expliqué M. Hoffman, concluant : « Nabucco Ouest est moins avancé et je ne pense pas qu'il ait convenu un accord d'actionnaires. »

 

Selon Nayana Jayarajan, un accord d'actionnaires sera signé entre les actionnaires de Nabucco et ceux du consortium Shah Deniz après l’approbation finale de la route d'exportation.

 

Le représentant de TAP a également déclaré que les négociations progressaient « extrêmement bien » sur l'accord intergouvernemental et qu'il était « très probable » qu'à la mi-février, cet accord pour TAP soit signé entre les trois gouvernements de transit (la Grèce, l'Albanie et l'Italie).

 

Interrogé sur la co-existence de TAP et de Nabucco Ouest, il a répondu que pour la phase initiale, 10 milliards de mètres cubes de gaz par an (mmc/an) étaient attendus de Shah Deniz. La capacité de Nabucco Ouest permet un transport évolutif de 10 à 23 mmc/an, alors que TAP est conçu pour étendre la capacité de transport de 10 à 20 mmc/an, en fonction de l'offre et de la demande.

 

« Il semblerait donc qu’un seul gazoduc puisse être choisi en juin », a indiqué M. Hoffman. Quant aux risques de privatisation des entreprises gazières grecques DEPA et DESFA, il a affirmé catégoriquement que cette question ne pourrait pas nuire au gazoduc TAP.

 

Alors que la Grèce surendettée vend bon nombre de ses biens publics, trois entreprises russes, dont Gazprom, ont fait une offre pour acquérir les entreprises gazières grecques DEPA et DEFSA. Au total, 17 entreprises issues de 12 pays se sont dites intéressées.

 

>> Lire : Trois entreprises russes proposent de racheter des compagnies gazières grecques

 

« TAP construira un nouveau gazoduc en Grèce de sorte que la privatisation de DESFA/DEPA ne nous concernera pas », a indiqué M. Hoffmann.

Prochaines étapes: 
  • Juin 2013: SOCAR prendra une décision sur l’appel d’offre pour le gaz de Shah Deniz II
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