L'UE s'évertue à trouver des fonds pour un avenir faible en carbone [FR]

  

Parmi les plans destinés à stimuler l’utilisation de technologies à faible teneur en CO2 dans l’UE, Bruxelles a proposé des initiatives industrielles et des efforts plus importants dans la recherche et a remis les questions difficiles du financement à l’année prochaine.

Innover ou importer

Présenté à Bruxelles le 22 novembre par le commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs et le commissaire à la Recherche Janez Potočnik comme une étape très courageuse, le plan stratégique européen pour les technologies énergétiques (Plan SET) décrit la dépendance européenne des carburants fossiles et le sous-investissement dans les technologies propres comme « l’échec le plus retentissant du marché que le monde ait connu ».

Selon le document, « si nous nous laissons distancer dans la compétition mondiale, de plus en plus disputée, pour la conquête des marchés des technologies à faible intensité carbonique », nous risquons d’avoir à recourir à des technologies importées pour atteindre nos objectifs, manquant ainsi des opportunités commerciales considérables pour les entreprises européennes.

Assurons nos arrières ?

En s’adressant aux journalistes à Bruxelles le 22 novembre, le commissaire Piebalgs a abordé la question de l’augmentation des flux de capital risques vers les technologies propres aux Etats-Unis, au Japon et en Chine mais a déploré le fait que cette même tendance ne puisse pas être confirmée dans l’UE.

Les investissements en matière de recherche et développement dans le secteur énergétique ont diminué dans l’UE depuis les années 1980, et la plupart des entreprises européennes dépense moins de 1 % de leurs ventes nettes dans l’innovation dans les technologies propres, selon la Commission.

Leadership du secteur public 
L’intervention du secteur public pour soutenir l’innovation énergétique est à la fois nécessaire et justifiée afin de surmonter l’écart du marché connu comme la « vallée de la mort » pour les technologies à faible teneur en carbone, caractérisé par un manque « d’appétit du marché » et de mesures incitatives des entreprises, selon le Plan SET.

D’après le Plan, l’industrie devrait être préparée à accroître les investissements et à prendre de plus grands risques. Mais c’est aux gouvernements de mener le processus, comme l’a annoncé le commissaire Piebalgs, qui a déclaré que la Commission espérait que la nouvelle directive sur les énergies renouvelables, qui doit être proposée le 23 janvier, susciterait la confiance de l’industrie et augmenterait les flux d’investissement privés.

Un effort collectif

Le Plan SET appelle à une plus grande coopération au niveau européen pour dynamiser l’innovation et propose les nouvelles mesures suivantes :

  • Initiatives européennes industrielles pour l’énergie éolienne, solaire et la bioénergie, mais également concernant la fission nucléaire, la CSC et les réseaux électriques. Les initiatives seront financées de différentes manières, notamment par des partenariats public-privé, la mise en commun des ressources entre les Etats membres et d’autres mesures proposées dans la communication sur le Plan SET du mois de janvier (EurActiv 20/11/07) ;
  • Une alliance européenne de la recherche comprenant la coordination de la recherche entre les universités et les instituts spécialisés ;
  • La création d’un groupe directeur de haut niveau sur les technologies énergétiques stratégiques ;
  • Un nouveau système d’information sur les technologies énergétiques, et ;
  • Organisation en 2009 d’un sommet européen sur les technologies énergétiques.

En 2008, la Commission compte également développer ses idées concernant la planification de la transition entre un réseau énergétique statique caractérisé par d’importantes installations générant une importante production d’électricité et un réseau européen de l’énergie plus dynamique, pouvant mieux intégrer la production locale plus répartie de l’électricité, d’après le commissaire Potočnik. 

Régler la note

La Commission souhaite que les Etats membres européens approuvent ses propositions d’initiatives industrielles lors du Conseil européen de mars 2008.

Mais comment et par qui les ambitions du Plan SET seront exactement financées restera l’objet d’un débat potentiellement tendu durant 2008, la Commission devant proposer une communication séparée sur le financement du Plan SET d’ici la fin 2008.

Réactions: 

Le Plan SET a attiré d’importantes critiques des groupes favorables aux énergies renouvelables et des écologistes. 

Le Conseil européen pour les énergies renouvelables (EREC) regrette vivement le manque d’attention sur le chauffage et la climatisation dans les initiatives industrielles proposées. D’après Oliver Schäfer, responsable politique à l’EREC, cela représente une faille importante si l’Union européenne compte aborder l’avenir des approvisionnements énergétiques de l’UE.

L'EUREC, l'Agence européenne des centres sur l'énergie renouvelable, est d'accord sur le fait que le chauffage et la climatisation ont été délaissés dans le plan. Pour l'association, il y a également une incohérence dans l'objectif de la Communauté de développer un ensemble diversifié de technologies propres, efficaces et à faible émission de carbone et le pari significatif engagé sur l'hydrogène et les piles à combustible comme technologies de propulsion des véhicules qui devra être gagné avant 2050. Selon l'association, il faut travailler davantage sur les applications des piles longue durée dans le transport. 

L’Association européenne de l’énergie éolienne (EWEA) déplore que le Plan n’aborde pas la nécessité d’inverser les déséquilibres irrationnels dans les budgets nationaux et européens pour la recherche. D’après une déclaration, le secteur de l’éolien aurait aimé voir une stratégie plus détaillée et plus claire en termes financiers et qui établisse les priorités en tenant compte de la répartition précédente des fonds de R & D entre les différentes technologies énergétiques.

L’eurodéputé Vert Claude Turmes a fustigé le Plan SET comme étant une approche du tout et rien.

En essayant de satisfaire différents groupes d’intérêt dans le secteur énergétique, le plan échoue inévitablement à donner de réelles mesures incitatives pour tous, a-t-il déclaré, exprimant l’espoir du groupe des Verts/ALE que les Etats membres ignorent ce plan et se concentrent à la place sur le plan sur l’efficacité et les énergies renouvelables actuellement en cours de préparation par la présidence portugaise. 

D’après une déclaration de Frauke Thies, expert en énergie à Greenpeace, le Plan SET n’est pas stratégique. Elle critique ce que le groupe considère comme une attention excessive sur des technologies coûteuses et dont l’empreinte environnementale est inacceptable ou qui sont de simples distractions, comme la capture et le stockage de carbone. 

Mme Thies affirme également que le plan se concentre trop sur un modèle dépassé de grandes centrales électriques centralisées, qui est incompatible avec un système d’énergie durable et novateur fondé sur l’utilisation efficace d’énergie, la production d’électricité et de chauffage renouvelables, des opérations et un réseau intelligent concernant l’électricité. 

Shell, le groupe énergétique international, a déclaré que le talent des hommes et les ressources financières étaient les deux éléments fondamentaux pour faire du Plan SET de la Commission un succès.

Selon Hans van der Loo, responsable du bureau européen de liaison de Shell à Bruxelles, les technologies impliquent bien plus que la recherche et le développement. C’est l’ensemble du processus consistant à développer des idées scientifiques, à transformer ces idées en innovations ou instruments technologiques, puis à les mettre en place. Il estime que les gouvernements eux-mêmes peuvent mettre à disposition leurs ressources financières, ou, à défaut, réfléchir à la façon d’inciter les fonds privés à investir dans les premières étapes du développement.

Prochaines étapes: 
  • 3 déc. 2007 : première discussion sur le Plan SET lors du Conseil Energie ; 
  • 23 janv. 2008 : propositions législatives de la Commission sur les énergies renouvelables comme élément du nouveau paquet climat et énergie ;
  • Mars 2008 : Conseil européen de printemps, approbation possible du Plan SET et des initiatives industrielles. 
Liens externes: 
Publicité

Partenaires de contenu