Evénements récents et prochaines étapes :

  • Février 2007 : Adoption du plan de redressement d’Airbus Power 8
  • 16 mai 2007 : Visite de Nicolas Sarkozy à Berlin
  • 18 mai 2007: Visite de Nicolas Sarkozy à Toulouse
  • Juillet 2007 : Angela Merkel devrait se rendre à Toulouse au siège d’Airbus

Contexte :

Le groupe EADS a été crée en 2000 par une fusion de la société allemande Daimler Chrysler Aerospace AG, du français Aérospatiale Matra et de l’espagnol CASA. Spécialisé dans l’aéronautique civile et militaire et dans l’espace, EADS est le premier groupe de défense en Europe et le deuxième dans le monde après Boeing.

Pour refléter sa dimension multinationale, le groupe a une structure bicéphale respectant une certaine parité entre Allemands et Français. Les deux co-présidents sont le français Louis Gallois (il a remplacé Noël Forgeard en juillet 2006) et l’allemand Thomas Enders (nommé en juin 2005). Manfred Bischoff, président de DaimlerChrysler et Arnaud Lagardère, PDG de Lagardère SCA, sont tous deux présidents du directoire d’EADS. Le capital est réparti entre actionnaires français et allemands. Lagardère (qui souhaiterait réduire ses parts à 7,5%), DaimlerChrysler et l’Etat français possèdent chacun 15% des parts de l’entreprise, tandis qu’un consortium d’investisseurs incluant des Länder allemands détient 7,5% du capital. En vertu du pacte d’actionnaires signé en 2000, les deux groupes privés détiennent les droits de vote et par la même le pouvoir de décision.

Le retard dans la livraison de l’Airbus A380 (filiale d’EADS, Airbus représente 65% des activités du groupe) a montré, en 2006, les limites de cette gouvernance et les difficultés structurelles que connaît le groupe.

Après des discussion houleuses sur la méthode à adopter pour réorganiser Airbus, Français et Allemands ont fini par se mettre d’accord, au mois de février dernier, sur un plan de redressement pour sauver l’entreprise, intitulé Power 8.

Enjeux :

L’actionnariat de l’entreprise

Alors que les deux principaux actionnaires privés ont l’intention de diminuer leur participation dans l’entreprise, le groupe EADS doit compenser les pertes liées au retard de la livraison de l’A380 en mobilisant plus de 6,3 milliards d’euros. 10 milliards d’euros supplémentaires seront en outre nécessaires pour développer le futur long courrier, l’A350XB.

Relancer le groupe EADS passerait donc nécessairement par une révision du pacte d’actionnaires afin de réorganiser le capital du géant de l’aéronautique et de l’aider à financer l’A350XB. « EADS a besoin d’argent » a déclaré à Toulouse le nouveau président de la République en visite au siège d’Airbus. « Mais comment voulez-vous faire entrer de nouveaux actionnaires s’ils n’ont le droit que de payer et pas de parler ? » a interrogé le chef de l’Etat, récusant le principe du pacte actuel qui interdit à l’Etat français d’intervenir dans la gestion du groupe.

Le président français a fait du dossier EADS une « urgence » entre lui et l’Allemagne lors de sa première visite à Berlin en tant que chef d’Etat.

Les propositions françaises d’augmenter la part de l’Etat dans le groupe ont été accueillies avec réticence par la chancelière, selon le quotidien allemand Der Spiegel daté du 21 mai. Les pouvoirs publics n’étant pas dans le pacte d’actionnaires, ils ne pourront intervenir directement. Avec comme seul représentant du secteur privé Daimler, l’Allemagne craint de perdre de son influence dans le groupe, a ajouté le quotidien allemand.

« Si nous avions encore eu besoin d’une (…) preuve que les Etats n’ont rien à faire dans la direction d’une entreprise, les évènements des deux ans et demi écoulés chez EADS ont apporté cette preuve » a souligné Thomas Enders dans un entretien accordé le 15 mai au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, faisant allusion à la polémique autour des indemnités de départ allouées à Noël Forgeard, l’ancien président d’EADS.

La chancelière allemande « a parfaitement compris qu’il fallait agir vite » a cependant déclaré Nicolas Sarkozy aux salariés d’Airbus la semaine dernière. Angela Merkel aurait accepté de se rendre à Toulouse début juillet. Une réunion avec les actionnaires d’EADS devrait également suivre.

Réformer la gouvernance de l’entreprise

Deuxième objet de conflit entre Français et Allemands : la direction bicéphale du groupe EADS. Considérée comme l’une des causes principales du dysfonctionnement de l’entreprise, sa réforme ne fait pas non plus l’objet d’un consensus. Modifier la gouvernance d’entreprise devra passer par une entente au plus haut niveau entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Attachés à la défense de leurs intérêts au sein du groupe, les deux Etats ne sont pas prêts à lâcher du lest dans ce dossier. « Travailler avec Nicolas Sarkozy risque de s’avérer beaucoup plus difficile qu’avec Jacques Chirac » déclarait hier au Spiegel un haut diplomate allemand.