« La Poste demeurera une entreprise publique », a affirmé la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, en signant le contrat de service public 2008-2012 avec La Poste, le 23 juillet dernier. Même son de cloche du côté de l’entreprise. Selon son président Jean-Paul Bailly, la mission de service public de La Poste empêche l’État de descendre en dessous de 50 % du capital.

Bailly souhaite cependant adapter son entreprise à l’ouverture totale à la concurrence des services postaux européens en 2011. D’où ce souhait, exprimé le 28 août, (EurActiv.fr 02/09) de voir La Poste devenir une société anonyme (SA) en janvier 2010. Il s’agirait également d’ouvrir le capital de l’entreprise au secteur privé à hauteur de 30 % afin d’affronter la concurrence et d’assurer son développement. La Poste aurait besoin de 2,5 à 3,5 milliards d’euros d’ici trois ans.

Pour lever ces fonds, le PDG de La Poste a confié aux Echos, que deux solutions étaient envisageables : un partenariat avec la Caisse des dépôts - Augustin de Romanet s’y est dit disposé - et l’actionnariat salarié, piste privilégiée par le PDG.
Le PS a également une solution à proposer, indique l’eurodéputé Gilles Savary : créer des fonds souverains français pour assurer le développement de la Poste et conserver un contrôle public sur l’entreprise.

« Touche pas à ma poste »

L’ouverture aux capitaux privés, même partielle, inquiète les syndicats qui y voient un premier pas vers la privatisation. 150 000 personnes ont ainsi signé la pétition « Touche pas à ma poste », indique Hervé Tellier de la CGT FAPT. Le syndicat estime que la rentabilité nécessaire pour satisfaire les actionnaires n’est pas compatible avec les missions de service public de La Poste.

Dès le 18 août, FO a donc demandé l’organisation d’un référendum, comme le permet l’article 11 de la Constitution française. Un comité national (PCF, PS, Verts, ligue communiste révolutionnaire, syndicats, associations…)  s’est réuni pour en discuter le 18 septembre.

Prenant acte de la volonté de débat de la société civile, Nicolas Sarkozy avait, la veille, annoncé la création d’une commission consultative pour plancher sur l’avenir de La Poste. Composée de 22 membres (parlementaires, syndicalistes, élus locaux, représentants de la Poste et de l’Etat…), elle est présidée par François Ailleret, ex-directeur général d’EDF. La Commission devra « conforter les missions de service public de La Poste », a indiqué la présidence de la République. Un rapport sera rendu le 30 novembre.

Le précédent EDF

Mais « quand on veut éluder un problème, on met en place une commission », ironise l’eurodéputé Gilles Savary. Si les leaders syndicaux ont répondu à l’appel de Nicolas Sarkozy, ils ne sont pas beaucoup plus enthousiastes. Ils craignent que la Commission ne fasse que conforter le projet de Jean-Paul Bailly et rappellent le précédent de la commission Roulet sur EDF en 2001, qui avait conclu à la nécessité d’ouvrir le capital de l’entreprise énergétique. 

Positions :

La Poste doit être rénovée, estiment Hervé Tellier, de la CGT FAPT et l’eurodéputé Gilles Savary.  Mais le socialiste insiste aussi sur la nécessaire ouverture du capital pour lever des fonds. Comme le PDG Jean-Paul Bailly, il indique que La Poste doit absolument se développer sous peine de se faire avaler par ses concurrents. Mais  Gilles Savary se méfie de la commission indiquant :  « je ne sais pas si les décisions sont déjà prises mais je le crains. » Pour lui, il est « absolument évident que Nicolas Sarkozy, proche des milieux d’affaires, laisse filer le service public  ». Et le gouvernement utilise, selon lui, la libéralisation européenne pour avancer ses pions sur le dossier de La Poste. Or, « la privatisation de la Poste n’est pas un sujet européen mais national. »

Jacques Pélissard, président de l’AMF estime lui aussi qu’il est indispensable d’ouvrir le capital de La Poste tout en sécurisant « les rapports entre entreprise et les communes » en « affirmant par la loi la mission d’intérêt général de La Poste ».