Si elle entre en vigueur, la stratégie UE 2020 devrait apporter "2% de croissance" en Europe, a indiqué le président de la Commission, José Manuel Barroso, lors de la présentation du texte à Bruxelles, le 3 mars.
Il a cependant ajouté qu’il était « trop risqué » de spéculer sur des chiffres précis, la crise économique actuelle rendant trop difficile toute prévision.
Selon M. Barroso, la crise a rendu « urgent» le renforcement de la gouvernance économique de l’UE. Il a d’ailleurs noté que certains pays avaient assoupli leur position à ce sujet.
"Les choses ont maintenant changé", a affirmé le chef de l'exécutif européen. "Nous sommes plus dépendants que jamais. Nous avons plus que jamais besoin d’une coordination économique", a-t-il ajouté, insistant sur le fait que "les divergences entre Etats membres ont un impact direct sur chacun d’entre nous".
Cinq objectifs
La stratégie définit cinq objectifs principaux pour l’UE. Les Etats membres devront ensuite les traduire concrètement au plan national :
- fournir un emploi à 75 % de la population âgée de 20 à 64 ;
- investir 3 % du PIB de l'UE dans la R&D;
- atteindre les objectifs dits «20/20/20» en matière de climat et d'énergie;
- ramener le taux d'abandon scolaire au-dessous de la barre des 10 %, au moins 40 % des jeunes générations devront obtenir un titre ou un diplôme;
- réduire de 20 millions le nombre de personnes menacées par la pauvreté.
Certains de ces objectifs, notamment les 3% de R&D figuraient déjà dans la précédente stratégie de Lisbonne, qui s’achève en 2010. Les 20% de réduction d’émission de gaz à effet de serre et d’énergie renouvelables ont été adoptés quant à eux dans le cadre du paquet énergie climat, en décembre 2008.
"Il y a des choses dans notre stratégie dont vous aurez déjà entendu parler auparavant", a déclaré M. Barroso. "Nous en sommes désolés. Elles ne seraient pas là s’ils avaient été correctement mis en place ces dix dernières années".
Des liens avec le pacte de stabilité
Pour que ces objectifs soient suivis des faits dans les Etats membres, et que cette nouvelle stratégie ne soit pas un échec, la Commission propose d’évaluer la stratégie UE 2020 et le pacte de stabilité et de croissance en même temps. Ces deux instruments resteront cependant "distincts", précise le communiqué de la Commission.
"Ceci permettra à ces deux stratégies de poursuivre des objectifs de réformes similaires, tout en conservant leur identité propre", ajoute l’éxecutif européen.
Cette proposition pourrait cependant faire face à une forte résistance de certains Etats membres, l’Allemagne en tête. Lundi 1er mars, la chancelière Angela Merkel a écrit au président Barroso pour lui indiquer que lier les objectifs de la stratégie au respect du pacte de stabilité et de croissance pourrait rendre la surveillance fiscale "inutilement politique".
José Manuel Barroso a cependant rejeté ces critiques. "Il n’y a pas de chevauchement", a indiqué le président de la Commission en réponse à une question sur les liens entre la nouvelle stratégie et les règles de la zone euro. Les deux processus resteront "séparés" afin de maintenir "l’intégrité du pacte de stabilité et de croissance", indique la proposition.
L’UE n’ayant pas été été totalement libre d’agir pour faire aboutir la stratégie de Lisbonne, le président de la Commission a indiqué qu’il fallait cette fois prendre le problème à bras le corps.
Avertissements politiques
Pour évaluer les efforts fournis par les Etats membres dans la mise en œuvre de leurs objectifs nationaux, la Commission soumettra tous les ans un rapport annuel aux dirigeants européens. Il sera discuté lors du Conseil européen de printemps.
"Le Conseil européen doit piloter la stratégie", a déclaré la Commission. Selon l’institution, les chefs d’Etat et de gouvernement sont les mieux placés pour "gérer l’interdépendance entre les Etats membres et l’UE".
La Commission fera également des suggestions pour favroriser la réalisation des objectifs énoncé dans le plan.
Elle enverra des recommandations spéficiques aux Etats membres. "Nous allons également adresser des avertissements politiques en cas de réponses inadéquates", précise le plan.
Les recommandations politiques existent déjà dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance (article 121.4 révisé du nouveau traité)
Ces avertissements devraient toutefois être approuvés pas les Etats membres avant d’être émis, mais pourraient être rendus publics afin de renforcer leur poids politique.
POSITIONS :
Les membres du Parti Populaire Européen ont mis l’accent sur la gouvernance européenne et le soutien aux PME pour une réussite de la stratégie.
"La Commission européenne devrait donner davantage la priorité à l'achèvement du marché intérieur et à la réduction de la bureaucratie pour les PME", souligne le premier groupe politique au Parlement européen. "Nous demandons à la Commission de proposer des initiatives pour s'attaquer aux faiblesses de l'UEM", a déclaré Corien Wortmann-Kool, vice-présidente du PPE, réclament un engagement strict sur la Pacte de Stabilité et de croissance. "Nous devons développer davantage la Stratégie 2020 de l'UE, dans le cadre du traité de Lisbonne, avec des objectifs concrets et un engagement réel des Etats membres", a-t-elle conclu.
Le "manque d’ambition" de la stratégie proposée par la Commission a été vivement dénoncé par les membres du Groupe de l'Alliance progressiste des socialistes et des démocrates européens (S&D).
"Les propositions de la Commission ne sont pas assez vertes et trop faibles sur le terrain de l’emploi et de la politique sociale", selon le député Stephen Hughes, vice-président de la commission pour les affaires économiques et sociales du Parlement européen, qui jugele projet "trop tiède" dans son ensemble.
"En dépit de son engagement dans la lutte contre la pauvreté, la Commission européenne n’a jamais déployée toute son énergie en direction d’une politique sociale forte. Il est clair que nous aurons dans les années à venir une tâche majeure pour orienter l’Europe d’abord vers les individus, et non plus vers les marchés", a-t-il déclaré.
En réponse au projet dévoilé par la Commission, le S & D a présenté ses propres priorités pour l'économie européenne, mettant l'accent sur un "new green deal", qui serait susceptible selon le parti européen de déboucher sur la création de 10 millions d'emplois en Europe d’ici 2020.
Les libéraux et les démocrates du groupe ALDE du Parlement européen ont accueilli favorablement les propositions de la nouvelle Commission, affirmant que les objectifs proposés sont "à la fois plus ambitieux et plus réalistes" que la précédente stratégie de Lisbonne.
Un plan qui a toutefois besoin de plus de « mordant » afin d’assurer sa mise en œuvre au niveau national, considère le groupe politique.
"La Stratégie UE 2020 prévoit certes quelques carottes, mais guère de bâtons, sinon un droit d'avertissement de la Commission peu susceptible d'impressionner les ministres des Finances", a déclaré le président du groupe ALDE, Guy Verhofstadt. "Je maintiens que la Commission européenne, et en aucun cas le Conseil européen, est la mieux placée pour fixer les objectifs, pour surveiller l'exécution et pour dénoncer les récalcitrants et autres mauvais élèves, car les Etats membres manqueront toujours de volonté politique pour se livrer à l'autocritique", a-t-il prévenu.
Convaincu que la Commission devrait "occuper encore davantage le poste de pilotage", le président du groupe a néanmoins reconnu que la stratégie UE 2020 emprunte "la bonne direction".
"Tricher avec les statistiques des pays est inacceptable, et les tricheurs doivent être punis", a revendiqué quant à lui le porte-parole du groupe politique, Lena Ek, en référence à la crise de la dette grecque.
"Il est nécessaire de définir clairement des objectifs contraignants et s'assurer que la surveillance est de la responsabilité de la Commission", a-t-il souligné.L'eurodéputé suédois propose de créer "un Fonds monétaire européen", doté d'une expertise suffisante pour stabiliser lesmarchés en cas de crise.
Le projet UE 2020 a été qualifié parle groupe des Verts au Parlement européen de "tentative myope" de définition d’une vision pour 2020. "Cette nouvelle stratégie consiste ni plus ni moins à dissimuler des idées éculées sous des nouveaux atours", peut-on lire dans le communiqué publié le 3 mars.
Pour les eurodéputés Verts Claude Turmes et Philippe Lamberts, le fait de considérer la croissance du PIB comme le principal moteur du développement économique est "la meilleure recette pour un échec répété". "La croissance du PIB ne signifie pas automatiquement une meilleure égalité sociale, une meilleure protection de l'environnement ou une vie plus heureuse pour les citoyens. Nous avons besoin de nouveaux indicateurs. Nous réclamons en particulier un nouvel objectif pour une meilleure répartition des revenus dans le programme UE 2020".
Les Verts ont également mis en évidence la faiblesse des dispositions relatives aux mesures d’application nationales. "En présentant un programme dépourvu d’obligations contraignantes, la Commission est en train de répéter les erreurs de la stratégie de Lisbonne", ont-ils déclaré.
"Nous avons besoin d'objectifs contraignants pour les dossiers critiques tels que les ressources et l'efficacité énergétique, ainsi que pour les objectifs sociaux ".
"Nous regrettons que Barroso ait cédé à la pression des Etats membres en faisant machine arrière sur l’enjeu crucial de la conditionnalité pour le financement européen". En l’état actuel des choses, "les fonds structurels contribuent davantage au changement climatique qu’à la lutte engagée pour le combattre. Cela doit changer", ont-ils ajouté.
Business Europe, le principal groupe de lobby des employeurs dans l’Union européenne, considère quant à lui que la proposition formulée par la Commission constitue "une base utile" pour faire de l'Europe "un plus grand acteur mondial". Afin de faire de la communication de la Commission un véritable mode d’emploi propice à l’action politique, « le sentiment d'urgence et le recentrage devrait être renforcés", souligne le groupe, qui compte proposer bientôt certains aménagements pour le texte.
Compte-tenu des circonstances exceptionnelles auxquelles l’Union est confrontée aujourd'hui, une stratégie de croissance est la solution si nous voulons parvenir à une Union européenne solide, avec des entreprises solides et des emplois nombreux", a commenté Philippe de Buck, directeur général de Business Europe.
L'UE dispose-t-elle des outils nécessaires pour atteindre ces objectifs ambitieux ? La question a été posée par le think tank bruxellois European Policy Center (EPC). "Il semble que les outils pour parvenir à ces objectifs se situent pour la plupart entre les mains des États membres, si l’on considère ces objectifs, de sorte qu'il reste à voir dans quelle mesure les Etats membres assortiront cette fois-ci leur action aux aspirations contenues dans le programme".
L'EPC a également mis en doute la sagesse de maintenir séparés le pacte de stabilité et de croissance d’une part, et les objectifs politiques de l’UE d’autre part. "Une question cruciale manque dans les objectifs prioritaires, celle de la viabilité des finances publiques". Séparer les deux "signifie que la stratégie UE 2020 n'est pas un projet global de réforme économique. Telle qu’elle, la stratégie "rend cette réforme dépendante de la réussite dans un autre domaine de la politique".
"Les objectifs politiques de la stratégie UE 2020 dépendront largement de la situation des finances publiques dans les États membres", considère le Centre, pour qui le mécanisme de gouvernance proposé, appuyé sur l'analyse comparative, la surveillance et la recommandation,"est encore majoritairement souple".
"Certes, les gouvernements peuvent être rappelés à l’ordre s'ils ne prennent pas les bonnes mesures, mais y a-t-il une volonté réelle de la part des Etats membres de le faire de manière systématiquement et de manière équitable pour tous les Etats ?", a-t-il conclu.
Avec cette stratégie, la montagne a finalement "accouché d’une souris", a fait remarqué Tony Long,Directeur du Bureau européen du WWF – Bruxelles. Si les objectifs sont irréprochables, le plan dans son ensemble manque d’une vision globale et à long terme, selon l’association, qui regrette que la nature ne soit pas davantage intégrée dans les politiques clés ou encore le budget.
''Le vrai regret est que la stratégie ne parvient pas à donner une orientation claire sur certaines des plus importantes révisions des politiques à venir, y compris l'agriculture, la pêche, et le développement rural, à peine mentionnés dans le document.
"Nous ne pouvons pas être imputés au cours des 10 prochaines années par une stratégie déjà dépassée." "Il est clair que le monde a besoin de changer de mentalité", conclut le communiqué.
CALENDRIER:
- 25 et 26 mars 2010: Le Conseil européen examine la proposition de la Commission sur UE 2020
- 17-18 juin 2010: Le Conseil européen adopte la stratégie formellement
- Automne 2010: Les Etats membres soumettent leur programme de stabilité et de convergence, en même temps que leurs programmes nationaux de réformes.



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