Bruno Le Maire a invité ses homologues à Paris pour préparer le Conseil des ministres de l'Agriculture des 14 et 15 décembre. Ils appellent à une «approche équilibrée entre le jeu du marché et la préservation de nos choix collectifs».

D’abord définir des objectifs politiques, puis examiner le budget. Inlassablement, Bruno Le Maire martèle ce credo depuis plusieurs mois. Et pour en convaincre ses homologues européens, il a réuni 21 d’entre eux à Paris, jeudi 10 décembre. Avec ce G22, élaboré à partir des pays qui avaient soutenu l’initiative franco-allemande lors de la crise du lait, le ministre français veut peser sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC) après 2013.

Dans une déclaration commune, baptisée «Appel de Paris», les 22 appellent à une «approche équilibrée entre le jeu du marché et la préservation de nos choix collectifs en faveur d’une alimentation sûre et de qualité».

Ce texte de trois pages affirme la volonté des ministres de «développer le modèle alimentaire européen», construire des «stratégies gagnantes pour toutes les filières», «relever le défi environnemental» et «garantir que les produits importés en Europe respectent bien toutes nos normes». 

«Avoir les moyens de nos ambitions»

Cette réunion a eu lieu alors que le débat sur le futur budget de l’UE est particulièrement vif à Bruxelles. Début octobre, un document non-officiel de la Commission européenne avait suscité de nombreuses craintes, notamment du côté des partisans d’une politique agricole commune forte.

A Paris, pas question d’aborder le débat budgétaire. «Nous devons avoir les moyens de nos ambitions», souligne le texte. A l’issue de la réunion, le ministre français de l’Agriculture a insisté: «Nous n’avons pas parlé de questions budgétaires. Un budget, c’est un instrument financier au service d’une politique.»

En Europe, le consensus sur ce sujet est loin d’être acquis. Même au sein du groupe des 22. «Les discussions sur l’agriculture sont toujours un peu compliquées et animées», a concédé Bruno Le Maire. Il a ajouté que trouver un accord entre vingt-deux pays qui ne sont pas entrés au même moment au sein de l’UE n’était «pas facile». 

La Pologne, suivie par un groupe de pays dont la Bulgarie, la Lituanie et la Slovénie, insiste notamment pour réviser le mécanisme des aides directes. Celles-ci sont distribuées aux agriculteurs en fonction de la surface qu’ils cultivent. Actuellement, Varsovie estime que le plafonnement des aides directes auxquelles elle a accès n’est pas équitable.

Observateur britannique

«Je suis convaincu qu’en 2012-2013, quand des décisions seront prises sur le budget européen et sur la PAC, il y aura un accord entre tous les Etats membres, y compris ceux qui ne sont pas présents aujourd’hui», a néanmoins déclaré le secrétaire d’Etat polonais chargé des Affaires internationales, Andrezej Dycha.

Cinq pays de l'UE, dont la politique agricole est considérée comme très libérale, étaient absents de cette réunion: le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et Malte. Néanmoins, «un observateur britannique a participé au déjeuner des ministres», indique-t-on chez Bruno Le Maire. 

La réunion de ministres européens en dehors des rencontres informelles organisées par les présidences tournantes de l’UE, ou des conseils «officiels» des ministres européens de l’Agriculture est rarissime. «C’est une démarche originale, mais pas agressive», a précisé le ministre français. «Nos travaux ne sont dirigés contre personne», a-t-il ajouté.

Le ministre français et ses homologues auront sans aucun doute l’occasion d’exposer leurs conclusions à leurs collègues qui n’ont pas participé à la réunion de Paris lors du conseil des ministres européens de l’Agriculture, les 14 et 15 décembre à Luxembourg. 

POSITIONS:

Une vingtaine de producteurs laitiers ont manifesté à l’appel de l’Organisation des producteurs de lait (OPL) et de l’European Milk Board. Les organisations estiment que les aides annoncées «ne représentent pas une solution à long terme». Elle veulent continuer à «mettre la pression sur la filière [laitière] comme sur les politiques pour obtenir la régulation nécessaire à la survie d’une production laitière de qualité en Europe».

De son côté, la FNSEA rejette clairement la généralisation des aides directes aux agriculteurs, fondée sur le dispositif de droits à paiement unique (DPU). «Le tout DPU n’est pas une politique», souligne l’organisation dans un communiqué. «Les agriculteurs ont besoin de visibilité pour pouvoir se développer et donner le meilleur d’eux-mêmes en termes de dynamisme économique, d’emplois et de qualité».