Contexte :

Depuis 1984, la production laitière (lait de vache) est soumise à des quotas, mis en place par l’Union européenne dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). L’objectif était, à l’époque, de réduire les excédents et de mieux équilibrer l’offre et la demande pour maintenir la rentabilité du secteur. Aujourd’hui, le quota de production pour l’ensemble de l’Union européenne est de 137 millions de tonnes et n’augmente que très peu : seulement 1,5% de hausse officielle par an depuis 2005.

Durant l’année écoulée, le prix du blé sur les marchés mondiaux a augmenté de 50%, celui de l’orge de 42%, le mais a augmenté de 32% et la volaille de 20%. Avec une croissance tarifaire comprise entre 70% et 90% pour la poudre de lait et avoisinant les 117% pour le lactosérum, les produits laitiers ne sont pas en reste. De son côté, le beurre n’a augmenté que de 17%.

Enjeux :

  • Augmentation des prix pour le consommateur

Les premières victimes de ces augmentations sont les consommateurs. Le lait représente la quasi-totalité du prix de revient du beurre, près des 2/3 de celui du fromage, et 30% du yaourt.

Les chiffres annoncés ne rassurent pas les ménages allemands : 50% d’augmentation pour une plaquette de beurre, 40% pour le fromage blanc, de 10% à 20% pour le lait. Dès le 1er août, date de renégociation des contrats entre producteurs et distributeurs, les prix de l’ensemble des produits laitiers devraient grimper en flèche en Allemagne.

De son côté, la France ne sera pas épargnée. Dans la journée du 31 juillet, le PDG du géant agroalimentaire français Danone, Franck Ribout, a annoncé qu’il allait augmenter les prix des produits laitiers de 2,5% : « Nous sommes face à des augmentations structurelles et durables de certaines matières premières. En France, les distributeurs ont tous accepté ces révisions tarifaires, sauf un ».

Cette augmentation n’est, selon lui, qu’une première étape : « Les prix des produits de grande consommation comme les yaourts, les fromages, les crèmes et le lait devraient augmenter en moyenne de 4% à 5% d’ici la fin de l’année ».

  • Répondre aux demandes chinoises et indiennes

Principale raison invoquée : la forte demande en provenance d’Inde et de Chine, qui fait flamber le prix de toutes les matières premières, même agricoles. Avec une production avoisinant les 27,5 millions de tonnes par an, l’Allemagne est pourtant le premier producteur de lait au sein de l’UE. La France arrive juste après. 

Sur la chaîne allemande ZDF, le chef de la Fédération de l’industrie laitière, Eberhard Hetzner, a considéré ces hausses de prix « supportables ». « Nous attendons d’autres hausses de prix au second semestre ». La raison invoquée est toujours la même : la situation du marché.

De son côté la Fédération des agriculteurs allemands relativise : « Le prix du beurre a rejoint son niveau d’il y a 25 ans. Les hausses des prix sont l’une des conditions d’amélioration de la rétribution des éleveurs. Les revenus des paysans doivent augmenter, pour récompenser à leur juste valeur la grande qualité de la production laitière ».

  • Adapter la méthode européenne des quotas?

Selon le président de l’Association de la transformation laitière (Alta), Olivier Picot, « il manque un milliard de litres de lait sur le marché communautaire pour satisfaire la demande ».

Cette carence est due à « la hausse de la demande européenne en fromages (+8,7% en cumul sur les quatre dernières années) et en produits laitiers frais (+17% en cumul sur les quatre dernières années) et à une baisse inattendue de l’offre” indique franceagroalimentaire.com, site Internet appartenant à une société de conseil en agroalimentaire travaillant notamment pour le compte de l’Etat.

En France, les éleveurs, attirés par les gains à réaliser sur la viande bovine, dont les prix ont augmenté de 5 % en 2005 et en 2006, ont vendu une partie de leurs vaches laitières. Ainsi, il manque 100 000 vaches à la France pour remplir son quota laitier.
En Allemagne, les agriculteurs délaissent l’élevage pour les céréales, dont les cours ont augmenté de 40% en un an, selon le site.

La politique des quotas mise en place par l’UE pourrait évoluer avec la révision de la PAC, prévue pour 2008.