Nouvelle pression des agriculteurs sur l’avenir de la politique agricole commune. Réunis au cours de leur assemblée générale annuelle, les représentants de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), association membre de la FNSEA, ont voulu envoyer un nouveau signal au gouvernement français, et au-delà, à la Commission européenne. 

En jeu: la réforme de l’organisation commune des marchés (OCM) du sucre, qui doit entrer en vigueur à la fin de la campagne 2014-2015. «La Commission européenne a fait l’analyse que les objectifs seraient plus facilement atteints en poursuivant la libéralisation», fustige le président de la commission économique de la CGB, Gilles Bollé. «Que la Commission nous démontre que notre filière ne répond pas aux signaux du marché!», poursuit-il. Avant d’avertir le gouvernement français que les betteraviers ont l’intention de «refuser» cette réforme «si le seul argument de la Commission européenne est d’augmenter la libéralisation pour augmenter la libéralisation». 

Le secteur est méconnu, mais n'en est pas moins stratégique. Avec un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros annuels pour 26 000 planteurs, la France est le premier producteur européen de sucre. Et les betteraviers estiment avoir fait assez d’efforts à l’occasion des dernières «simplifications» de l’OCM sucre, en 2006. A l’époque, la Commission avait par exemple introduit un régime de quotas unique pour la production, ou le remplacement de l’intervention par le stockage privé.

Au-delà de la réforme de l’OCM sucre, les inquiétudes des betteraviers concernent, comme les autres agriculteurs, la réforme de la politique agricole commune post-2013. 

Laisser les quotas disparaître?

«La Commission prône la suppression des exportations, le maintien du régime de paiement unique et l'application stricte des règles de la concurrence aux producteurs. C’est ce qui s’est passé dans le secteur laitier», dénonce-t-il. Avant d'expliquer que les producteurs de betteraves ne peuvent pas se maintenir sans régulation. 

«Le lait et la betterave sont les deux secteurs menacés par la disparition des quotas», confirme l’économiste Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières invité par la CGB.  

Avec les producteurs laitiers, les planteurs de betteraves sont les seuls à bénéficier de quotas. Mais «faut-il laisser les quotas disparaître ou se battre?», interroge, un brin provocateur, l’économiste.

Dans la première hypothèse, «Bruxelles lâche tout contrôle et l’on récupère une liberté de commercialisation totale», imagine Philippe Chalmin, soulignant que l’UE ne peut pas «se débarasser du beurre et garder le crémier». Avantage: le contexte actuel est «plutôt bon», avec un cours du sucre qui caracole à 0,23 dollars la livre, soit plus de 410 euros la tonne. Inconvénients: l’instabilité des prix, car ils dépendront directement du marché, et ne seront plus protégés par aucun prix de référence.

Deuxième hypothèse: les quotas sont sauvés, et «une certaine forme de PAC» maintenue. Avantage: «On conforte alors la situation française», explique l’économiste. Du côté des inconvénients, «on reste dans une situation de gestion administrative du marché par Bruxelles», énonce Philippe Chalmin. 

Contractualisation

Outre la question des quotas, les agriculteurs restent préoccupés par celle de la «contractualisation». Des contrats lient les entreprises et les agriculteurs réunis en Organisations de producteurs (OP). Le lait comme la betterave s’insèrent «dans une logique de transformation, et donc dans une logique de contractualisation», souligne l’économiste. Les betteraviers sont dépendants des industriels qui transforment la betterave en sucre, comme les laitiers des usines qui collectent le lait.

«Nous voulons que ce dispositif de contractualisation soit validé par la Commission européenne comme conforme aux règles européennes», exige le vice-président de la CGB Jean-Philippe Dubray. Il demande une «contractualisation saine sur des bases transparentes». Réponse en janvier, dans la loi de modernisation agricole que présentera le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire.