La Commission européenne a adopté, mercredi 2 avril, une proposition de règlement visant à modifier le plan de reconstitution des stocks de cabillaud, en vigueur depuis 2005 et dont l’objectif est de « garantir, dans un délai de cinq à dix ans, une bonne reconstitution des stocks de cabillaud au niveau des précautions conseillées par les experts ».

« Il existe un consensus sur la nécessité de revoir le plan de reconstitution des stocks de cabillaud », a expliqué Joe Borg, le commissaire à la Pêche et aux Affaires maritimes.

Fixer un nouveau cadre

Si cette proposition de règlement est acceptée, les objectifs annuels, qui concernent les niveaux de biomasse (quantité de poisson dans la mer), seront remplacés par de nouveaux objectifs portant sur des taux de pêche optimaux. La proposition de révision comporte également un nouveau système de gestion de l’effort, jusqu’à aujourd’hui exprimé en nombre de jours en mer, qui pourrait désormais être exprimé en KW/jour. Des plafonds fixés par groupe de navires ou segment de flotte. Bref, la Commission préconise avant tout une simplification du « système de gestion de l’effort » et demande aux Etats membres d’administrer directement ces plafonds.

Il s’agit en fait de fixer un nouveau cadre. Pour l’instant, pas question de parler de chiffres pour 2009. Ils devraient être négociés lors du dernier conseil européen de l’année réunissant les ministres chargés de la pêche, au mois de décembre.

« Nous devons pêcher moins et mieux », précise juste le commissaire Borg. Les derniers rapports des scientifiques sont en effet des plus alarmants. « Parmi les quatre stocks de cabillaud figurant dans le plan, seul celui de la mer du Nord a montré des signes de reconstitution », précise en effet la Commission. Il faut, selon le Comité économique et scientifique de la pêche (CSTEP), relâcher immédiatement la pression exercée par la pêche sur le cabillaud plutôt que de se concentrer sur la réalisation des objectifs à long terme.

L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) fait quant à lui état de chiffres impressionnants. En mer du Nord, les stocks de morue (c’est l’autre nom donné au cabillaud) sont en chute libre. En 1970-71, la biomasse totale des morues adultes était estimée à 250 000 tonnes en 1970-1971, avant de retomber à 28 000 tonnes en 2006. Les chiffres sont néanmoins un peu meilleurs pour 2007, avec un stock estimé à 37 000 tonnes dans la région.

« Un constat d’échec de la Commission »

« Ca va sans doute aboutir à une baisse effective des quotas », explique Stéphanie Tachoires, chargé de mission au Comité national des pêches maritimes et élevages marins. « Une baisse qui risque d’être assez difficile pour la profession. »Les professionnels français devraient rencontrer la direction des pêches maritimes du Ministère de l’Agriculture, afin de déterminer une position française avant le conseil AGRI des 14 et 15 avril à Bruxelles. La France compte 7586 navires de pêche, soit près de 10% de la flotte européenne, qui s’élève à 88 525 bateaux.

« Ce plan est le signe d’un constat d’échec de la Commission », juge pour sa part Jacques Pichon, directeur de Pêcheurs de Manche et d’Atlantique (PMA). « Ce qu’elle préconise aujourd’hui, c’est quelque chose dont elle ne voulait pas entendre parler il y a quatre ans. » Mais Jacques Pichon est surtout inquiet pour la mer celtique, qui sépare l’Irlande de la Grande-Bretagne et qui est incluse pour la première fois par la Commission dans la gestion des stocks de pêche.

« La zone définie par la Commission en mer celtique est beaucoup plus large que l’endroit où se situe effectivement le cabillaud. » Du coup, les bateaux qui ne pêchent pas de morue risquent, selon Jacques Pichon, d’être soumis aux mêmes règles. « Ce que nous préconisons, c’est de limiter le plan de sauvegarde à la zone où il y a l’essentiel des poissons, qui court de la pointe de Cornouailles à l’Irlande », poursuit-il. Le 19 janvier à Boulogne-sur-mer, Nicolas Sarkozy avait déclaré devant 300 pêcheurs qu’il fallait « sortir » du système des quotas de pêche.

Les quotas pour 2008 avaient été finalisés un mois plus tôt à Bruxelles, lors de discussions difficiles entre les différents acteurs européens. Les ministres de la pêche avaient adopté une réduction des quotas de pêche du cabillaud de 9 à 18% selon les zones et une réduction de 10% du nombre de jours autorisés pour les sorties en mer. Des chiffres qui vont bien au-delà des recommandations de la Commission, qui avait recommandé, à l’époque, une baisse des quotas de pêche… de 25%.