«La crise la plus grave dans le secteur depuis 30 ans.» En visite à Châlons-en-Champagne, lundi 31 août, le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, n’y est pas allé par quatre chemins pour décrire le marasme qui touche les agriculteurs français en cette rentrée 2009. 

Outre le secteur du lait (EurActiv.fr, 22/07/2009), celui des fruits et légumes affronte des difficultés particulières. La décision de la Commission européenne, connue début août, obligeant les producteurs de fruits et légumes à rembourser des aides perçues induement entre 1992 et 2002 ne pouvait pas plus mal tomber. 

Dans un rapport, rendu mercredi 2 septembre au ministre de l’Agriculture, le député Jacques Remiller (UMP), président du comité «Fruits et légumes» de l’Assemblée nationale, décrit un secteur en très grande difficulté, «sans modèle économique global». Avec une chute des prix de 23% en moyenne sur un an, la filière des fruits et légumes souffre également des très fortes différences entre les charges sociales qui pèsent sur leurs salariés, en comparaison avec les autres pays d’Europe. Pour le député, ces différences constituent «un problème d’équité entre les agriculteurs européens». 

«L’injonction de Bruxelles aggrave les choses», explique-t-il. «On risque de condamner des exploitations agricoles qui n’en peuvent plus», poursuit le député, qui «ne voi[t] pas comment les agriculteurs pourraient rembourser l’Etat français.» Il estime que les aides versées à l’époque étaient «indispensables». «Il s’agissait de soutenir la filière», justifie-t-il. Pour lui, Bruno Le Maire doit mener de front «les négociations avec Bruxelles» et la «crise sans précédent» qui touche les agriculteurs.

Même scepticisme du côté de la FNSEA, dont le président, Jean-Michel Lemétayer, tenait, mercredi 2 septembre, sa conférence de rentrée. «Il est urgent de ne pas se précipiter», a-t-il martelé, en évoquant le rapport que la France doit rendre à Bruxelles avant la fin septembre. Paris devra y préciser quelles méthodes elle emploiera pour se faire rembourser les aides déclarées illégales par la Commission.

« Sous la haute surveillance de Bruxelles»

Le président du premier syndicat agricole a estimé que l’argent accordé à l’époque n’avait pas été directement touché par les agriculteurs, mais avait servi à alimenter des plans de campagne destinés à soutenir le secteur.

«Nous sommes sous la haute surveillance de Bruxelles», a poursuivi le patron des agriculteurs. Une raison, pour Jean-Michel Lemétayer, de demander au gouvernement de n’agir que sur les «taxes franco-françaises», «pour ne pas avoir à aller rendre encore des comptes à Bruxelles». 

Il a annoncé la tenue d’une journée de mobilisation nationale des agriculteurs «vers la fin octobre». Mais a exclu que cette action puisse être étendue sur le plan européen. Car s’ils sont partisans d’une régulation forte sur les marchés agricoles, les professionnels français du secteur sont très isolés lorsqu’ils négocient à Bruxelles. 

En ancien président du Copa, qui réunit les fédérations agricoles de toute l’Europe, Jean-Michel Lemétayer a expliqué: «Nous avons autour de la table des libéraux qui pensent que le marché se régule seul.» «Notre problème, a poursuivi Lemétayer, c’est que le gouvernement défende des positions qui rassemblent une majorité de ministres européens pour que nos idées passent.» Et le relatif isolement des positions françaises sur la régulation ne devrait pas cesser. «Si Mariann Fischer Boel est reconduite à son poste dans la prochaine Commission européenne, ce ne sera pas une bonne nouvelle», a dit Jean-Michel Lemétayer.

Face à cet «affaiblissement de la régulation européenne», la solution, pour la FNSEA, réside dans la revalorisation de la contractualisation, c’est-à-dire des accords commerciaux passés entre les paysans et les industriels qui leur achètent leur production. C’est par exemple le cas, aujourd’hui, dans la filière laitière.

Interrogé sur l’éventuel désaccord de l’UE sur la généralisation de tels contrats, Jean-Michel Lemétayer a répondu: «Un jour, il faudra que Bruxelles se décide et qu’elle nous dise si l’organisation d’une filière est plus distorsif que la présence d’une seule grande entreprise par secteur dans tout le pays.» Allusion à l’organisation de l’agriculture dans certains pays nordiques européens, ou à l’Irlande.