Le sommet du G8 commence demain à Heiligendamm. L’enjeu principal pour l’Union européenne est de convaincre ses partenaires, notamment les Etats-Unis et la Russie, d’approuver ses propositions en matière de lutte contre le réchauffement climatique et d’approvisionnement énergétique.

Contexte :
Les membres du G8 comptent la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, les Etats-Unis, le Canada (depuis 1976) et la Russie (depuis 1998). La Commission européenne est également représentée lors de toutes les rencontres. Les défis liés au changement climatique constitueront le thème principal à l’ordre du jour. Du 6 au 8 juin, l’Allemagne accueillera donc les chefs d’Etats du G8, mais aussi ceux de la Chine, de l’Inde, du Brésil, du Mexique et de l’Afrique du Sud, invités à cette occasion. Il faudra aussi compter sur la présence de plusieurs milliers de manifestants, venus afficher leur opposition à la mondialisation.
L’Allemagne espère faire accepter un accord visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, qui entrerait en vigueur après 2012, date d’expiration du protocole de Kyoto. Toutefois, l’administration Bush a marqué son “opposition fondamentale” aux objectifs contraignants et au calendrier que Mme. Merkel souhaiterait inclure dans la déclaration finale du Sommet. L’UE devrait également avoir à faire face à la Russie sur le dossier de l’approvisionnement énergétique.
D’autres sujets seront abordés. Outre la conclusion des négociations commerciales du cycle de Doha (lire l’article “La France brandit la menace d’un veto à l’OMC”), l’aide au développement des pays africains, le statut final du Kosovo, la situation au Darfour et au Proche Orient figurent également à l’agenda.
Enjeux :
· Le réchauffement climatique
Objectif phare porté par la chancelière allemande Angela Merkel, les négociations de l’après Kyoto s’annoncent difficiles compte tenu des divergences qui subsistent entre Européens et Américains. Les principales objections de l’administration Bush concernent les requêtes incluses dans le projet de déclaration rédigé par l’Allemagne : réduire de 20% la consommation d’énergie d’ici à 2020 et réduire de 50% d’ici à 2050 le niveau des émissions des gaz à effet de serre par rapport à celui de 1990.
Dans un premier temps, les Etats-Unis ont déclaré qu’ils avaient « des inquiétudes sérieuses et fondamentales sur le contenu de ce document préparatoire ». Selon eux, Américains et Européens ne se sont jamais entendus sur la terminologie climatique présente dans le document.
A la surprise générale, le président Bush a changé la donne lors d’un discours prononcé le 31 mai à Washington au cours duquel, il affirmé la volonté des Etats-Unis de « prendre la tête » de la lutte contre le réchauffement climatique. Pour cela, il prône « un nouveau cadre de travail international sur le changement climatique ». En pratique, cela se traduirait par l’organisation d’une négociation globale qui réunirait, à partir d’octobre prochain, aux Etats-Unis, les quinze principaux pays pollueurs. Le but est d’identifier - avant la fin 2008 - de nouveaux principes de lutte contre les gaz à effet de serre. A l’issue de cette négociation, chaque pays serait libre de définir ses propres stratégies et objectifs, sans aucune contrainte. “Les Etats-Unis vont travailler avec les autres nations pour établir un nouveau cadre sur les émissions de gaz à effet de serre pour l’expiration du protocole de Kyoto en 2012”, a-t-il poursuivi.
Georges Bush a aussi proposé que les taxes douanières soient supprimées sur les technologies non polluantes, pour permettre leur transfert vers les pays en voie de développement.
Compte tenu de la position défendue jusque-là par les Etats-Unis, les représentants européens ont salué ces nouvelles propositions. Ils ont toutefois souligné avec fermeté la nécessité d’agir dans un cadre multilatéral sous les hospices des Nations Unies.
« J’espère tout de même que les Etats-Unis considèrent cette rencontre comme une occasion de faire du Sommet du G8 une contribution au système de protection du climat multilatéral des Nations unies », a déclaré José Manuel Barroso, président de la Commission européenne.
Greenpeace France a aussi fait connaître sa position. Dans un communiqué de presse, l’association dénonce « une imposture honteuse et dangereuse». Karine Gavant, chargée de campagne climat à Greenpeace France, y déclare que « la nouvelle posture américaine est d’abord une tentative de diversion par rapport à la volonté de l’Allemagne». Cela « constitue une tentative désespérée pour bloquer le démarrage des négociations internationales sur les prochaines étapes de réduction des émissions après 2012 ». Un appel est aussi lancé à Nicolas Sarkozy « qui a affirmé dès le soir de son élection [vouloir] faire du climat le premier combat de la France ». Mme Gavant a conclu qu’ « il [devait] aujourd’hui se démarquer clairement des Etats-Unis, affirmer son soutien à l’initiative allemande et s’engager à signer un accord contraignant dans le cadre du Protocole de Kyoto ».
C’est dans cet état d’esprit que le président français semble en effet aborder le Sommet du G8. « Il faut des objectifs chiffrés pour montrer notre volonté d’agir » a-t-il affirmé lors de la conférence de presse qu’il a donnée à l’issue de sa rencontre avec José Socrates, Premier ministre portugais, lundi 4 juin.
· Relations UE-Russie
Interrogé par l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales), José Manuel Barroso a admis que les relations entre l’UE et la Russie traversaient une “phase difficile”, et a regretté que le débat sur l’approvisionnement énergétique se soit “politisé ». « Si nous appliquons les règles du marché, il n’y aura pas de politisation » a-t-il souligné.
“Pour faire simple, nous avons besoin de son gaz et de son pétrole, elle a besoin de notre marché. Cette interdépendance est profitable à tous, aussi longtemps que les relations énergétiques sont du ressort du marché et non d’un échiquier géopolitique”.
Faisant allusion au sommet UE-Russie du 18 mai, le président de la Commission européenne a toutefois salué “l’acceptation par le gouvernement russe du principe d’un dialogue structuré sur les investissements énergétiques et les discussions visant à mettre en place un mécanisme d’alerte précoce en cas de rupture d’approvisionnement vers l’Europe”.
L’issue de ce dossier est fortement liée à la résolution du contentieux entre l’UE et la Russie sur la viande polonaise. Cette question retarde le démarrage des négociations entre la Russie et l’UE sur un accord de partenariat et de coopération élargi. “Nous avons évalué la situation des exportations de viande polonaise de manière très objective. Selon nous, cet embargo n’est pas fondé. C’est une discrimination que nous ne percevons pas comme juste. Et nous espérons que la Russie va résoudre ce problème”. Le président Barroso a réfuté l’argument des « raisons sanitaires’ avancé par la Russie. Il a mis en avant le fait que celle-ci importait de la viande d’autres pays bien moins regardant en terme de normes sanitaires. “Nous avons les normes de protection des consommateurs les plus strictes du monde. Nous n’autorisons la circulation de la viande polonaise en Europe qu’à condition qu’elle réponde aux normes les plus sévères. Nous ne voyons donc pas pourquoi ce type de discrimination est appliquée à l’égard d’un Etat membre de l’UE”.
Par ailleurs, le président de la Commission n’a pas hésité à rendre la Russie responsable des conflits incessants avec les anciennes républiques soviétiques ayant récemment rejoint l’UE.
“Une fois encore, ce n’est pas l’UE qui a créé le problème du gazoduc de Droujba avec la Lituanie! Nous disons aux Russes que nous sommes en mesure de le réparer, que nous pouvons le financer, mais rien ne se passe”. Dernier conflit en date : la crise diplomatique avec l’Estonie, lors du déplacement d’une statue commémorant les combats de 1994 pour la libération de Tallinn, datant de l’ère soviétique. La minorité russophone du pays avait alors protesté et la capitale estonienne avait connu de violentes émeutes.






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